Le poids du sang – Paul Cleave
En bref
Titre original : Le poids du sang
Auteurs : Paul CLeave
Éditeur : HarperCollins
Date de sortie : 18 mars 2026
Traduction : Jean Esch
Genre : thriller
Voici ma chronique en cinq émotions
Espoir
« Vous qui entrez, laissez toute espérance », écrivait Dante. Paul Cleave reprend l’idée à son compte dans Le poids du sang, son dixième thriller publié en français. Quatre longues années d’attente depuis son précédent livre traduit, et un changement d’éditeur, le voilà passant de l’historique maison Sonatine à HarperCollins.
J’étais heureux de le voir enfin retraduit, espérant revivre les émotions fortes et l’enthousiasme vécus lors de mes premières lectures. Un employé modèle sorti en 2009 et sa suite Un prisonnier modèle en 2016
Quatre ans, c’est long dans la vie d’un lecteur assidu comme moi, la vie et les lectures accumulées font qu’on évolue logiquement. À l’aune de cette nouvelle lecture, et en réfléchissant aux ressentis passés, peut-être que je n’aurais pas fait tout à fait le même retour il y a quelques années.
Je suis, en tout cas, entré dans ce roman avec autant d’envie que d’attente.
Intensité
Cleave coche de nombreuses cases pour les amateurs de thrillers. L’intensité ne faiblit jamais dans son récit, il reste un virtuose de la construction d’une intrigue.
C’est percutant, déstabilisant, écrit avec un style direct et prenant, et un choix d’alternance de narration entre deux personnages principaux qui fonctionne bien.
La tension est palpable et grandit de page en page, mettant en avant autant l’horreur des situations que les affres psychologiques qui en découlent, tout en appuyant fortement sur les scènes de violence.
L’ambiance d’une petite ville où tout le monde se connaît est bien amenée, développée suffisamment pour compléter le côté anxiogène.
Surprise
En lisant les premiers chapitres, vous vous direz sans doute qu’il n’y a rien de neuf, que cette accumulation de scènes difficiles a déjà été lue et relue. C’est vrai et faux à la fois.
L’auteur néo-zélandais est à la fois un peu magicien et surtout un grand manipulateur. N’imaginez pas une seule seconde avoir compris les tenants et aboutissants de cette intrigue, ni deviné où il va vous mener.
Dans le style, objectivement, c’est renversant. Les retournements de situation sont dingues, certains un peu tirés par les cheveux, mais la plupart sont estomaquants. Concernant ce point, c’est bien meilleur que beaucoup de livres du genre, on en a vraiment pour son argent.
Malaise / anxiété
Le ressenti de cette atmosphère est décuplé par la palette de personnages proposés et les situations qu’ils doivent supporter, ou surmonter (si c’est humainement possible).
Pas une once de lumière, c’est un noir abyssal qui s’abat sur les protagonistes, et le lecteur. Comme si l’écrivain voulait décrire un monde où il n’y en a pas un pour attraper l’autre.
Entre les pathologies psychologiques et les malversations, entre les déviances et les trahisons, aucun pic d’humanité ne permet de s’y accrocher. Une vision nihiliste au possible.
De quoi avoir la boule au ventre, de quoi être clairement dans un état constant de malaise, d’autant plus que les scènes affreusement violentes s’enchaînent, que ce soit en lien avec l’enquête policière ou dans le quotidien même des personnages.
Avec la loi de l’emmerdement maximum poussée à son paroxysme. Si quelque chose peut mal tourner, ce sera le cas de manière encore pire que prévu.
Embarras
Tout ce que je viens de décrire attirera sans doute nombre de lecteurs de thrillers, parce que les partis pris et l’empilement de situations outrancières répondent aux diktats du genre.
Chacun a son propre curseur de supportabilité, le mien a été dépassé dans ce roman. Je pense qu’il a évolué dans le temps, je ne suis plus le lecteur d’il y a quinze ans, quand sortait le premier roman de Paul Cleave.
La violence de cette histoire a été trop insoutenable pour moi. Comme si, à force de vouloir aller toujours plus loin, l’auteur franchissait des paliers, des lignes rouges.
Je pense que ce qui m’a gêné plaira à d’autres, ce n’est en tout cas plus ce que je recherche, et mes nerfs n’en supportent plus autant.
J’ai besoin d’un peu de lumière dans les ténèbres, de croire encore à une certaine humanité. Ce récit est l’antithèse de celle-ci.
Et puis, je pense être objectif en affirmant que ce roman est loin du meilleur niveau de l’auteur. Je n’y ai pas retrouvé son ton pince-sans-rire de ses premiers écrits, comme s’il avait utilisé, voire usé de son talent pour aller au plus direct, sans aller trop en profondeur.
Il n’a pas développé les nombreux sujets ébauchés, comme le harcèlement scolaire ou les relations père-fils. Ces thématiques ne sont là que pour en rajouter dans l’horreur des situations.
Je ressors donc embarrassé de cette lecture. Avec Le poids du sang, je suis toujours admiratif de la capacité de Paul Cleave à construire une intrigue et à imaginer des retournements de situation inimaginables, mais cette intempérance dans la brutalité et la cruauté m’aura fait perdre peu à peu le fil et le goût de cette expérience littéraire.
Résumé éditeur
Pour attraper un tueur, il faut peut-être en devenir un…
La vie du shérif Cohen s’effondre : son père a accidentellement incendié la maison de retraite, sa femme est partie, et son fils mène la vie dure aux autres enfants à l’école. Lorsque Lucas Connor, un lycéen, est enlevé, Cohen y voit une occasion de remettre sa vie sur les rails : reconquérir sa femme et empocher la récompense promise pour le retour sain et sauf de Lucas. Mais, à mesure que le nombre de victimes augmente, il devient évident que Cohen devra prendre une décision irréversible… une décision aux conséquences mortelles.
Thriller haletant plongeant dans les ténèbres d’une petite ville, Le poids du sang explore les liens complexes entre père et fils et raconte le dernier pari désespéré d’un homme prêt à tout pour sauver sa famille.
Pour aller plus loin
La page du roman chez l’éditeur
En savoir plus sur EmOtionS, blog littéraire
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

Nous sommes alignés. Trop c’est trop.
on se fait vieux 😉
Oh quel dommage 🥲. Ça donne deux chroniques pas folichonnes sur le retour. Pourtant, je l’aime beaucoup Paul Cleave, ça attendra en version poche.
Merci à toi pour le partage 🙏 😘
Oui, souvent, trop c’est trop (trop is te veel, comme on disait chez nous, au plus fort de la rage taxatoire). Bon, ça me donne moins envie de lire lire, parce que la noirceur ne me dérange pas, mais si c’est tout noir et poussé à son paroxysme, je n’en vois pas l’intérêt.
Comme toi, j’ai besoin d’un zeste de lumière. Bon mardi.
Un auteur dont j’ai presque tout lu jusqu’à présent, mais là je suis sérieusement refroidie !
Je note bien tes bémols, mais avec moi, ça pourrait bien fonctionner !
Je suis un peu comme toi, j’évolue et quand trop c’est trop et bien, je passe mon chemin. Merci pour ton retour sincère comme d’habitude ! 🙂