Le Livre des passages – Alex Landragin
En bref
Titre original : Le Livre des passages
Auteur : Alex Landragin
Éditeur : Le cherche Midi – 10/18
Date de sortie : 17 avril 2025
Traduction : Caroline Nicolas
Genre : fiction historique et fantastique
Voici ma chronique en cinq émotions
Fascination
Voilà typiquement le genre de roman qui entre dans l’ADN du blog EmOtionS. Inclassable, mélangeant les genres, jouant avec les constructions et les temporalités.
Un vrai puzzle littéraire, à la fois ambitieux, érudit et ludique. Voire même un labyrinthe, puisqu’il est possible de le lire de deux manières, en suivant les chapitres ou dans un ordre différent (qui est proposé au début). Une autre voie qui mêle les trois histoires qui composent ce roman. J’ai bien évidemment choisi de le lire dans sa version « déconstruite », c’est bien plus amusant et stimulant.
Bien m’en a pris. L’expérience de lecture n’est clairement pas la même selon votre choix de suivre ces trois manuscrits imbriqués qui se répondent à travers les siècles.
Avec Le Livre des passages, Alex Landragin propose à la fois une subtile histoire d’amour, un récit fantastique, une enquête, un roman historique et un raffiné récit d’aventure, où la réflexion est toujours de mise.
L’aspect protéiforme n’a été en rien un frein pour moi, bien au contraire. L’ambition clairement affichée de l’auteur reste toujours en lien avec son envie de transmission. Voilà le genre de lecture qui ouvre des portes, faisant appel à la curiosité du lecteur et à son envie de sortir des schémas habituels.
Il parvient à construire un monde, à travers une virtuosité littéraire mise au service d’une histoire d’amour, au sens noble, entre deux êtres qui se perdent, se cherchent et se retrouvent à travers les siècles. Oui, les siècles, puisqu’ils ont la faculté de transférer leurs âmes d’un corps à l’autre, par le pouvoir d’un regard soutenu.
Élévation
Pour moi, ce livre est de ceux qui enrichissent durablement le lecteur. Par l’intelligence de son approche et de son propos, par sa manière de gommer les frontières entre réel et fantastique, par cette magie apportée par le concept de passages, par la volonté de toujours mettre la littérature en avant.
Il le fait en s’appuyant sur des personnages forts, y compris authentiques comme Baudelaire ou Coco Chanel, en utilisant le merveilleux sans jamais le galvauder, presque naturellement. Le tout avec une belle élégance, une plume qui évolue selon l’époque et le narrateur.
Alors oui, j’ai trouvé que le livre manque parfois de rythme. Ne vous attendez pas à un thriller, on en est à des années lumière. Il faut accepter de se laisser porter, emporter, transporter, pour voir ce roman prendre toute son ampleur.
Il a obtenu le Grand prix de l’imaginaire 2026, ce n’est pas pour rien. J’insiste sur le fait qu’il pourra plaire à tous les lecteurs, et tout particulièrement ceux qui aiment l’Histoire.
Transmission
C’est le maître-mot de ce roman, sa volonté de transmettre.
Parce qu’au fond, il parle beaucoup des livres, des récits, de leurs auteurs, et des émotions qui traversent les siècles.
Il utilise le pouvoir des mots, comme celui des rencontres. Les récits traversent les siècles comme les personnages. Ils évoluent, se transforment, mais refusent de disparaître.
Le temps efface beaucoup de choses, la transmission est peut-être la seule manière de lui résister.
J’écris souvent que les émotions sont ce qui reste d’un livre une fois la dernière page tournée, au-delà des histoires. Cette chronique me permet presque de prolonger cette idée, c’est une belle résonance avec la ligne éditoriale du blog.
Réflexion
Le livre interroge beaucoup plus qu’il ne répond, laissant la part belle à l’imaginaire du lecteur. J’ai beaucoup aimé les pistes de réflexion développées ou juste évoquées.
Il questionne la façon dont on construit une identité, mais aussi la manière dont on peut vivre plusieurs vies (c’est d’ailleurs la motivation première de ma lecture, toujours à la recherche d’émotions propres de mon livre de chevet, Replay).
Il y a également beaucoup de réflexions sur la mémoire. La mémoire peut-elle être plus forte que le temps ? Les histoires survivent-elles à leurs auteurs ?
Mon seul petit regret vient de l’approche très cérébrale de ce récit, parfois au détriment des émotions directes.
Rémanence
Voilà bien le genre de roman qui laisse des traces en mémoire, autant qu’il marque durant la lecture. On se prend l’envie de recommencer selon l’autre ordre de lecture, de relire des passages.
Les personnages sont la clé, au-delà de ce qu’ils vivent. Il faut les suivre en se laissant porter, parce que certaines constructions prennent tout leur sens avec le recul. C’est souvent audacieux.
Alors, le livre devient lui-même un « passage » entre le lecteur d’avant et celui d’après.
J’ai été touché par le parcours des protagonistes, et aussi par cet amour de la littérature qui transpire à travers ces pages. La manière dont les histoires circulent et se transmettent, voilà l’une des essences nobles de la littérature. Le Livre des passages d’Alex Landragin en est un joli entremetteur.
Thèmes développés
Transmission et héritage
Pouvoir des récits Identité et mémoire
Histoire d’amour à travers le temps
Immortalité
Destin et libre arbitre
Littérature
Frontière entre réel et fantastique
Pour qui ?
Les lecteurs qui aiment les romans inclassables et ambitieux
Ceux qui apprécient les constructions narratives originales
Les passionnés d’Histoire, de fantastique discret et de récits à tiroirs
Les lecteurs qui aiment prendre leur temps et savourer une écriture travaillée
Si vous avez aimé…
Replay – Ken Grimwood, pour sa réflexion sur le temps, l’amour et les multiples vies.
La Vallée aux échos – Scott Alexander Howard, pour son approche intime d’un concept temporel fascinant.
L’Anomalie – Hervé Le Tellier, pour sa construction travaillée, sa narration qui demande un lecteur actif, sa réflexion sur le réel.
Demain, et demain, et demain – Gabrielle Zevin, pour l’amour des récits, et les personnages qui évoluent sur la durée.
Résumé éditeur
Trois manuscrits. Quatre époques. Une aventure à lire dans l’ordre… ou pas !
Lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire 2026.
1791 : Un manuscrit relate une merveilleuse histoire d’amour, commencée sur une île lointaine pour se terminer à Paris… cent cinquante ans plus tard.
1865 : Peu avant sa mort, Charles Baudelaire est victime d’une étrange aventure. Il la raconte dans une nouvelle restée inédite, L’Éducation d’un monstre .
1940 : L’écrivain Walter Benjamin rencontre une femme mystérieuse au cimetière Montparnasse, qui lui demande de partir à la recherche de L’Éducation d’un monstre . Ses recherches le mènent à la société Baudelaire, présidée par Coco Chanel. Il découvre bientôt qu’un bon nombre de morts suspectes ont eu lieu dans les rangs de celle-ci. Alors que les nazis entrent dans Paris, il relate son enquête dans La Cité des fantômes.
De nos jours : un relieur parisien est missionné pour travailler sur les trois manuscrits précités par une riche cliente surnommée la baronne. Quand celle-ci est assassinée…
Pour aller plus loin
Lien vers la page de l’auteur chez l’éditeur
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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

Trop belle édition pour être emportée en vacances mais il sera lu incontestablement !
Bonnes vacances alors, et bonnes lectures !
S’il y avait un pour toi, Yvan, c’est bien celui-là. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