L’été où tout a fondu – Tiffany McDaniel

Quand un livre vous paraît touché par la grâce, cela peut tenir du miracle de la littérature. Mais quand c’est le cas des deux seuls romans écrits par un auteur / une autrice, ça tient clairement du génie. Sans l’ombre d’un doute.

Béat d’admiration

Betty de Tiffany McDaniel avait été un coup de cœur absolu. Dans un tout autre genre d’histoire, mais avec la même splendeur narrative, son premier roman, L’été où tout a fondu, m’a laissé totalement béat d’admiration. Comme ça ne m’arrive presque jamais. Pas à ce point.

J’ai un amour infini pour son écriture, ses personnages, son imagination. Pour sa poésie, qu’elle soit sombre ou lumineuse.

J’avais raté la sortie de ce livre en 2019 aux éditions Joëlle Losfeld. Après le succès inouï de Betty, Les Éditions Gallmeister proposent une séance de rattrapage en republiant ce premier roman, avec une nouvelle traduction (j’ai aussi une grande admiration pour le travail de François Happe sur ce texte !).

Imagination débordante

Je n’irai pas par quatre chemins, ne ratez cette sortie sous AUCUN prétexte.

L’été où tout a fondu est d’une splendeur sans nom. Ne vous attendez pas à une copie de Betty, ce livre est unique, mais l’écriture est reconnaissable entre mille.

Le récit se déroule dans les années 80, ce qui ne doit rien au hasard. Fielding va, cet été de 1984, rencontrer son meilleur ami, et le Diable. Son père, procureur, le tente (le diable) en l’invitant chez lui par voie de presse, il déclenchera sans le vouloir des événements tragiques.

Tiffany McDaniel a une imagination débordante et une manière très imagée de raconter les histoires. Ne pensez cependant pas, à la lecture du résumé, qu’elle se lance dans une intrigue délirante.

Ombre et lumière

Si cette histoire est pleine de fantaisie, c’est pour mieux parler d’une famille et d’une communauté dans cette petite ville où tout le monde se connaît. Et où une canicule inédite s’abat durant de longs mois.

De quoi échauffer les esprits. Des conditions extrêmes qui font ressortir le meilleur et le pire de chacun. Le final dira qui, du bien ou du mal – intrinsèque combat de l’Homme – vaincra à la fin.

Ce roman est bien plus sombre que Betty, mais d’éblouissants traits de lumière parsèment cette histoire magnifique. Par la grâce de l’écriture, sublime. Par les personnages, inoubliables. Et par les liens forts qui se tissent entre certains d’entre-eux.

Personnage inoubliable

Un vrai roman noir, qui est autant une photographie de ce que peut être une partie de l’Amérique, entre entraide et communautarisme, où le rejet de certains du fait de leur couleur de peau ou de leur orientation sexuelle reste bien ancré.

Pas de bol, le jeune gamin qui surgit de nulle part est noir.

Croyez-moi sur parole, c’est un personnage que vous n’oublierez pas. Jamais. De ces protagonistes rares qui marquent l’esprit, par son caractère atypique autant que par le lyrisme qui se dégage des passages qu’il traverse. C’est autant son comportement singulier que sa couleur de peau qui vont déclencher des réactions violentes autour de lui. On n’aime pas la différence dans ce coin du pays.

Sublimé par l’écriture

Même s’il garde les pieds ancrés sur terre, le roman est sublimé par l’imagination et la manière de raconter de l’écrivaine.

Avec des passages qui tiennent autant du conte que du récit de vie. Où son écriture symbolique et figurée embrase les pages, fait bouillonner les sensations, rougeoyer les personnages.

Cette histoire d’une perte de l’innocence a fait vibrer chaque parcelle du lecteur que je suis.

L’été où tout a fondu est un roman brûlant d’émotions, qui colle à la peau de manière indélébile. La noirceur du propos est admirablement contrebalancée par une sensibilité unique.

Avec seulement deux romans, à tout juste 37 ans, Tiffany McDaniel entre dans mon « Hall of fame », la liste de mes 10 auteurs préférés. C’est dire à quel point je suis subjugué par son talent.


Yvan Fauth

Sortie : 18 août 2022

Éditeur : Gallmeister

Genre : Roman noir

Traduction : François Happe

4ème de couverture

Été 1984 à Breathed, Ohio. Hanté par la lutte entre le bien et le mal, le procureur Autopsy Bliss publie une annonce dans le journal local : il invite le diable à venir lui rendre visite. Le lendemain, son fils Fielding découvre un jeune garçon à la peau noire et aux yeux d’un vert intense, planté devant le tribunal, qui se présente comme le diable en personne. Cet enfant à l’âme meurtrie, heureux d’être enfin le bienvenu quelque part, serait-il vraiment l’incarnation du mal ? Dubitatifs, les adultes le croient en fugue d’une des fermes voisines, et le shérif lance son enquête. Se produisent alors des événements étranges qui affectent tous les habitants de Breathed, tandis qu’une vague de chaleur infernale frappe la petite ville.



Catégories :Littérature

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15 réponses

  1. Très beau retour sur ce roman absolument sublime, touché par la grâce.

  2. Ouh la la. THE chronique. Merci à toi Yvan. 🙏😘

  3. Superbe chronique 🙏 impossible de faire l’impasse sur cette autrice. Merci 🤩

  4. Si le livre a fait rentrer l’auteur dans ton panthéon personnel, il me le faut!

  5. J’étais sûr que c’était Gallmeister qui allait le rééditer….

  6. Je ne lis pas ta chronique car…sur tes conseille celui là je l’ai acheté !
    Ce sera pour mes vacances …
    Avec Duchess d’ailleurs !

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