Quand les loups reviendront – E.J. Swift – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

Quand les loups reviendront – E.J. Swift

En bref

Éditeur : Bragelonne

Date de sortie : 10 juin 2026

Genre : anticipation

Quand les loups reviendront est un roman idéal pour parler d’émotions. Je vais clairement moins parler d’intrigue que des sentiments, davantage des mouvements intérieurs vécus durant la lecture de ce roman de E.J. Swift.

Le livre alterne deux destins entre 2020 et 2070, celui de Lucy, militante, et celui d’Hester, documentaliste. Deux amoureuses de la nature, très réservées dans leurs relations sociales. De quoi parler de dégradation écologique, mais aussi de lutte, de perte. Et de guérison. Parce que ce livre reste résolument positif derrière la fragilité.

Inquiétude

Par la prise de conscience du monde qui est en train de disparaître. Ici, pas de grands discours, mais les pieds dans la réalité, avec des émotions qui traversent des choses concrètes, les animaux sauvages, leur disparition, la dégradation des grands espaces.

La manière dont l’autrice en parle ne sombre pas dans le spectaculaire, on est au niveau de l’intime. Le fait d’étendre le récit sur plusieurs décennies fait qu’on se rend compte de cet appauvrissement, de manière plus claire qu’en le subissant jour après jour.

On est donc dans une anticipation au plus près des ressentis, qui prolonge ce que l’on connaît déjà.

Ce livre a parlé à mon être, fait vibrer les fibres de ce que je suis au plus profond, presque à le découvrir. L’inquiétude sourde a trouvé écho en moi, avec cette manière très subtile de parler du changement climatique, de cette perte de richesse par la dégradation de la nature, de voir se propager une catastrophe à petit feu.

Je suis foncièrement un citadin, c’est la manière dont j’ai été élevé. Et pourtant, ce que raconte ce livre m’a viscéralement touché, malgré mon pessimisme. Parce que ce n’est pas seulement l’invention d’un futur, c’est une probabilité crédible.

C’est « drôle », on peut faire un parallèle avec une de mes récentes lectures, Journal de nuit de Jack Womack. On y voyait la société des villes qui se désagrège, ici c’est notre relation au vivant qui se détruit peu à peu, presque sans bruit.

Et pourtant, ce livre est tout sauf éprouvant et sombre…

Attachement

Deux protagonistes, deux femmes qui peinent à trouver leur place dans la société, mais finissent par la retrouver à travers la nature. L’une en dénonçant, l’autre en montrant. L’autrice ne joue pas à créer des concepts, elle développe une véritable présence émotionnelle à travers les animaux et les paysages.

L’image est forte, au départ. Le personnage d’Hester se rend dans la zone d’exclusion de Tchernobyl pour filmer les chiens errants. Elle se liera à un hybride chien-loup, sauvé de la mort. Lucy, elle, découvre très jeune la nature avec sa grand-mère et son amour des oiseaux, autour d’une relation forte.

C’est cet attachement qui se développe au fur et à mesure des pages, pour les deux personnages comme pour la manière dont l’écrivaine nous invite à cesser de considérer les animaux et la nature comme un simple décor.

On est en plein dans l’idée de transmission, entre les grands-parents et Lucy et à travers les reportages d’Hester, qui fait vibrer le monde des gens curieux et ouverts.

Avec ce sentiment paradoxal de se sentir en proximité avec le monde sauvage à travers ce texte, alors qu’on s’en éloigne chaque jour davantage. Une réflexion et une responsabilité autant collectives qu’individuelles.

Le livre débute délicatement en nous rapprochant de quelques espèces, pour ensuite nous faire réfléchir au vivant dans son ensemble, au fur et à mesure.

Me concernant, ça a vraiment fonctionné. Le rythme est lent, mais le fait qu’on soit au plus près des personnages a réussi à me happer. Je me suis attaché à ces deux femmes autant pour leurs fêlures que pour leurs combats, justement parce que E.J. Swift ne cherche jamais à en faire des héroïnes.

Contemplation

Le roman prend le temps de regarder le monde plutôt que d’appuyer sur un message écologique militant.

Avec E.J. Swift, on part en exploration, en introspection. On aurait pu penser qu’elle développe un sentiment de colère à travers le combat politique d’un des personnages, contre la propriété de la terre, mais le message principal n’est pas là.

Elle a choisi la voix (voie) du contemplatif, amplifiée par les ressentis intimes, enrichie par la beauté environnante. C’est assez saisissant quand on sait prendre le temps et s’extraire du stress quotidien.

Ce sentiment est accentué par le choix du double axe narratif et de l’étirement de l’histoire sur plusieurs décennies, à travers les relations viscérales des deux femmes avec la nature. J’ai été dans l’écoute, dans le partage, dans l’empathie. Impressionné par cette force de l’individu qui surnage et fait avancer les choses à son niveau, malgré les fêlures intérieures.

L’équilibre trouvé est ondoyant, mais solide. La douceur de l’écriture y est pour beaucoup. Oui, ce livre m’a poussé avec sensibilité à regarder différemment la nature qui m’entoure, même la plus ordinaire.

