L’équipe de foot littéraire – Post-apocalyptique

L’équipe de foot littéraire post-apocalyptique – Les survivants du verbe

Et si on insufflait un esprit d’équipe dans la littérature ?

Quand le monde s’effondre, les mots deviennent nos abris. Voici une sélection de 12 romans incontournables dans le genre post-apocalyptique, présentés de manière ludique (malgré le thème).

Une équipe qui ne cherche pas la gloire, mais la survie. Un collectif de voix humaines et inhumaines, oscillant entre effroi et compassion, où chaque roman défend sa propre vision du monde après la chute.

Une présentation en une phrase d’accroche et avec un extrait et le lien de ma chronique de l’époque (dont certaines datent donc de plus de 12 ans). Certains livres sont récents, d’autres sont plus anciens (il faudra peut-être faire des recherches pour les trouver).

L’entraîneur

Pierre Bordage – L’ange de l’abîme

Au diable Vauvert – 2004 / Le livre de poche – 2006

Le stratège mystique du chaos. Il orchestre l’équipe et réunit les âmes perdues en utilisant sa méthode jouant avec la spiritualité.

Le roman est habilement construit, alternant les chapitres de deux héros adolescents (leur relation est la lueur d’espoir du livre, engluée dans ce road movie crépusculaire) et les chapitres décrivant, à travers différents yeux, l’horreur d’un monde en pleine phase de destruction.

Le message principal est que l’humanité n’apprend rien de ses leçons du passé, capable de reproduire à l’infini les horreurs avec toujours plus d’imagination dans la perversité. Cette rencontre de la petite avec la Grande Histoire prend progressivement aux tripes, pour ne plus vous lâcher, même après la dernière page refermée.

Le gardien des cages

Yannick Monget – Résilience

La Martinière – 2016

Le dernier rempart avant l’effondrement général de l’équipe. De sa base arrière, il est un fin observateur des dérèglements du monde, entre frappes du climat et folie humaine.

Le roman est tout à la fois un récit d’anticipation hyper réaliste, un vrai thriller, et une énorme mine d’informations sur le nucléaire et la géopolitique.

Un divertissement post-apo qui nous prouve que nous ne sommes rien, juste des apprentis sorciers qui ne maîtrisons pas notre pouvoir, dépassés par des progrès technologiques qui vont plus vite que nos progrès en termes d’humanité. Mais, il y a l’espoir. Parce que ce roman va profondément vous éprouver, et pourtant l’auteur a le discernement de ne pas nous plonger uniquement la tête sous l’eau en nous proposant une lueur dans la pénombre.

Les défenseurs (le mur de fin du monde)

Sandrine Collette – Et toujours les forêts

JC Lattès – 2020 / Le livre de poche – 2021

Une défense centrale, enracinée dans la terre. Elle résiste seule face à l’hiver des hommes, gardienne d’une flamme fragile.

Une prose souvent poétique, sublimement soignée, une histoire étonnante qui sillonne entre les genres, des personnages et des émotions transcendés par la justesse des formules. Une alchimie au service d’un rural noir apocalyptique.

Sandrine Collette signe un roman qui prend aux tripes, l’un de ses plus noirs, à mon sens l’une de ses plus belles réussites. On sait qu’un livre est réussi quand on quitte un monde terrible à regret, attaché aux survivants.

Deon Meyer – L’année du lion

Seuil – 2017 / Points – 2018

Le colosse sud-africain, calme et lucide. Son jeu cherche la reconstruction méthodique d’un monde brisé.

Un des points prégnants de ce roman est son étonnant coté optimiste. Face au cataclysme et à la difficulté de survivre au quotidien, l’auteur a voulu focaliser son propos sur la volonté de quelques hommes de s’en sortir par le haut, malgré leurs différences et leurs divergences.

J’ai lu de très nombreux récit post-apocalyptiques. Ils sont peu à m’avoir fait ressentir autant d’émotions. L’année du lion est un roman d’aventure, avec les ingrédients pour toucher tous les publics.

Isabelle Amonou – L’enfant rivière

Dalva – 2023 / Folio – 2024

Une défense fluide, organique. Elle suit les courants, et son instinct maternel relie l’eau et la vie.

Isabelle Amonou brosse le portrait d’une société à la dérive, mais sans jamais en faire trop, juste par petites touches qui soulignent particulièrement bien le climat de l’histoire. Tendu. Pesant. Troublant.

L’enfant rivière est un livre sublime autant que déchirant. Admirablement bien pensé, inventif, surprenant tout du long, émouvant au possible.

Sophie Loubière – Obsolète

Belfond – 2024 / Pocket – 2025

Une arrière visionnaire, conscience d’un futur qui efface les inutilités. Elle lit les trajectoires avant tous les autres.

Non seulement l’autrice n’est pas tombée dans la facilité, mais elle a pensé et construit son univers dystopique sans jamais tomber dans les excès et la caricature, sans surjouer le catastrophisme à tout-va.

Quelle richesse, quel travail, quelle merveille de texte ! Touché par sa finesse et son intelligence, transporté par les émotions. Un bijou d’une belle profondeur, écrit et raconté avec une subtilité rare, pour bien tenir compte de la fragilité du quotidien. Dans ce monde de demain où tout se recycle, Obsolète arrive à proposer du neuf.

