L’enfant rivière – Isabelle Amonou

Quand de telles rencontres se produisent, cela tient presque de la magie. Une autrice que je ne connaissais absolument pas, pour une lecture qui m’a chamboulé autant qu’elle m’a enthousiasmé. L’enfant rivière est un moment rare, une histoire et des personnages qui resteront gravés en mémoire pour longtemps.

Sublime

Oui, magie des rencontres, comme celle qui a permis à l’écrivaine bretonne de s’aventurer en terres québécoises. Une invitation à une résidence d’écriture à la frontière entre le Québec et l’Ontario a été l’étincelle qui a déclenché la flamme d’un récit sombre et magnifique.

Même publié dans une collection « blanche », c’est bien d’un roman noir dont il s’agit. Mais qu’importe l’étiquette, tant ce roman sublime est à conseiller au plus grand nombre.

Cette histoire, son environnement, sa manière de la conter, m’ont parfois fait penser à du Sandrine Collette. Croyez-moi, c’est sans doute l’un des plus beaux compliments que je puisse offrir.

Mais Isabelle Amonou a sa propre voix, magnifique de sensibilité et de justesse, formidable d’inventivité et d’émotions.

Un pas dans le futur

Avant les personnages, c’est l’environnement qui frappe. Fort. Dur. Vrai. Une région, une époque.

Les bords de la rivière des Outaouais, sauvage, encore davantage dans ce futur très proche. Car, oui, c’est aussi un roman d’anticipation, qui nous dépeint le monde en 2030, à peine quelques années en avant. Mais où le point de bascule a déjà fait glisser le monde sur une pente sans retour.

Cette idée, aussi géniale que traitée avec sagacité, rend l’histoire singulière, atypique, pour en renforcer encore son propos. L’autrice se sert de ce concept avec subtilité, pour décrire un monde qui peu à peu dérive.

Le Canada, touché par des tornades et tempêtes ravageuses, n’est pourtant pas le plus à plaindre. Son voisin, les États-Unis se sont littéralement effondrés sur eux-mêmes en quelques années, du fait du climat social autant que naturel. Sacré retournement de situation pour ces états-uniens qui se retrouvent dans la peau de réfugiés, à devoir passer la frontière en cachette, avec le risque d’être déportés dans des camps.

Tendu, pesant, troublant

Isabelle Amonou brosse le portrait d’une société à la dérive, mais sans jamais en faire trop, juste par petites touches qui soulignent particulièrement bien le climat de l’histoire.

Tendu. Pesant. Troublant.

Dans ce contexte, un couple s’est déchiré six ans en arrière, suite à la disparition de leur enfant de 4 ans. Le récit d’une quête. A la différence de son mari, Zoé n’a jamais perdu espoir. Pas de corps, pas de mort. Elle en est donc venue à « chasser » les jeunes cachés, réfugiés dans la forêt. Un nouveau métier, chasseuse de prime pour le compte du gouvernement, comme une excuse pour arpenter ces bois immenses.

Son conjoint Thomas, alors parti loin en France, revient sur les terres canadiennes, toutes ces années après. Tout un monde après.

Deux êtres déchirés, un couple que leurs différences ont brisé. C’est leur histoire contée ici, comme celle de l’enfant rivière, disparu à ses bords.

Sensibilité

L’écrivaine fait preuve d’une sensibilité touchante au possible dans sa manière de nous plonger en alternance dans les esprits des deux personnages (et parfois dans ceux d’autres aussi).

Différents points de vue, ressentis, sensations, à en donner la chair de poule. Car Zoé n’est pas une femme comme les autres ; caractère particulier, fort. Mais aussi un passé, des racines indiennes qui lui font ressentir autrement, à son corps défendant.

L’occasion pour l’écrivaine de traiter de sujets puissants et émotionnellement chargés. On ne fuit pas si facilement ses origines, et la manière dont ses ancêtres ont été traités. Ce présent ressemble au passé ; éternel recommencement. Sauf à se battre pour en changer.

L’enfant rivière est un livre sublime autant que déchirant. Admirablement bien pensé, inventif, surprenant tout du long, émouvant au possible. Isabelle Amonou a un talent fou, cette histoire le révèle, la révèle. Avec un roman qui mérite de se retrouver entre toutes les mains, à récolter tous les éloges.

Yvan Fauth

Sortie : 05 janvier 2023

Éditeur : Dalva

Genre : Roman noir

Lien vers la page du livre sur le site communautaire Babelio

4ème de couverture

Il y a six ans, l’enfant a disparu. Zoé ne l’a quitté des yeux que quelques minutes, occupée à peindre la coque du bateau, mais voici son fils envolé. On a dragué le cours d’eau, étudié les courants, cherché en aval, la rivière n’a pas rendu le corps de l’enfant. C’est peut-être ce savoir amérindien ancestral qu’elle porte en héritage ou un instinct maternel féroce mais Zoé le sait, Nathan ne s’est pas noyé. Il vit, quelque part. Elle est persuadée que son fils se cache parmi les migrants qui ont gagné le Canada, poussés par le réchauffement climatique et la chute des États-Unis. Alors elle le cherche. Jumelles au poing, fléchettes tranquillisantes et attirail de chasse en bandoulière, elle arpente les paysages sauvages pour traquer les invisibles de la forêt.

Sur les bords de la rivière des Outaouais, dans un monde où la nature a repris peu à peu ses droits et ne cesse de clamer sa puissance, L’Enfant rivière nous conte l’histoire d’une quête et d’un combat. Celui d’une mère prête à tout pour retrouver son enfant et comprendre qui elle est.



Catégories :Littérature, Livre : les incontournables

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14 réponses

  1. Alors je ne peux toujours pas apprécier, mais je le fais ici, sacrée découverte apparemment ! On va s’y intéresser de près, une comparaison avec Sandrine Collette ne peut me laisser indifférente…

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      je ne sais pas ce qu’il se passe avec les « like » sur WordPress, mais ton commentaire est apprécié 😉

  2. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Très beau roman découvert grâce à toi et très belle chronique qui lui offre un bel écrin ❤️

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      Oui, j’espère avoir trouvé les mots pour convaincre de lire ce roman formidable.
      Content que tu partages cet enthousiasme !

      • Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

        Tu as trouvé les mots, aucun doute là dessus. Je vais m’y coller aussi 😉

  3. Rhhooo la la. Le truc qui fout des frissons de bon matin. Merci à toi pour la chronique Yvan. 🙏😘

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      ça réveille 😉

  4. Je vais l’ajouter à ma liste de ce pas.

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      bonne future lecture !

  5. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Livres, ongles & Rock 'n Roll

    J’avoue que la comparaison avec Sandrine Colette a attiré mon attention…

  6. Peut-être une future lecture avec le jury Elle

Rétroliens

  1. Le retour lecture de ce roman noir m’a donné vraiment envie de le découvrir. Merci 🙏 – Amicalement noir
  2. Interview Isabelle Amonou - L'enfant rivière - EmOtionS, blog littéraire
  3. L'enfant rivière, Isabelle Amonou, Avis de lecture - Aude Bouquine

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