Michaël Mention a principalement posé son regard acéré sur le passé, parfois le présent. Le voilà qui tourne sa tête bien faite vers un avenir qu’on touche du bout des doigts. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est sombre et violent, et Qu’un sang impur trempe ces lignes.
L’écrivain joue régulièrement au caméléon, au touche-à-tout, à se frotter à tous les mauvais genres. Du polar à l’historique, du western au roman social. Cette fois-ci, le voilà qui s’acoquine à un style bien dans l’air du temps, l’apocalyptique et le survivalisme.
The Mention Touch
Adieu demain, notre monde s’effondre, la faute à bien plus grave qu’un Rhume du pingouin (même si le problème vient aussi du froid). Un vrai Sale temps pour le pays, de quoi voir succomber la population De mort lente. Entre leurs quatre murs, enfermés, Les gentils. Et Dehors les chiens. Gentils, vraiment ? Bienvenue dans le chaos.
Dans notre monde qui s’assombrit de jour en jour, les romans catastrophistes pullulent, et se ressemblent parfois beaucoup. Qu’on soit clair, ici point d’opportunisme, Michaël s’empare du genre à sa manière bien personnelle, The Mention Touch. D’ailleurs, ne vous fiez pas trop à la couverture, un brin trompeuse, on n’est en rien dans un remake de La route version couple, plutôt dans une revue française d’un John Carpenter.
Le vivre-ensemble
Imaginez que, du jour au lendemain, vous soyez enfermés dans votre logement, votre immeuble. Si vous sortez, c’est la mort sanglante assurée. Une partie de la population est devenue folle, malade d’une étrange affliction qui les pousse à vous déchiqueter.
Poussez la réflexion sur ce que cela implique dans la vie quotidienne, quand vous avez un voisinage plus ou moins proche, des enfants. Le roman pousse à son paroxysme le concept du vivre-ensemble. Sauf que, dans un monde qui s’effondre, ce n’est plus tous les jours la fête des voisins. C’est le grand intérêt de ce récit, même s’il en a aussi d’autres.
Voisinage
Au centre, un couple et son jeune enfant. Autour d’eux, deux époux âgés, dont la femme atteinte d’Alzheimer, une famille musulmane avec deux jeunes enfants, une femme seule du genre complotiste, un écrivain. Un immeuble somme toute banal, bien représentatif de la diversité de notre pays.
Ils se connaissent tous, s’entendent plutôt bien, de loin. Ils vont devoir se regrouper, s’entraider, se supporter, dans un jeu de rôles où chacun va dévoiler sa propre nature. Et même, se révéler à soi-même, car c’est dans la difficulté que l’on montre son vrai visage.
Réfléchi et viscéral
Le roman est à la fois mûrement réfléchi et profondément viscéral. Tête et cœur, cervelle et tripes mis à l’air. Mention a des choses à dire, à dénoncer, à balancer à la face du lecteur, mais ça ne l’empêche en rien de construire une histoire au plus près de l’humain, tout en s’amusant follement.
Il est de bon ton de nos jours de mettre en garde, donc sachez que certaines scènes violentes sont dignes de The walking dead, que d’autres sont déchirantes (au propre comme au figuré). Mais le ton, la plume et la narration en font un livre à part.
L’écriture de Mention se reconnaît entre mille, il n’y a que lui qui écrit ainsi, vraiment. Ses lecteurs habituels en auront pour leur argent, à coups de poésie noire, de pensées glaçantes et bien senties, de tournures jubilatoires. Pour autant, il s’est parfaitement adapté au contexte pour un texte qui fait sens, tout en restant dans le divertissement (secouant).
Qui ose !
Avec un auteur qui ose ! Dans un univers littéraire qui s’aseptise, il n’a pas peur de maltraiter à outrance ses personnages, de prendre des virages qui vous collent des mandales. Il ne ménage personne, et cette virée futuriste n’en devient que plus prenante à ainsi mélanger l’intime et l’universel (dans la catastrophe).
Qu’un sang impur abreuve nos cités, nos villes et nos campagnes. Michaël Mention se la joue prédicateur de la destruction, en laissant pointer quelques lueurs d’espoir. Vous verrez bien si elles ne s’éteignent pas en chemin. Ce chemin que je vous conseille vraiment d’emprunter si vous voulez vivre des émotions fortes et lire un roman qui se démarque. Il n’y aura toujours qu’un seul Michaël Mention, une âme unique, et ça n’a pas de prix.
Yvan Fauth
Sortie : 06 mars 2025
Éditeurs : Belfond
Genre : roman noir apocalyptique
Prix : 20 €
4ème de couverture :
Roman apocalyptique, satirique et détonnant, Qu’un sang impur questionne les limites du vivre ensemble dans un décor à la croisée du film Vingt-huit jours plus tard de Danny Boyle et des séries The Walking Dead et The Last of Us .
Matt, conseiller bancaire et jeune père de famille, déguste une bière en terrasse lorsqu’un phénomène étrange se produit : les feuilles des arbres tombent d’un seul coup, quelques secondes avant qu’une onde de choc retentisse dans la capitale. Attaque russe ? Explosion nucléaire ? Volcan en éruption ? Séisme ? Obéissant au principe de précaution, le président confine ses habitants. Et voilà Matt, Clem et leur petit garçon coincés dans leur immeuble de banlieue avec leurs voisins. La panique n’est pas loin, mais chacun fait preuve de philosophie. Jusqu’à ce qu’une terrifiante épidémie gangrène la population et que les principes de vie en société laissent place à la sauvagerie la plus barbare…
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Catégories :Littérature

Très belle chronique pour ce livre singulier qui incontestablement marquera les esprits ! Le « vivre ensemble », cette douce utopie …
Oui une utopie, moins douce ici 😉. Merci, je me dois de rendre un hommage à Mention chaque année
Wooowww 😍. Bien joué d’avoir mêlé les titres. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
merci de l’avoir remarqué 😉
Lui, je l’avais déjà noté 😉
Y a intérêt 😉
Sinon tu tapes ?? 😆
je te regarde dans les yeux, tu auras peur 😉
Oui, mais j’ai une arme secrète : je chanterai du Johnny à plein pot 😆
Très bel avis ! J’ai beaucoup aimé aussi 🙂
Encore une réussite de ce petit génie…
petit par la taille, grand par le talent 🙂
Grand tu as raison !