Les milieux (les architectes de la déconstruction)

Robert Charles Wilson – Julian

Denoël – 2011 / Folio – 2014

Meneur de jeu philosophique. Il fait circuler le ballon du savoir dans un monde qui a renoncé à la science, un œil vers le passé, avec sa vision dépassant la ligne d’horizon.

R.C. Wilson est un conteur des temps modernes, un conteur du futur. C’est un artisan qui cisèle sa prose pour en faire une œuvre à la fois totalement accessible et d’une rare beauté. Un magicien qui sait donner corps à une histoire qui nous happe comme si c’était la notre. Et un humaniste qui nous touche profondément par sa sensibilité.

Cette quête initiatique est une véritable réflexion politique, environnementale et philosophique. Mais, la grande force du récit est, qu’à aucun moment, il ne tombe dans un coté moralisateur « premier degré » et privilégie toujours l’aventure (et quelle riche aventure !).

Chuck Wendig – Les somnambules

Sonatine – 2021 / Pocket – 2022

Milieu récupérateur de maux : chaos, foule, virus des réseaux. Il transforme la confusion en stratégie.

Dans ce roman fleuve, il y a tout. L’écrivain a su y imprimer et alterner tout ce qui fait un exceptionnel divertissement intelligent. Sans jamais aucune impression de redite. Action et réflexion, sentiments et émotions, surprises et imagination, violence et bonnes ondes, évasion et analyse.

L’immense roman de Chuck Wendig ne marquera pas que par son poids. Ce divertissement qui pèse sur nos épaules et nous pousse à réfléchir sur notre monde en déliquescence, marquera les esprits ouverts.

Michaël Mention – Qu’un sang impur

Belfond – 2025

Milieu rugueux, instinctif. Son engagement est total, son style rageur. Il rappelle qu’à la fin du monde, la violence reste notre langage premier.

Le roman est à la fois mûrement réfléchi et profondément viscéral. Tête et cœur, cervelle et tripes mis à l’air. Mention a des choses à dire, à dénoncer, à balancer à la face du lecteur, mais ça ne l’empêche en rien de construire une histoire au plus près de l’humain, tout en s’amusant follement.

Avec un auteur qui ose ! Dans un univers littéraire qui s’aseptise, il n’a pas peur de maltraiter à outrance ses personnages, de prendre des virages qui vous collent des mandales. Il ne ménage personne, et cette virée futuriste n’en devient que plus prenante à ainsi mélanger l’intime et l’universel.

Les attaquants (la révolte des survivants)

Robert R. McCammon – Swan song

Monsieur Toussaint Louverture – 2023

Avant-centre mythique. Il porte une lumière dans les ténèbres nucléaires. Dans sa frappe pointe un espoir quasi mystique.

Robert McCammon est un conteur d’histoires, un faiseur de miracles, qui crée des personnages à partir de rien pour les rendre particulièrement humains, les plaçant dans un contexte d’une richesse incroyable.

Il tient la barre tout du long, jamais les pans de sa structure ne menacent de s’effondrer. Vu l’ambition de son épopée, c’en est presque miraculeux. Swan Song est une nouvelle preuve de l’étonnant talent de conteur de l’auteur.

Peng Shepherd – Le Livre de M

Albin Michel – 2020 / Le livre de poche – 2022

Ailière du souvenir. Ses dribbles effacent la mémoire, redessinent le réel à mesure qu’il disparaît.

Peut-on penser que le roman post-apocalyptique a encore quelque chose à inventer ? En voilà la preuve. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, de ceux qui nous restent en mémoire pour longtemps. Paradoxal quand on parle d’un monde qui perd la mémoire !

C’est un vrai roman fantastique, dans tous les sens du terme, où l’imagination est au pouvoir. La science ne peut pas tout déchiffrer, il faut l’accepter pour bien se laisser porter par l’ambiance. L’autrice décrit, raconte, mais n’explique pas tout. Un choix gagnant, à mon sens.

Margaret Atwood – Le temps du déluge (capitaine)

Robert Laffont – 2012 / 10/18 – 2014

Stratège du vivant, prophétesse qui lit le jeu avant tout le monde. Son brassard de capitaine n’est pas en tissu, mais en ADN.

Sous couvert d’un récit post-apocalyptique, l’auteure, nous présente une peinture féroce voire satirique des tares de notre monde actuel : dérives des manipulations génétiques, dérives sécuritaires et sectaires.

Le récit foisonne de trouvailles, entre flash-back et actualité et si je devais émettre une critique, ce serait le déséquilibre entre ces deux parties. Un miroir déformant de notre société, une vision d’un futur bluffante et inquiétante.




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Catégories :L'équipe de foot littéraire, Littérature

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8 réponses

  1. La moitié de l’équipe est déjà passée par chez moi, et je compte bien accueillir encore quelques autres joueurs!

  2. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Vraiment intéressant cet exercice. J’en ai deux dans ma PAL et j’ai noté le Bordage qui m’a l’air accessible ( enfin pour moi 😉)

  3. Je n’ai toujours pas lu les somnambules, acquis grâce à toi. Shame on me. 🙃 Génial cet acticle, merci à toi pour le partage 🙏 😘

  4. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    On peut dire que cette équipe sera certes efficace mais ne donne pas vraiment envie de vivre notre futur… 🫣.
    J’en ai lu, j’en ai dans ma pal… de belles heures de lecture en perspective ! (Mais déprimantes 😅)

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