Et toujours les forêts – Sandrine Collette

Voilà le nouveau roman, de Sandrine Collette qui est donc sorti en collection « Blanche ». Rien de très étonnant, son univers a toujours été inclassable, ses histoires impossibles à ranger dans des boites tant elles ont besoin de grand air, sa plume unique et personnelle.

Les livres de l’écrivaine sont un genre à eux-seuls, et elle mérite d’illuminer de son immense talent le plus grand nombre de lecteurs.

Rural noir apocalyptique

« Et toujours les forêts » est même sans doute son roman le plus singulier. Une prose (souvent poétique) sublimement soignée, une histoire étonnante qui sillonne entre les genres, des personnages et des émotions transcendés par la justesse des formules. Une alchimie au service d’un rural noir apocalyptique.

Qu’il est rare de pouvoir se plonger dans un livre aussi unique, mélangeant allègrement les genres, toujours au service de l’histoire et de l’amour des mots.

Certains diront sans doute qu’elle n’invente rien, que cette incursion dans un monde post-apocalyptique fait parfois un peu penser à « La route » de Cormac McCarthy (durant quelques passages), ou à l’un de ses précédents romans « Juste après la vague ». Mais son don sublime cette histoire pour la rendre vraiment personnelle.

Survie en milieu hostile

Rural, donc. Puisqu’une grande partie du récit se déroule dans un coin perdu, la campagne comme l’aime Collette. Le début du roman est poignant au possible, avec un petit bonhomme qui débute durement dans la vie. Mais rien ne laisse imaginer la suite, que cet être qui peine à entrer dans le monde vive ensuite sa fin.

Comme souvent dans ses romans, il est question de survie en milieu hostile. Sauf que cette fois-ci elle va au bout de son idée.

Le monde d’après. Après les alarmes, après que l’homme ne soit allé trop loin. L’auteure ne parle jamais des raisons exactes de la chute, elle laisse beaucoup de place à l’imaginaire du lecteur.

Sandrine Collette sait trouver les mots, toujours. Avec une certaine pudeur qui tranche avec la profonde noirceur de ce qu’elle conte. Avec une poésie sombre qui s’intègre toujours dans l’intrigue ; parfait équilibre. Avec une manière implicite de dire les choses qui rend les émotions encore plus puissantes.

Noir

Et pour décrire ce nouveau monde dévasté, elle a su distiller les bonnes indications, au bon moment, au bon endroit. De manière si subtile et si bien pensée qu’on est happé par cet univers et qu’on croit y être. Bluffant.

Et que dire des personnages… Comme souvent, taiseux, échangeant entre eux avec un minimum de moyens. Peu de dialogues, tout passe par les actes et les ressentis. Émouvant au possible, avec une violence de relations sans que jamais elle ne tombe dans une quelconque surenchère. L’homme est un animal, dans certaines conditions il revient à ses racines.

Avec « Et toujours les forêts », Sandrine Collette signe un roman qui prend aux tripes, l’un de ses plus noirs, à mon sens l’une de ses plus belles réussites.

On sait qu’un livre est réussi quand on quitte un monde terrible à regret, attaché aux survivants. A peine le début d’année entamé, et déjà un livre qui marquera le millésime.

Yvan Fauth

Date de sortie : 02 janvier 2020

Éditeur : JC Lattès

Genre : Rural noir apocalyptique

4° de couverture

Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.
À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin. Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien. Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts. Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.



Catégories :Littérature

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26 réponses

  1. Une chronique est réussie quand tu as lu le livre et que toutes tes émotions remontent d’un seul coup.
    Ta chronique est très réussie 😉
    « L’Homme est un animal, dans certaines conditions il revient à ses racines. »
    Quelle justesse…

  2. Salut Yvan, tu n’as pas besoin d’en rajouter pour me convaincre. Je vais le lire urgemment ! Amitiés

  3. J’en rêve! Apparemment fidèle à son univers. Le meilleur? J’avais tant aimé Il reste la poussière. J’ai hâte de le lire

    • Mon préféré reste Les larmes noires sur la terre, mais celui-ci s’en rapproche dans mes goûts.
      Toujours fidèle à son univers tout en proposant pourtant des environnements très différents

  4. Et bien, je l’attendais, cette chronique, et je suis convaincue !

  5. C’est LE livre que je veux absolument pour mon anniversaire ! Heureusement ce dernier arrive bientôt 😉 mon préféré étant il reste la poussière, je verrai si celui ci le surpasse. Ta chronique donne envie de courir l’acheter mais je vais résister 😜

  6. Très envie de découvrir Sandrine Collette, d’autant plus avec ta belle chronique!

  7. Merci, encore une nouveauté dans ma liste déjà longue 👍🙏
    Amitiés.

  8. Un livre qui semble passionnant, cette chronique donne envie de le lire!

  9. Mince, j’avais loupé celui de l’année dernière, pas eu le temps de le lire, je vais devoir en lire deux pour récupérer le coup ! :p

    Fou, ça, dès de début d’année, tu as déjà le livre qui sera le numéro 1 de ton top 10/20/30… (au choix) 😆

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