Groenland, le pays qui n’était pas à vendre – Mo Malo – Interview littéraire : 1 lecture, 5 émotions
Voici une interview en cinq émotions autour de ce roman
En bref
Titre original : Groenland, le pays qui n’était pas à vendre
Auteur : Mo Malo
Éditeur : La Martinière
Date de sortie : 03 octobre 2025
Genres : Thriller d’anticipation / dystopie
Introduction
Nouvelle approche, tout en émotions. Dans mes chroniques, comme dans mes interviews. Une manière différente de découvrir un livre, et son auteur / son autrice. Où je laisse toute la place à celui qui écrit.
Voici l’interview de Mo Malo au sujet de son roman « Groenland, le pays qui n’était pas à vendre« . Il a accepté de jouer le jeu pour une approche tout en sincérité !
© Marc Bailly
Une émotion qui résume la période où le livre a été écrit
Angoisse
Absolument pas à cause de l’écriture elle-même. Et pourtant, avec ce texte je m’engageais sur un terrain à la fois inédit pour moi, celui de la novella, et casse-gueule, car réagir à un sujet d’actualité à travers la fiction est toujours périlleux.
Non, ce sont pour des raisons beaucoup plus personnelles que j’angoissais. Sans entrer dans les détails, je commençais alors un parcours diagnostique, suite à des symptômes préoccupants, qui devait durer près de cinq mois et dont je sors à peine, ballotté entre des nouvelles alarmantes ou rassurantes selon les moments et les interlocuteurs (PS : tout va mieux !). Ajoutez à cela une fatigue extrême, je n’étais vraiment pas au mieux de ma forme durant cette période.
Mais j’ai néanmoins été emporté par le format court et la tension de mon sujet, qui s’est révélé une vraie bouée de secours psychologique. C’est d’ailleurs une question qu’on me pose souvent : est-il possible d’écrire quand tout paraît s’écrouler dans sa vie ? La réponse est (forcément) ambivalente, ou plutôt à deux vitesses.
En ce qui me concerne, cela m’inhibe en effet, au moins dans un premier temps. Mais assez vite la fiction, la bulle qu’elle compose autour de moi, agit au contraire comme un havre et un exutoire à la fois. Mon domaine rien qu’à moi, protégé des morsures du réel, dans laquelle il me devient vital de trouver refuge chaque jour.
Trois émotions décrivant le roman
Stupéfaction
C’est ce qu’ont provoqué les déclarations tonitruantes de Donald Trump dans l’opinion publique mondiale quand il annonçait, fin 2024 et 2025, vouloir prendre le contrôle du Groenland par tous les moyens possibles. C’est aussi dans cet état de sidération que se trouvent mes personnages principaux quand ils apprennent qu’ils sont contraints de procéder à la mise aux enchères dudit pays, sous peine de représailles sur des proches. Et enfin cette même stupéfaction s’empare de tous les acteurs de ce drame aussi inédit qu’inattendu.
Pourtant, si l’on reprend les propos et les actions bien réels des États-Unis depuis quelques années, il apparaît que ma dystopie (c’en est une, puisque j’imagine que le Groenland est devenu indépendant vis-à-vis du Danemark) ne pousse pas les curseurs de la fiction si loin que ça. Personne n’a été stupéfait quand Trump a tenu des propos similaires en 2019. Personne ne s’est alors ému que les États-Unis ont ouvert un consulat à Nuuk avec des vues assez claires sur leur présence à moyen-long terme dans le pays. Personne ou presque ne s’est fait l’écho d’actions très concrètes menées par certains de leurs supporteurs, au printemps dernier, allant jusqu’à distribuer des billets de cent dollars dans les rues de la capitale pour convaincre la population locale de rallier « l’empire occidental » en tant que 51e étoile du drapeau américain. Il faut croire qu’on s’habitue à tout… même à la stupéfaction !
Colère
Là aussi, elle m’a gagné au moment des fameuses déclarations de Trump, comme elle gagne certains de mes protagonistes. Mais sans trop en dire, si la colère est parfois mauvaise conseillère, elle peut, une fois retombée, se muer en force motrice.
Ainsi, plutôt que de retourner la table face à l’adversité qui le frappe, Frederik Karlsen, mon premier ministre groenlandais imaginaire, tente de retourner les esprits, à commencer par ceux qui sont a priori les plus hostiles à sa politique et à son peuple. Ainsi, plutôt qu’une action militante de soutien aux Groenlandais, j’ai choisi pour ma part de faire ce que je crois réaliser le moins mal : un récit de fiction.
