Groenland, le pays qui n’était pas à vendre – Mo Malo – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions
En bref
Titre original : Groenland, le pays qui n’était pas à vendre
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Date de sortie : 03 octobre 2025
Genres : Thriller d’anticipation / dystopie
Introduction
Le Groenland, dans quelques années. Il a gagné son indépendance, mais se retrouve le jeu d’une enchère sordide entre les plus grandes puissances du monde. Cinq petites heures de surenchère pour échanger le pays et ses ressources rares contre la vie de la femme et de la fille du Premier ministre groenlandais. Le tout, en direct, face caméra, face au monde entier médusé.
Voici ma chronique du roman en cinq émotions
Effroi
Sans mauvais jeu de mots, les terres gelées du Groenland sont le lieu idéal pour matérialiser les changements en profondeur de notre monde, de nos sociétés qui poussent vers les extrêmes. Le froid intense qui s’abat sur les droits et les démocraties se conjugue parfaitement avec la situation de cet endroit immense et isolé.
Sa démesure, sa beauté menacée par la cupidité ; splendeur et dévastation. Et si la perte de la réalité naturelle reprenait sens pour le monde entier à travers le Groenland ? Car, on est tout petit face à l’immensité, les 56 800 habitants de ces contrées comme nous tous en la regardant de loin.
Un maigre espoir qui, pour le moment, ne gèle pas cet effroi qui me pénètre chaque jour davantage.
La fiction est un terrain idéal pour poser des bases de cogitation tout en continuant à vibrer pour l’essentiel. Le Groenland de Mo Malo n’est pas seulement un lieu, c’est une mémoire qui fond. L’auteur a trouvé une voie intéressante, le thriller d’anticipation, un peu dans le genre de la série 24 heures, pour assener ses vérités.
Colère
Cette peur déclenche inévitablement une colère en moi, pas explosive, mais froide. De celle qui veut garder un semblant de lucidité, pour ne pas se retrouver submergé par cette émotion.
L’avidité des puissants et leur cynisme absolu à transformer la terre et les humains en marchandises est une énorme source de stress pour moi, c’est ce genre de livre choc qui me permet de prendre un peu de recul tout en étant dans l’action.
Un thriller dystopique est une clé pour tenter de canaliser, de détourner cette sombre humeur. J’aime ce genre de récit, je goûte d’autant plus quand il prend racine dans notre réalité et secoue les branchages.
Indignation
Le Groenland est encore une terre préservée, vibrante de ses traditions à travers sa population clairsemée, où la nature dicte encore les vraies lois de l’univers. Mon indignation à cette tentative de viol symbolique d’un territoire et de ses valeurs déclenche une émotion viscérale, morale qui fait qu’on lit ce roman avec les tripes, avec le Grand Nord qui insuffle son esprit en nous.
Indignons-nous, oui, mais intelligemment, avec la conscience que ce n’est pas seulement un décor qu’on profane, mais aussi une mémoire collective.
Empathie
Merci à Mo Malo de nous faire vivre à distance des aventures intenses dans ces territoires. Et à travers cette manière de vivre qui nous rappelle qui nous sommes vraiment et quelle est notre juste place.
Merci de nous faire entrer en empathie avec ces contrées, et donner aussi la parole à ceux qu’on n’entend habituellement pas.
Cette guerre géopolitique exacerbée en quelques pages, à travers cette novella, est une manière intéressante de ressentir de la tension autant que de l’amour, et une sorte d’identification à ce qui a de la valeur, sur le globe comme dans les relations humaines.
Et puis, comme le texte est aussi l’occasion de clins d’œil aux autres livres et personnages de l’auteur, cela permet quelques sourires aussi, parce qu’on est attachés à eux.
(Très maigre) espoir
Au milieu du désastre, l’humain persiste. Alors, il me reste un infinitésimal espoir, loin de toute naïveté, qu’une solidarité fragile mais réelle, que l’obstination à la liberté, peuvent encore faire le lien entre les hommes. C’est aussi ça l’intérêt de la littérature.
Un excellent sujet de discussion, après avoir lu ce texte de Mo Malo qui lance de belles pistes de réflexion, à l’image d’un final fort et audacieux, parfaitement bien pensé et joué (même si la situation n’a rien d’un amusement).
Note personnelle
170 pages, ça peut paraître court, mais c’est un bon format pour ce genre de récit, intense, chronométré, tendu.
Un pas de côté dans les histoires groenlandaises de Mo Malo, et surtout une nouvelle preuve que le talent de l’écrivain (sous ses différents pseudos) est pluriel et universel. Son regard acéré et éclairé est une parfaite analogie de l’infini paysage de ces terres gelées.
Cette histoire fait sens, tout remplissant parfaitement son rôle de thriller captivant.
J’ai beaucoup d’admiration pour les auteurs qui cherchent sans cesse à se renouveler, qui ne font pas que réciter leurs gammes. J’ai donc beaucoup d’admiration pour Mo Malo / Frédéric Mars.
Résumé éditeur
5 heures maximum. C’est le délai qui a été donné pour mettre aux enchères un pays, un peuple. Le Groenland. Quatre nations sont en jeu : les USA, la Chine, la Russie et le Danemark. Sous les yeux médusés de milliards de spectateurs, le Premier ministre groenlandais, Frederik Karlsen, donne le départ. Trahison ? Non. Il est menotté à sa chaise. Séquestré loin de tout. Sa femme et sa fille tenues en otage, suspendues à un câble d’acier, au-dessus de la banquise.
Pour aller plus loin
Lien vers l’interview de Mo Malo au sujet de ce roman
Lien vers ma chronique de Qaanaaq
Lien vers ma chronique de Disko
Lien vers ma chronique de Nuuk
Lien vers ma chronique de Summit
Lien vers ma chronique de La Mélancolie de l’ours polaire
Lien vers ma chronique de L’Inuite
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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

J’ai très envie de le lire, mais je pense que je ressentirai cette même colère que toi…
y a des chances, mais c’est bien aussi de se mettre en colère (froide)
C’est pas faux…
Un auteur que je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir, mais je pense qu’il vaut mieux que je ne commence pas par celui-là, surtout s’il y a des clins d’œil aux précédents.
ce ne sont que des clins d’œil qui passent inaperçus pour les autres lecteurs, donc tu peux vraiment le lire
j’ai lu un de ses livres , je ne me souviens plus lequel. Celui m’intéressera c’est sûr. Vraiment d’actualité. Bon après midi
bonne idée de continuer à le lire 🙂
Il faudrait envoyer ce roman à Trumpinette : non, il ne le lira pas, mais quand il verra le titre, il comprendra peut-être que c’est « nuts » 🙂 Un roman que je voudrais lire et qu’un jour, je lirai ! 😉 Pour m’indigner aussi et grommeler dans mon canapé.
Sciée, scotchée par ta chronique… Quelle merveilleuse manière si profonde et sincère de présenter ce livre qui me paraît si essentiel, si fondamental… j’aime les histoires groenlandaises de Mo Malo, et celui-ci est en haut de la pile ! Merci beaucoup Yvan pour tes mots !!
ah c’est très gentil, merci :-). Bah oui, il faut lire Malo !
Contrairement à toi, je n’ai plus aucun espoir concernant la quête des territoires…. Assez envie de lire ce livre finalement !
je me force à ce minuscule espoir