Les invisibles – R.J. Ellory
En bref
Titre original : Les invisibles
Auteurs : R.J. Ellory
Éditeur : Sonatine
Date de sortie : 02 avril 2026
Traduction : Étienne Gomez
Genre : polar
Voici ma chronique en cinq émotions
Confiance
J’ai une solide croyance dans le talent de R.J. Ellory, quelles que soient les tessitures de Noir qu’il dessine dans ses livres. Les invisibles nous plonge très profondément dans une histoire de tueur en série. Une de plus, pourriez-vous dire, pourrais-je dire si ça venait d’un autre auteur, d’autant plus qu’ici il ne révolutionne pas le genre.
Mais il s’agit d’Ellory, pour moi l’un des Grands Maîtres du Roman Noir, j’ai foi en lui. Ce qui fait que je me suis plongé corps et âme dans cette enquête sur plus d’une décennie, et sur 550 pages. J’ai mis du temps, j’ai pris mon temps, le livre le mérite.
Car, même si c’est un vrai polar, pas vraiment un thriller, ce roman met avant tout des portraits en exergue. Celui d’une femme, l’un des personnages les plus forts de la bibliographie de l’auteur. Celui d’une ville, New York. Et celui d’une époque, autour des années 80.
En se lançant dans cette lecture, il faut lui faire aveuglément confiance sur le fait d’y mettre de l’humanité malgré le contexte d’une violence extrême, malgré une période particulièrement sombre.
Nostalgie (?)
Dans presque tous ses livres, Ellory parle de l’Amérique du passé, avec une prédilection pour les années 60 et 70. Avec cette virée dans les 80’s, n’imaginez pas le voir dépeindre cette époque avec un côté nostalgique.
L’état de New York, et NY City en particulier, décrits à travers cette histoire, est terrible à vivre. Gangrenés par la violence, avec comme point d’orgue l’explosion des serial killers, jusque-là non identifiés, et par là même les prémisses du profilage.
On pense évidemment au Silence des agneaux et sa stagiaire du FBI Clarice Starling, avec cette virée ténébreuse, d’autant plus que c’est une femme qui suit l’enquête, qui se noie dans celle-ci. L’écrivain anglais rend ainsi une sorte d’hommage aux codes du genre, tout en arrivant à extirper sa singularité.
Sa prose est au plus près de l’investigation et des protagonistes, sans grande envolée lyrique, mais avec une minutie et un humanisme qui permet de supporter toute cette noirceur et ces meurtres horribles. Et favorise une ambiance prenante, à travers un tueur particulièrement mystérieux.
Je tiens à dire, au passage, que je préfère mille fois le titre original, A Darker Side of Paradise, bien plus poétique et plus proche de la vérité du récit.
Patience
Si vous recherchez un thriller rythmé, passez votre chemin. Si vous souhaitez de l’originalité à tout prix, ce n’est pas le livre qu’il vous faut non plus.
Je l’ai mentionné plus haut, ce roman respecte les codes, classique mais diablement efficace, précieux à travers sa volonté de montrer la violence tout en respectant les victimes et en cherchant à développer des personnages mémorables.
Une lecture qui pourra sembler longue aux plus impatients, mais satisfera les lecteurs (comme moi) qui recherchent de la profondeur et une vraie immersion dans une histoire.
Les pulsations de l’intrigue battent en tempo avec cette enquête au long court, ce travail de fourmis pré-internet, à une époque où trouver des informations tenait de la gageure, du boulot acharné (et de la chance). Sacré travail réalisé par l’écrivain pour retranscrire ces éléments.
Accomplissement
Il faut du talent pour tenir la distance sur autant de pages et autant d’années d’enquête. Il faut un vrai don de conteur pour personnifier les protagonistes autant que l’environnement, et construire une intrigue maîtrisée. Et tenir en haleine malgré la lenteur générale. Ellory sait faire tout ça, ce n’est pas un scoop.
Il n’invente rien, et malgré un air de déjà-vu, l’ensemble tient formidablement bien la route, par la grâce de ses choix, de mettre son enquêtrice au centre du jeu. En appuyant sur l’impact dévastateur de l’investigation sur la psychologie de Rachel, au point de la faire flirter avec la folie.
Une intrigue portée par la clairvoyance de celle-ci, qui pourtant se voile totalement la face sur sa vie personnelle. J’ai été sincèrement touché par ce personnage.
Rémanence
Les invisibles est un polar ample, minutieux, qui parle d’obsession.
Sa plongée dans la noirceur humaine, et cet accompagnement au plus près du personnage de Rachel, laissent des traces.