Mais, comme souvent, ce qui m’intéresse dans la fiction c’est justement son point de friction avec la réalité, là où les deux se mêlent de manière plus ou moins inextricable. C’est là, me semble-t-il, qu’on en apprend le plus sur le monde et sur soi-même. Ainsi, d’une colère initiale naît parfois une forme de lucidité, alors même qu’on la pense aveugle.
Détermination
Je devrais même dire auto-détermination. Car tout tend vers cela. De leur détermination à rejeter les offres (plus ou moins amicales) de prise de contrôle sur leur territoire, les Groenlandais espèrent, in fine, être en capacité de dessiner leur avenir indépendant.
De mon point de vue, toutes les conditions ne sont pas encore réunies, et la route risque d’être encore longue. Mais des nombreux entretiens que j’ai effectués au fil des ans sur place, avec des gens d’origine et de qualités très diverses, je retiens à chaque fois cette détermination, cette conviction, chevillée au corps et au cœur que, un jour, le Groenland reprendra le contrôle de sa destinée.
Inutile de dire que je ne peux que partager cette dynamique et ce souhait, si toutefois ladite indépendance ne s’accompagne pas de conditions trop lourdes à supporter. Je pense en particulier aux possibles dommages causés sur l’environnement par une exploitation intensive des ressources naturelles (à laquelle ils se refusent pour le moment). Si cette digue-là devait sauter, alors il n’est pas sûr que les Inuits groenlandais aient encore toutes les cartes de leur avenir entre les mains.
Une émotion face au monde actuel
Confiance
Je sais que la tendance actuelle, face aux nombreux drames et aux nombreuses menaces de notre époque, n’est pas vraiment à l’espoir. Évidemment, je partage les inquiétudes de la majorité, il faudrait fou ou un peu angéliste pour ne pas les voir.
Néanmoins, plus ponctuellement, ici où là, il me semble qu’il y a des raisons d’espérer. Pour revenir au cas du Groenland, j’ai foi en deux choses, s’agissant de son peuple : son formidable pragmatisme, qui va (presque) toujours dans le sens des meilleures conditions de (sur)vie, tant pour eux que pour le milieu où il évolue ; et par ailleurs cette capacité que nous avons en partie perdue, nous occidentaux, à se fédérer autour de projets communs, lorsque ceux-ci leur semblent à la fois raisonnés et respectueux de chacun.
C’est sur cette ligne de crête que j’imagine et espère les voir évoluer dans un proche avenir, entre la création des conditions financières de leur indépendance (par une exploitation contenue et maîtrisée des ressources) et le rejet de toute tentative étrangère de mise sous influence.
Résumé de l’éditeur
5 heures maximum. C’est le délai qui a été donné pour mettre aux enchères un pays, un peuple. Le Groenland. Quatre nations sont en jeu : les USA, la Chine, la Russie et le Danemark. Sous les yeux médusés de milliards de spectateurs, le Premier ministre groenlandais, Frederik Karlsen, donne le départ. Trahison ? Non. Il est menotté à sa chaise. Séquestré loin de tout. Sa femme et sa fille tenues en otage, suspendues à un câble d’acier, au-dessus de la banquise.
Pour aller plus loin
Lien vers ma chronique de « Groenland, le pays qui n’était pas à vendre »
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Catégories :1 lecture, 5 émotions - L'interview, Littérature

C’est toujours intéressant de connaître le point de départ d’une oeuvre, de comprendre ce qui l’a motivée !
Oui c’est passionnant ! Merci de ta curiosité !
Toujours aussi intéressant ! J’aime beaucoup ce format. Je me répète mais je je suis vieille 😉
La communication est l’art de la répétition 😉. Et ça fait plaisir de savoir que ça te plaît
Nom de Zeus, il est plus que temps que je lise ce court roman !!
Tu dis bien, l’autre des USA se prend pour Zeus…
Oui, pire que Jupiter ! 😉
Toujours très intéressant de lire ce que pensent les auteurs et cette nouvelle façon d’opérer autour des émotions collent bien à ces interviews je trouve. Merci à vous deux ! 🙂
Ça me fait plaisir que cette nouvelle manière de faire te plaise ! Et c’est passionnant de lire les auteurs de cette manière, oui, surtout quand ils jouent aussi bien le jeu