L’île où je ne suis pas morte – Marie Neuser
En bref
Titre original : L’île où je ne suis pas morte
Auteurs : Marie Neuser
Éditeur : Le Rouergue
Date de sortie : 25 mars 2026
Genre : roman noir
Voici ma chronique en cinq émotions
Eblouissement
Avant de parler de l’histoire de L’île où je ne suis pas morte, avant de décrire les personnages, je veux parler de l’écriture. Marie Neuser fait partie des quelques écrivains pour lesquels je voue une admiration sans borne pour leur plume. Ils se comptent sur les doigts d’une main.
Avec ce roman, mon éblouissement a été total. Avec son précédent livre, Délicieuse, je disais déjà combien je la trouvais hyper expressive, imaginative, profonde, ciselée. Cette fois-ci, c’était encore le cas, mais de manière très différente. Loin des excès du précédent, tout en douceur et sur un ton posé, malgré la noirceur de l’histoire.
Je n’admire pas seulement l’énorme travail de l’autrice, j’ai été saisi par sa prose parce qu’elle est habitée. À la fois poétique, très imagée et particulièrement humaine.
Pour moi, c’est la meilleure, oui rien que ça, pour faire passer des émotions. C’est intense, c’est émotionnellement puissant, l’écriture est littéralement possédée par les personnages et leurs douleurs.
De quoi donner envie de relire nombre de passages, subjugué par leur beauté, leur capacité d’évocation, sans jamais se détourner de ce qui est essentiel, les émotions. C’est beau à pleurer, mais jamais gratuit, jamais juste un habillage.
Chaque paragraphe contient une image, une évocation, une vraie respiration qui donnent envie de ralentir sa lecture. J’ai pris tout mon temps, j’ai savouré.
Il y a chez elle une vraie musicalité. Elle sait nous bercer pour subitement nous assener un coup au bide, avec classe et subtilité. Ça n’en est que plus fort, plus violent, plus émouvant. Parce qu’on entre littéralement dans les voix des personnages, leurs mélodies et leurs cris intérieurs, belles et déchirantes.
Je suis en amour absolu de l’écriture empathique de Marie Neuser.
Malaise
C’est un roman sur la reconstruction psychologique, sur le trauma, sur la fuite. Puis sur la renaissance.
Le roman pose son atmosphère, prend tout son temps. Je dois avouer qu’il m’en a fallu pour me caler à ce rythme lent, à accepter de me laisser porter, à consentir à attendre. J’ai été récompensé au centuple, une fois la rythmique trouvée.
Le chemin est long et sinueux, tortueux. Et le malaise grandissant. Ce que décrivent les deux frères et la sœur sur leur enfance, sur leurs déchirures, m’a brisé le cœur. Et vous savez pourquoi cela marche tant ? Parce que l’autrice le fait avec autant de sensibilité que de réserve. Si loin des excès des romans actuels qui pensent qu’en faisant des tonnes, ce sera plus fort. C’est tout le contraire.
J’ai ressenti viscéralement leurs douleurs, leurs peurs, leurs surprises, leur solitude, leurs failles à combattre autant « l’ennemi » de l’extérieur que celui de l’intérieur de soi.
En termes d’approche psychologique, c’est si puissant et si bien travaillé, que j’ai ressenti au plus profond ce que vivaient les personnages. Ce n’est pas très drôle, mais c’est humainement sacrément enrichissant.
Attachement
Les personnages sont profondément attachés à leur petite île écossaise, et moi je me suis au fur et à mesure intimement attaché à eux.
Marie Neuser ne cherche jamais à les rendre exemplaires. Ils sont fragiles, souvent perdus. Tous les trois, frères et sœur, intérieurement blessés. Ils portent leurs peurs, leurs regrets et leurs traumatismes sur leurs épaules, et le poids est lourd. Mais ils vont apprendre à s’en défaire.
Cette île agit comme un révélateur. Pour faire ressortir l’essentiel de ce qu’ils sont, de leur relation de fratrie. Ils se dévoilent dans toute leur vulnérabilité.
J’ai tellement aimé la manière dont l’autrice prend le temps de les construire. De montrer leurs failles autant que leurs forces. Leurs moments d’abattement autant que leurs élans de courage au fur et à mesure de la compréhension de leur passé. À aucun moment ils ne deviennent de simples outils narratifs, ils existent à travers les mots et le papier.
Derrière ce récit de survie se terre avant tout une histoire de personnes qui tentent de continuer malgré les blessures. Au fil des pages, j’ai cessé de me demander ce qui allait leur arriver (et pourtant, les scènes mémorables secouent plus d’une fois). Je me suis surtout demandé comment ils allaient s’en sortir. C’est, pour moi, le signe que l’attachement est réussi, quand l’intrigue cesse d’être le moteur principal et que les personnages prennent la plus belle place.
