La route du diable – Franck Thilliez – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

La route du diable – Franck Thilliez

En bref

Éditeur : Fleuve

Date de sortie : 10 septembre 2026

Genre : horreur / fantastique

Quand on suit assidûment Franck Thilliez, comme moi, on note plusieurs choses le concernant. Il aime jouer, il déteste s’encroûter, et il adore faire plaisir.

La route du diable en est une belle preuve. Second roman dans la même année, inattendu. Une surprise sous le pseudo de Caleb Traskman, clin d’œil à son personnage de romancier.

Oppression

La route se referme.

Le roman est annoncé comme une histoire d’horreur. C’est un peu réducteur, on sait qu’avec Thilliez rien ne sera simple.

Ce roman assez court est un véritable piège qui se referme. Sur les personnages comme sur le lecteur. J’ai été pris au jeu, enfermé quelques heures.

Une route isolée de 666 kilomètres (d’où son surnom), pas de ravitaillement possible à part une station-service perdue au milieu, quatre protagonistes coupés du monde et partis à la recherche de deux disparus un an auparavant.

L’écrivain est un maître dans son (ses) genre(s), en voilà une nouvelle démonstration. L’ambiance est rapidement étouffante, ces contrées deviennent oppressantes.

Je l’ai ressenti dès les premiers instants, pas besoin d’une longue mise en place. C’est un vrai paradoxe de se sentir ainsi enfermé au milieu d’un territoire immense.

On pense très vite au film Délivrance, ce n’est pas un hasard, Thilliez le cite. C’est à voir comme un hommage, parce que la suite de la lecture montre vite que le texte ira beaucoup plus loin. Et ailleurs.

On sent l’angoisse monter, on attend la venue de la menace, au point de se sentir suivi et observé. C’est une belle réussite en termes d’ambiance, à la manière d’une série B horrifique. Sauf que… Thilliez ne se contente pas de proposer un banal slasher, loin de là.

C’est là où il fait fort, la pointe de fantastique lui sert à renouveler son histoire, tout en gardant les pieds sur terre et en jouant avec les codes des genres. De quoi en rajouter dans l’oppression, bien stimulée par le hors-champ.

Méfiance

Scruter les autres.

À qui peut-on faire confiance quand l’environnement est hostile, les tensions entre les personnages palpables, leurs intentions parfois opposées, et les rencontres en chemin qui sèment le doute ?

Cette méfiance marche à plusieurs niveaux.

Les deux parents ne se font pas confiance, même leur motivation intime diffère. Les deux influenceurs qui les accompagnent cherchent le buzz. Les premiers cherchent la vérité, les deux autres une histoire à raconter, en faisant du spectacle. Difficile d’être en confiance dans ce contexte.

Je me suis posé des questions, tout en me laissant porter par les événements. Comment les relations peuvent-elles ne pas devenir explosives ? Eh bien, là-aussi, Thilliez m’a surpris.

Car, comme dans tous ses livres, il faut aussi se méfier de Franck Thilliez. Il organise notre suspicion avec maestria, comme à son habitude, même si le format est plus court.

Jusqu’à nous faire jouer avec nos perceptions, et l’apparition de cette dose de fantastique qui va chambouler l’histoire et lui donner un autre souffle. Formidable !

De quoi se méfier de la route elle-même, de ce qu’elle cache au plus profond (c’est inimaginable, je vous préviens).

La seule chose qui est certaine, c’est que j’ai eu, une fois de plus, raison de faire aveuglément confiance en l’auteur. Je n’étais, au départ, pas spécialement fan du genre annoncé, mais le livre s’est révélé bien plus riche et intéressant qu’il n’y paraît.

Frousse

Ce qui nous attend au tournant.

Effroi, à en transpirer ? Oui et non.

Le récit est angoissant, un brin sanglant. En partie violent, physiquement et émotionnellement.

Il faut dire que la perte de repères en rajoute dans ce sentiment, et elle va être importante, vous voilà prévenus.

Cruel, évidemment, mais pas que, loin de là. Qu’on soit clair, on est loin du catalogue des horreurs, c’est plus subtil que ça. C’est sans doute ce qui m’a le plus effrayé, ce que ressentent les personnages, au-delà de ce qu’ils vivent.

Et comme le fantastique reste ambigu et sert exclusivement l’intrigue, ça rend les choses d’autant plus intéressantes et stressantes.

Déchirement

Par les vibrations.

On semble être dans un schéma ultra-classique, deux parents qui cherchent leurs enfants disparus. Au point de refaire leur dernier voyage connu.

