Les invisibles – R.J. Ellory – Interview littéraire : 1 lecture, 5 émotions
Voici une interview en cinq émotions autour de ce roman
En bref
Titre original : Les invisibles
Auteur : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Date de sortie : 02 avril 2025
Traduction : Étienne Gomez
Genres : polar
Introduction
Une manière différente de découvrir un livre, et son auteur. Où je laisse toute la place à celle qui écrit.
Voici l’interview de R.J. Ellory au sujet de son roman Les invisibles. Il a accepté de jouer le jeu pour une approche tout en profondeur !
Une émotion qui résume la période où se déroule le roman
Amertume
Le livre s’étend sur plus de quinze ans, mais il débute en 1975. L’Amérique était en pleine tourmente. Le souvenir de l’affaire du Watergate et de la démission de Richard Nixon était encore très présent dans les esprits. Il y avait aussi l’échec désastreux du retrait du Vietnam et la prise de conscience qu’il s’agissait d’une guerre véritablement futile, qui avait coûté la vie à de nombreux Américains.
Les gens remettaient en question le gouvernement. Ils commençaient réellement à comprendre que les gouvernements — quels qu’ils soient et quoi qu’ils disent — ne servaient pas seulement leurs propres intérêts avant ceux du peuple qu’ils prétendaient représenter, mais qu’ils étaient également tout sauf honnêtes et transparents. La démocratie était une façade. Les libertés individuelles étaient promises, mais en réalité, des efforts de plus en plus importants pour contrôler les individus étaient déjà en train de se mettre en place.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’Amérique avait connu une hausse significative de la productivité, une amélioration générale du niveau de vie et un renouveau de la croyance selon laquelle chacun pouvait atteindre le « rêve américain ». Bien sûr, personne ne pouvait réellement définir ce qu’était ce « rêve américain », mais cela ne semblait pas avoir d’importance.
À la fin des années 60 et au début des années 70, le vernis de cet enthousiasme pour tout ce qui était américain commençait à se fissurer et à disparaître.
L’émotion dominante semblait être une méfiance cynique. Les gens devenaient suspicieux envers leurs dirigeants, puis les uns envers les autres. La conviction que tout le monde pouvait réussir, être heureux, s’épanouir, n’était plus prédominante. Il y avait le sentiment d’avoir été trompé et trahi. La société n’était ni équilibrée ni équitable ; tout le monde n’était pas représenté ni servi de la même manière. La criminalité augmentait, et il semblait plus facile de prendre ce que l’on voulait plutôt que de s’engager dans le travail, la persévérance et la confiance que les choses finiraient par bien se passer.
Amertume. C’est le mot qui me vient à l’esprit. Le sentiment que les promesses ne sont pas tenues. L’impression que quelque chose ne va pas en Amérique, et dans le monde en général, et qu’il y a très peu de choses qu’un individu puisse faire pour y remédier.
Trois émotions décrivant le roman
Paranoïa
Certainement pour la protagoniste, Rachel Hoffman. Sa vie, sa carrière, son existence même, dans tous ses aspects, sont envahies par quelqu’un animé d’intentions profondément malveillantes. L’objectif était d’augmenter progressivement le sentiment que sa vie lui échappait, qu’elle était prise en main par quelque chose et quelqu’un hors de son contrôle.
Je voulais la faire passer par le purgatoire et l’enfer, afin que son évolution en tant que personnage soit directement liée à la manière dont l’antagoniste commet ses crimes. Essentiellement, je voulais explorer comment une enquête peut prendre le contrôle de la vie de quelqu’un et lui donner l’impression qu’elle ne lui appartient plus.
Peur
Non pas à travers des sursauts ou des scènes d’horreur, mais par une peur lente, insidieuse, qui s’installe et grandit tout au long du livre. C’est une forme de terrorisme psychologique pour Rachel Hoffman. Elle a constamment le sentiment que la personne qu’elle traque a toujours plusieurs coups d’avance. Elle a l’impression qu’il sait tout d’elle, alors qu’elle ne sait rien de lui.
Je voulais qu’elle se sente hantée, au point de remettre en question ses propres croyances, ses propres pensées, sa propre réalité. Bien sûr, ceux qui l’entourent doutent d’elle, ce qui renforce son isolement et son instabilité.
Lorsque j’ai commencé le livre, je voulais vraiment la traîner à travers l’enfer et au-delà, exposer chaque faille de sa psyché, pour lui donner le sentiment qu’elle était véritablement seule face à un adversaire indomptable.
Anxiété
C’est une résonance de la peur, mais à un niveau plus personnel. Les événements liés à l’enquête sont des sources de peur extérieures. Ce qui m’intéressait également, c’était une forme d’anxiété intime, psychologique et émotionnelle chez Rachel.
Elle s’inquiète de résoudre l’affaire, bien sûr. Elle s’inquiète d’avoir commis des erreurs qui auraient pu être évitées. Elle s’inquiète de ne jamais découvrir ce qui s’est réellement passé, et que la personne qu’elle recherche disparaisse dans l’anonymat.