Cette proximité émotionnelle donne au roman une profondeur supplémentaire. Les épreuves traversées deviennent plus douloureuses, les petites victoires plus importantes. Par la grâce de leur authenticité.
Des personnages cabossés et vulnérables, mais qui tentent de tenir debout, et qui trouvent, à travers le décès du père violent et la mère absente, la force de se redresser et de remarcher.
Résilience
C’est clairement l’émotion centrale du livre, parce qu’elle raconte la reconstruction au-delà de la survie.
Avec des protagonistes qui réapprennent ensemble, à continuer, accepter leurs blessures, pour s’en détacher et se libérer. Passer du mode survie à la vie, maintenant que le monstre a disparu.
Cette évolution, à travers cette narration de fratrie, m’a touché, m’a enrichi, m’a fait ressentir et réfléchir. La manière dont l’écrivaine a mené cette histoire est admirable, d’une manière aussi élégante que pénétrante.
L’autrice ne fait pas dans la résilience spectaculaire, elle suit les étape de l’acceptation, de la réparation, pour permettre de cicatriser.
Rémanence
Certaines lectures laissent des traces indélébiles. Par des passages marquants. Par des émotions, surtout. L’île où je ne suis pas morte est une expérience de vie, un voyage dans la psyché et dans ce qui fait l’humain, de la douleur à la délivrance.
Marie Neuser nous a offert un cadeau inestimable avec ces personnages et leur destin familial. Rien d’extravagant, rien d’insolite, mais le cœur-même de ce que nous sommes. Avec ce qu’il faut apprendre de nos épreuves en se forçant à se confronter à soi-même.
Vous avez compris combien j’ai été touché par cette lecture, si noire et si lumineuse à la fois, et par l’immense talent de raconteuse de Marie Neuser, qui sait comme personne parler des traumatismes et déchiffrer l’âme humaine. L’autrice se fait rare, elle n’en est que plus délicieuse.
Thèmes développés
Traumatismes
Résilience
Fratrie
Violences familiales
Reconstruction
Secrets de famille
Pour qui ?
Les lecteurs de romans psychologiques profondément humains
Ceux qui aiment les personnages cabossés, les histoires de famille et de reconstruction
Les amoureux d’une belle écriture, sensible et immersive
Ceux qui recherchent davantage les émotions que le simple suspense
Les lecteurs qui acceptent de prendre leur temps pour vivre pleinement une histoire.
Si vous avez aimé…
Je pleure encore la beauté du monde de Charlotte McConaghy pour sa manière d’entrelacer nature, traumatismes et reconstruction.
L’été où tout a fondu de Tiffany McDaniel pour son exploration sensible des blessures de l’enfance et de la violence humaine à travers une écriture d’une grande intensité émotionnelle.
Nous les moches de Jean Michelin pour ses personnages blessés qui tentent de retrouver leur dignité.
Résumé éditeur
Depuis la mort de sa mère, Daisy Rose McLean n’est plus guère revenue à Eileansay, cette île des Hébrides reliée au continent par un ferry, où l’on observe phoques et baleines. Et chaque fois, elle a dû surmonter sa terreur, gorge bloquée et coeur fou. Au décès de son père elle y retrouve ses deux frères aînés. À son sourcil, une cicatrice rappelle que quelque chose a eu lieu. Parfois, dans le miroir, elle ne voit plus qu’elle. Et pourtant, Daisy n’est pas morte à Shell House. Et la blessure dans son ventre n’existe que dans ses souvenirs.
Par la voix meurtrie et coléreuse de son héroïne, Marie Neuser nous raconte l’amour et la trahison, l’histoire d’une fille grandie dans une famille protectrice, île dans l’île, jusqu’au jour où, sur le chemin de la bergerie, dix-sept ans de vie sont précipités dans un gouffre infini. Un roman habité par les paysages d’Écosse et tendu par les secrets qui hantent les protagonistes.
Pour aller plus loin
La page de l’écrivaine chez l’éditeur
Lien vers ma chronique de « Delicieuse »
Lien vers ma chronique de « Prendre Lily »
Lien vers ma chronique de « Prendre Gloria »
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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

Très belle chronique pour un très beau texte. Cette écrivaine a un talent fou ♥️
Un talent unique oui !
Je suis contente que tu ne sois pas morte sur cette île, là-dessus, je me dis que je pourrais y aller faire un tour 😉
Je ne voulais pas t’inquièter 😁
Tu as bien fait d’envoyer une carte postale :p
Je ne la connaissais pas, mais avec ta chronique et les références que tu cites, il faut que j’y aille !
Mazette, j’en tremble à te lire. Merci à toi pour le partage 🙏 😘
Tu m’as donné envie de découvrir cette autrice et d’aller faire un tour sur cette île ! Merci Yvan 🙂
Plus j’avance dans ta chronique plus je ressens l’envie de lire ce livre et découvrir cette auteure. Bonne soirée (toujours bien chaude)