Thilliez arrive à bien exploiter la dimension émotionnelle, malgré le genre annoncé du roman, malgré le fait qu’on est surtout dans un récit en tension. Il va plus loin que le survival, c’est un petit supplément d’âme bienvenu. Les personnages sont bien dessinés, leurs émotions bien construites, en quelques lignes, c’est du bon boulot.

De quoi développer les thèmes du deuil impossible quand il n’y a ni corps ni certitude, et d’éveiller une faible lueur d’espoir vibrant à travers la dépression et la culpabilité. Mais la vérité est-elle préférable ?

J’ai voulu savoir ce qui s’était passé, imaginant les choses, mais j’ai aussi accompagné ces deux parents à travers leur douleur. Non, ce n’est pas juste un livre d’horreur.

Jubilation

Le plaisir coupable.

C’est ce qui me restera de cette lecture, clairement. Ce mélange d’horreur, de fantastique et de survie, est bourré de surprises, dont la plus grosse est la manière dont l’intrigue prend un virage aussi radical qu’étonnant.

La lecture d’un roman angoissant est un plaisir paradoxal, la dose de stress engendrée est contrebalancée par le plaisir évident de le ressentir. C’est physique. C’est surtout une bonne manière de faire marcher l’imagination (et Thilliez en a à foison).

On est donc dans un vrai page-turner, parfait dans son format, où l’efficacité des pièges posés par l’auteur fait que le récit marche à fond. Tout comme ce plaisir de se faire manipuler grâce à un amusement de l’auteur clairement communicatif.

Un changement de registre de Thilliez, mais pas tant, lui qui sait jouer de la peur dans tous ses romans. Il s’est juste fait encore plus plaisir ici, et le fait que nous ayons le même livre de chevet (Replay de Ken Grimwood), n’y est pas tout à fait étranger. Les liens existent, à vous de le découvrir.

Pour le lecteur qui connaît Le manuscrit inachevé, Il était deux fois et Labyrinthes, c’est une amusement d’autant plus décuplé, avec ce pseudo en miroir.

Bouh ! Franck Thilliez fait un peu peur sur La route du diable, mais il m’a surtout diablement fait m’amuser à suivre les pérégrinations de son imagination fertile, au service d’une histoire et de personnages qui méritent qu’on s’y attarde, au-delà de l’étiquette série B assumée.

Thèmes développés

Disparition, deuil, culpabilité, survie, isolement, méfiance, peur, perception, relations parents-enfants, quête de vérité, fantastique, manipulation.

Pour qui ?

Pour les amateurs de récits sous tension, de survival (et d’un peu de fantastique), pour ceux qui aiment se faire peur autant que se faire manipuler. Et pour les lecteurs qui apprécient que l’émotion se cache derrière les apparences d’une série B horrifique.

Si vous avez aimé…

Lisez ou relisez donc le formidable Vertige du même Franck Thilliez !

On y trouve aussi la notion d’isolement, un environnement hostile, un enfermement paradoxal, de la survie, de la méfiance, et cette question permanente de savoir ce qui est réellement en train de se passer.

Résumé éditeur

Embarquez pour un voyage sans retour…
Taïga nord-américaine, été 2017. Abigaël se dirige enfin vers la fameuse route du Diable. Un an plus tôt, c’est sur cette voie isolée longue de 666 kilomètres que sa fille Iris et son petit-ami Mathis ont cessé de donner signe de vie. Accompagnée du père de Mathis et de deux influenceurs en quête de sensations fortes pour affoler les réseaux, elle se lance sur la route en vue d’accomplir le même trajet qu’eux, et d’obtenir des réponses.
Coupé du monde, sans possibilité de ravitaillement, le quatuor va vite devenir une proie de choix et découvrir que le surnom de la route n’est pas dû qu’à son kilométrage…

Pour aller plus loin

La page de l’auteur chez l’éditeur


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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

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6 réponses

  1. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    Je suis totalement conquise aussi 😉

  2. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Du bel ouvrage ! Comme d’habitude, tout s’emboite parfaitement. Il reste le boss, rien à dire là dessus ! Ce qui apparaissait comme un film de série B devient un truc assez génial.

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 58 ans, Strasbourg, France

      ça me fait plaisir de lire ton commentaire, et de voir que tu as pris du plaisir 😉

      • Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

        J’étais un peu sceptique sur le début mais Nat m’avait dit : tu vas voir, il va faire LE TRUC 😂

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