Mais elle s’inquiète aussi pour elle-même. Va-t-elle survivre ? Sera-t-elle capable de mener une vie « normale » ? Sera-t-elle un jour libérée de cette obsession ?
C’est une épreuve de détermination et d’intégrité. Si elle se trompe, alors tout ce qu’elle a cru pendant des années s’effondre. Cela signifierait la fin de sa carrière, et peut-être aussi la fin de toute possibilité de retrouver un équilibre et une forme de lucidité.
Une émotion face au monde actuel
Optimisme (prudent)
Je pense que nous traversons un Âge sombre. Je reste optimiste quant à l’avenir, car chaque Âge sombre a été suivi d’une Renaissance.
Les événements récents ont amené les gens à comprendre que les gouvernements agissent avant tout dans leur propre intérêt. Il y a eu un véritable changement de conscience, et les gens commencent à se réveiller, à voir que ce qui se passe réellement et ce que racontent les médias et les responsables politiques sont très rarement la même chose.
La confiance dans les médias traditionnels a disparu. L’idée qu’un homme politique tiendra ses promesses a laissé place à la certitude qu’il dira n’importe quoi pour être élu, puis fera ce qu’il veut une fois en poste.
La grande majorité des gens est pourtant bonne, bienveillante, honnête, travailleuse, tolérante et empathique. Les éléments réellement dangereux de la société sont minoritaires. Et même si nous traversons une période de troubles sociaux et géopolitiques importants, j’ai la conviction que les choses finiront par s’arranger.
Les sociétés évoluent par cycles. Avant chaque changement, il y a une phase d’incertitude et d’instabilité, que les médias amplifient. Le fait que les gens aient commencé à s’en détourner est, selon moi, un signe positif vers davantage de lucidité.
Nous survivrons. Le monde survivra. En tant qu’humanité, nous avons déjà traversé bien pire et nous nous en sommes relevés. Ainsi, pour résumer, l’émotion que m’inspire aujourd’hui l’état du monde est celle d’un optimisme prudent.
Résumé de l’éditeur
Il est partout. Et il est nulle part. Exactement comme le diable.
1975, Syracuse, État de New York. Rachel Hoffman, nouvelle recrue de la police locale, est appelée sur sa première scène de crime : une institutrice vient d’être assassinée. À côté du corps, un étrange message tiré de La Divine Comédie de Dante. Peu après, une deuxième victime est découverte. C’est le début d’une série d’homicides à laquelle Rachel va être intimement mêlée, nouant une relation très particulière avec le mystérieux assassin. Cinq ans plus tard, alors que l’affaire semble close, une nouvelle vague d’assassinats frappe New York, étonnamment similaires à ceux de Syracuse. Rachel, qui s’apprête à rejoindre l’unité d’analyse comportementale du FBI, ignore encore qu’il lui faudra plus d’une décennie, avec nombre d’autres meurtres à la clé, pour peut-être résoudre cette enquête très personnelle qui, peu à peu, va virer à l’obsession, à la paranoïa, et la mener aux confins de la folie.
Dans cette traque obsédante qui, année après année, dévore l’existence de son héroïne, R. J. Ellory nous entraîne dans un voyage au bout de l’enfer, digne de Seul le silence et d’ Une saison pour les ombres . On y retrouve sa puissance romanesque, son humanité vibrante, son sens inégalé du suspense : tout ce qui consacre, encore et toujours, le maître incontesté du thriller.
Pour aller plus loin
Lien vers ma chronique de : Les invisibles
La page du roman chez l’éditeur
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Catégories :1 lecture, 5 émotions - L'interview, Littérature

J’aime son optimisme prudent … même si je ne le partage pas 😉
Je me faisais la même réflexion… je resterais plutôt sur l’amertume, en ce qui me concerne…
Dans ma pal
Écrivain que j’aime beaucoup
A lire alors ! 😉
Elle doit bien morfler Rachel dans ce livre 🥹. Merci à vous deux pour ce bel échange 🙏 😘
Oh la la, pauvre Rachel… je ne l’ai pas encore lu mais bien évidemment, il est sur ma liste des envies, mais je sens qu’on ne va pas s’amuser…. Humm optimisme prudent… perso j’ai de gros doutes ! Merci pour ce moment d’échange, toujours très intéressant ! 🙂
Bel interview. Ses livres sont sombres. Alors que lui est chaleureux. Bonne soirée
absolument !
Merci pour cet entretien passionnant !
J’aime cette optimisme prudent et j’espère sincèrement que RJ Ellory a raison même si les raisons de désespérer de notre monde sont plus nombreuses que celles d’espérer… Nous avons eu l’espoir que le monde post-COVID soit meilleur et pour l’instant, on ne peut pas dire qu’on aille vraiment dans le bon sens… Interview en tous les cas fort intéressante qui confirme qu’il me faut me pencher sur les livres de cet auteur…