De l’origine des espèces – Kim Bo-Young – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

De l’origine des espèces – Kim Bo-Young

En bref

Éditeur : Rivages

Date de sortie : 04 mars 2026

Genre : Science-fiction – anticipation

Traduction : Choi Kyungran et Pierre Bisiou

Inspiration

La France s’ouvre de plus en plus aux autres SF, la mode coréenne touche également cette production littéraire traduite. Et c’est tant mieux vu la qualité de ce roman de Kim Bo-Young. La science-fiction est souvent un miroir. Elle le tend ici avec beaucoup de finesse.

De l’origine des espèces porte parfaitement bien son nom, comme une extension des travaux de Charles Darwin, mais en version robotique. L’autrice propose un retournement total de situation, dans un monde entièrement habité par les robots, sans plus aucune trace des humains, même dans la mémoire des machines.

Pour bien appréhender et accepter ce concept, il faut comprendre que l’écrivaine a écrit les trois parties de ce récit sur une longue période, vingt-trois ans pour être précis (soit trois novellas imbriquées). Et que la première de ces parties a été publiée en 2000. Il est primordial de bien avoir ces faits en tête et de s’affranchir de l’idée d’IA que nous connaissons actuellement.

Ces machines sont une extension de l’univers d’Asimov, autonomes mais pas ultra-intelligentes, et sont le réceptacle d’une volonté de l’autrice coréenne de parler des humains, sans qu’ils n’existent plus au moment où elle commence à raconter cette histoire.

La terre est devenue polluée à l’extrême et glaciale, sans oxygène, inhabitable pour l’Homme, mais des conditions idéales pour ces robots bigarrés.

Des machines de toutes sortes, androïdes ou non, ayant perdu toute trace de leurs origines, les usines les construisant et les réparant à plein, selon des règles immuables. Elles sont ancrées dans des croyances ancestrales qu’elles ne savent pas expliquer, tout comme éclaircir la raison de leurs apparences.

Ces robots persistent dans leur ignorance, allant même jusqu’à développer des croyances religieuses.

Réflexion

Kim Bo-Young s’est servie de cette idée renversante pour réfléchir à la construction de ce monde, social et économique.

Ce concept que j’ai trouvé formidable a été traité d’une manière qui m’a particulièrement parlé. Parce qu’il est bien question de nous, de ce que nous faisons actuellement envers la planète, envers nous-mêmes, et de nos relations qui se dégradent. Ces robots-là ne font pas mieux et reproduisent les mêmes erreurs. Jusqu’à ce que certains scientifiques tentent de faire resurgir des plantes, une hérésie dans leur monde.

De quoi proposer nombre de questionnements sur l’éthique, les discriminations (un certain racisme existe entre les différents types de machines), l’écologie, et l’évolution en général.

J’ai trouvé le tout particulièrement bien pensé, imagé, bourré de trouvailles qui ont connecté mon esprit à celui de ces robots.

Amusement

L’autrice a bien pensé son affaire, mais n’a pas oublié que c’est aussi un sacrément bon divertissement et non une thèse.

Elle se moque de nos travers avec cynisme, de manière ludique et drôle aussi. Quel bonheur de lecture de découvrir les différentes apparences de ces engins.

Ce serait du gâchis de vous en dire davantage, que ce soit sur la partie réflexion ou sur celle de l’amusement, tant les trois parties réservent de nombreuses surprises, y compris dans le cheminement de l’intrigue.

Attachement

Ce roman est accessible. Parce qu’il fait preuve d’une belle sensibilité à développer ses idées, mais surtout parce que l’autrice joue la carte de l’anthropomorphisme à fond.

Je me suis rapidement attaché à ces engins, à leurs pensées, leurs malheurs, leurs failles, leurs comportements qui montrent à quel point les nôtres peuvent être absurdes.

Au-delà des développements, des réflexions pertinentes, c’est l’introspection des protagonistes qui touche et qui donne une vraie qualité d’âme à ce récit, c’est quand même un comble !

Rémanence

Oui, j’ai été fasciné de bout en bout par ce texte joliment, intelligemment, et émotionnellement bien conçu et maîtrisé. Et qui sait aussi faire preuve d’un optimisme bienvenu.

Voilà tout à fait le genre de lecture que je recherche, originale sans être fumeuse, accessible tout en sachant réfléchir sur notre monde. Pour moi, la SF sert à ça, prendre un recul temporel pour mieux regarder notre présent.

De l’origine des espèces est un formidable exemple d’un regard qui nous ouvre les yeux tout en nous divertissant. J’ai particulièrement aimé l’approche de Kim Bo-Young.

Regarder ces robots, c’est finalement apprendre à mieux nous regarder nous-mêmes.

Résumé éditeur

Un roman poétique et philosophique qui invite à adopter le point de vue de robots vivant dans une époque glaciaire et sur le point de découvrir l’existence de la vie organique. Par l’autrice multirécompensée de « L’odyssée des étoiles », sélectionnée pour le National Book Award, et pionnière de la SF en Corée.

Pour aller plus loin

La page du roman sur le site de l’éditeur


En savoir plus sur EmOtionS, blog littéraire

Subscribe to get the latest posts sent to your email.



Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

Tags:, , , , , ,

9 réponses

  1. J’ai bien peur de passer à côté. Mais pourquoi pas ?.
    Merci à toi pour le partage 🙏 😘

  2. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    S’il est accessible, alors, je peux l’ajouter, je pense que je le comprendrai 😆

  3. Je vais voir s’il est disponible à la médiathèque. Un sujet qui me passionne. Bonne soirée

  4. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Merci pour la découverte…. cette histoire me tente beaucoup et ta chronique donne vraiment envie. Merci Yvan ! 🙂

  5. J’ai trouvé l’odyssée des étoiles que je lirai bientôt en vacances. Bon vendredi saint

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Bonne lecture ! Pour ma part je passe ce week-end de pâques dans le Noir, aux Quais du polar 😉

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

En savoir plus sur EmOtionS, blog littéraire

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

%%footer%%