L’intrigue est rondement menée, le final tant attendu tient ses promesses, mais ce sont les émotions vécues que je retiendrai. L’engagement maniaque de Rachel m’a contaminé, comme si, à force de la suivre, j’en venais à partager une part de son obsession.
S’il n’est pas mon préféré des livres de l’auteur, j’ai trop lu d’histoires de serial killers durant toutes mes années de lecture, il m’aura marqué par la maestria avec laquelle R.J. Ellory conduit Les invisibles. Une lecture qui s’impose par la trace qu’elle laisse, insidieuse et persistante.
Résumé éditeur
» Il est partout. Et il est nulle part. Exactement comme le diable. «
1975, Syracuse, État de New York. Rachel Hoffman, nouvelle recrue de la police locale, est appelée sur sa première scène de crime : une institutrice vient d’être assassinée. À côté du corps, un étrange message tiré de La Divine Comédie de Dante. Peu après, une deuxième victime est découverte. C’est le début d’une série d’homicides à laquelle Rachel va être intimement mêlée, nouant une relation très particulière avec le mystérieux assassin. Cinq ans plus tard, alors que l’affaire semble close, une nouvelle vague d’assassinats frappe New York, étonnamment similaires à ceux de Syracuse. Rachel, qui s’apprête à rejoindre l’unité d’analyse comportementale du FBI, ignore encore qu’il lui faudra plus d’une décennie, avec nombre d’autres meurtres à la clé, pour peut-être résoudre cette enquête très personnelle qui, peu à peu, va virer à l’obsession, à la paranoïa, et la mener aux confins de la folie.
Dans cette traque obsédante qui, année après année, dévore l’existence de son héroïne, R. J. Ellory nous entraîne dans un voyage au bout de l’enfer, digne de Seul le silence et d’ Une saison pour les ombres . On y retrouve sa puissance romanesque, son humanité vibrante, son sens inégalé du suspense : tout ce qui consacre, encore et toujours, le maître incontesté du thriller.
Pour aller plus loin
La page du roman chez l’éditeur
Lien vers mon interview de R.J. Ellory au sujet de « Les invisibles »
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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

Dès que j’aurais le courage de m’attaquer à 550 pages, je m’y mets 😉
il faut du temps oui, pas le genre de livre à être lu à la va-vite
Je me doute. Je préfère attendre le bon moment.
550 pages, ça fait lourd à tenir. J’attendrai le format poche, ce sera moins imposant pour ma musculation 🙃
Merci à toi pour le partage 🙏 😘
bonne patience alors 😉
Merci. J’en ai encore quelques uns à lire de RJ. 😉
Dans ma pal
J’attends le moment propice pour le lire
Un Ellory se déguste
Metci pour tes chroniques
tu as raison, ses romans doivent se déguster
Quasi inconditionnelle de cet auteur, je ne me jette cependant pas, d’habitude, sur son dernier roman traduit ! Mais là, je suis encore sous le coup de la lecture d' »Everglades », qui m’a bcp marquée, et j’ai envie de retrouver la plume d’Ellory assez vite. Je suis tout à fait d’accord avec ton paragraphe « Confiance », et les autres aussi, tous me donnent envie de me jeter sur « Les invisibles » ! Et comme les lectures au long cours ne me font pas peur, j’imagine à l’avance mon plaisir …! Merci pour ta chronique.
bonne lecture à venir ! On se comprend, effectivement
Je me souviens avoir lu il y a déjà quelques années de cela « Les fantômes de Manhattan » et avoir grandement apprécié ma lecture. Bizarrement, je n’ai pourtant pas relu depuis de livres de RJ Ellory, il faut dire qu’il y a tant de romans qui sortent, et tant d’envies à satisfaire… Cette chronique me donne une furieuse envie d’y remédier, tant ses romans semblent vraiment sortir de l’ordinaire et valoir plus qu’un coup d’oeil.
Merci pour ton message, oui il faut lire Ellory, tu es très loin d’avoir touché du doigt tout son talent 😉
Je compte bien faire le voyage annuel avec le roman de cet auteur.
je n’ai aucun doute ! 🙂
Je savais que ne doutais pas 😆
Je me doute…. D’autant que je viens de voir que si « Les fantômes de Manhattan » était paru en France en 2018, RJ Ellory l’avait écrit en 2004 et que c’était donc l’un de ses tous premiers édités au Royaume-Uni… Son écriture a donc certainement dû encore gagner en qualité depuis, même s’il y a le travail des traducteurs derrière.