Emmerveillement

E.J. Swift ne décrit pas seulement ce que nous détruisons, elle montre aussi la capacité du vivant à revenir, à reprendre ses droits, à se réinstaller.

Tchernobyl en est évidemment un symbole très puissant, avec une catastrophe humaine majeure qui devient paradoxalement un territoire où la nature reprend de l’espace lorsque l’homme se retire. De manière étonnante, parfois (comme ce champignon qui n’existe nulle part ailleurs).

Une sorte d’apaisement dans la douleur, à voir cette régénération qui est le fil du récit, à travers l’idée de réensauvagement porté par le collectif. Le loup comme symbole, mais c’est loin d’être le seul.

Le livre pousse à ouvrir les yeux et à accepter que le monde ne nous appartient pas, pour apprendre à cohabiter. De quoi amener à des réflexions fécondes, en douceur.

J’ai aimé ce sentiment qui évolue au cours des chapitres, doucement mais durablement. Avec cett idée de régénération que je trouve fascinante.

Espoir

C’est probablement ce qui distingue le plus ce roman de beaucoup de fictions climatiques.

L’autrice ne nie ni le dérèglement climatique, ni les extinctions, ni la violence politique, ni les pertes. Elle les met même admirablement bien en scène. Mais elle n’a pas choisi le chemin de l’effondrement, elle suit plutôt la trace d’une réelle prise de conscience.

Je suis le premier à regretter la manière dont le monde évolue, à m’inquiéter, à me lamenter des actions de mes congénères, autant dire que je n’étais pas le lecteur le plus facile à convaincre. E.J. Swift sait réfléchir autrement. En pensant transmission, actions individuelles, elle a décidé de garder cet espoir vivace, sans naïveté. Un espoir exigeant.

Quand les loups reviendront, cette fiction douce, mais prenante, pousse à reprendre notre bonne place, en réparant les erreurs millénaires, en imaginant un autre futur, en refusant ce qui semble inéluctable.

Pour passer de l’inquiétude à cet espoir, refuser le fatalisme, se laisser surprendre par la nature, laisser le temps agir. E.J. Swift ne dit pas que tout ira bien, mais plutôt que rien n’est encore perdu.

Et sinon, la nature s’en sortira sans nous.

Thèmes développés

Dérèglement climatique, biodiversité, réensauvagement, rapport au vivant, transmission, engagement, perte, deuil, solitude, guérison, réparation, espoir.

Pour qui ?

Pour ceux qui aiment les romans d’anticipation intimistes, les récits où la nature devient bien davantage qu’un décor, et les histoires capables de parler du dérèglement climatique sans céder au catastrophisme. Pour ceux, aussi, qui ont encore envie de croire que quelque chose peut être réparé.

Si vous avez aimé…

Je pleure encore la beauté du monde – Charlotte McConaghy, pour les loups, évidemment, mais surtout pour le réensauvagement, notre relation au vivant et cette conviction que rendre sa place à la nature peut aussi transformer les humains.

Sidérations – Richard Powers, pour cette même attention bouleversante portée au vivant, entre émerveillement, inquiétude écologique et transmission.

Et toujours les forêts – Sandrine Collette, pour la disparition d’un monde, la reconstruction et cette conviction que quelque chose peut encore repousser après la catastrophe.

Lorsque le dernier arbre – Michael Christie, pour le temps long, la transmission entre générations et la manière dont la disparition du vivant finit par devenir une histoire profondément humaine.

Résumé éditeur

En 2070, deux femmes s’assoient autour d’un feu un soir de Beltaine, la veille du 1er mai, et reviennent sur l’histoire de leur vie.

Lucy, la militante, évoque ses premiers souvenirs d’enfance quand on la confie à ses grands-parents lors de la pandémie de 2020 et qu’elle découvre l’amour de sa grand-mère pour les oiseaux. Hester, la documentariste, née le jour de la catastrophe de Tchornobyl, se rend sur l’ancien site nucléaire en 2021 afin de filmer sa population de chiens errants, et y découvre la zone d’exclusion désormais sauvage – ainsi qu’un chien-loup.

Pendant cinquante ans, leurs parcours les mènent de Londres à Balmoral au Somerset, au gré des manifestations, des ruptures familiales et des drames personnels. Lucy se bat pour restaurer les habitats naturels abîmés de Grande-Bretagne et réintroduire les espèces qui partageaient autrefois cette île, tandis que Hester s’efforce de donner une voix à ceux qui n’en ont pas. Toutes deux rêvent du jour où les loups reviendront. 

Pour aller plus loin

La page du roman chez l’éditeur


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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

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1 réponse

  1. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    La nature, elle, s’en sortira toujours…
    Oui, et finalement, c’est bien le plus important… tant pis pour l’espèce la plus égoïste qui tente encore de la dominer, elle y laissera des plumes !
    Je ne pense pas être en capacité émotionnelle de recevoir ce texte, je suis un peu trop énervée sur mes con-citoyens de manière générale et sur leur in-con-science ! Mais j’aime beaucoup ce que tu dis de cette vision de la nature (je suis, de mon côté, une campagnarde dans l’âme !).

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