Les plus jeunes années du monde – Marie-Lorna Vaconsin – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

Les plus jeunes années du monde – Marie-Lorna Vaconsin

En bref

Éditeur : Actes Sud

Date de sortie : 13 mai 2026

Genre : dystopie, anticipation inclassable

Fascination

Bousculé. Par le monde basculé depuis l’apparition de la forêt rouge. Par les émotions fortes circulant à travers les veines de personnages désarticulés. Par un texte maculé de couleurs denses, par la grâce d’une écriture envoûtante. Oui, j’ai été réellement bousculé, et j’en redemande.

Fasciné par l’image fondatrice dessinée dans Les plus jeunes années du monde de Marie-Lorna Vaconsin, cette transformation du vivant, du végétal, du vert au rouge, et de ses effets micro et macro. Quelle idée flamboyante que celle de cette réponse au dérèglement climatique ! C’est puissant visuellement, c’est questionnant (voire inquiétant pour d’aucuns), fascinant et poétique c’est certain.

Cette nature qui reprend le pouvoir devient un personnage à part entière, deus ex machina d’une catastrophe déclenchée par les humains. Qui sont dépeints de manière terrible à travers ce roman.
Ma fascination a donc autant transpiré du concept que de ce qui suinte des protagonistes.

Malaise

Malaise, tout du long. Parce que le destin et les réactions des personnages m’ont pris aux tripes. L’avènement d’une nouvelle lumière naturelle, le rouge, qui vient contrebalancer la noirceur crépusculaire d’une humanité dévoyée.

L’emprise. Traitée frontalement à travers le fanatisme religieux, la domination, la violence, le conditionnement mental. Croyances, misogynie, masculinisme, haine des autres, manipulation, autant de thèmes forts qui impriment les pages de ce livre.

Mais aussi l’étouffement maternel. De quoi développer des scènes fortes autour de l’enfance et de l’adolescence blessées.

La peur et l’endoctrinement font sourdre une angoisse de lecture qui est bien plus inquiétante encore que la catastrophe écologique. Comment penser respecter la nature alors qu’on est capable de tant se violenter entre humains ?

Tendresse

Les personnages n’ont pas grand-chose pour eux, pourraient paraître difficiles à aimer. Mais leurs batailles pour survivre touchent, intensément. Leurs blessures affectent, profondément.

Avec une question qui surgit, est-il possible que s’allume une petite lumière de douceur capable de résister à ce monde brutal ? Une tendresse rugueuse.

Ces protagonistes ne peuvent laisser de marbre, et je me souviendrai longtemps des émotions (très) ambivalentes que j’ai pu ressentir à les côtoyer durant 310 pages. Difficile de décrire ce que j’ai pu ressentir, il faut le vivre par vous-même.

Résilience

La résilience est partout dans ce roman. Dans cette forêt qui refuse de mourir et cherche une autre façon de s’adapter. Sans renoncer. Dans les personnages qui eux aussi entrent en résistance, cherchant la survivance.

Une résilience dans la douleur, viscérale et profonde, à travers des blessures terribles qui forgent une personnalité. Mais, qui trouve parfois sa source dans des rencontres que l’on pourrait croire dues au « hasard ».

Ces rencontres qui permettent de faire naître des étincelles qui contrebalancent les braises allumées par cette fin du monde annoncée. Pour tenter de s’éloigner des peurs (si tant est que cela soit possible).

L’autrice m’a touché par sa capacité à croire encore en l’être humain, et sa capacité à évoluer pour continuer d’exister.

On pourrait voir la forêt rouge comme une anomalie, mais c’est au contraire une évolution qui apprend des erreurs, qui nous force la main, nous pousse à ouvrir les yeux et à écouter nos vibrations internes. Une approche quasi philosophique, qui pioche dans l’intime.

Rémanence

Les plus jeunes années du monde fait partie de ces livres rares qui chamboulent, heurtent, secouent. Marie-Lorna Vaconsin a su créer un monde organique, sensitif et sensuel. Avec son écriture charnelle, joliment travaillée, elle raconte les blessures, de l’intime à l’universel.

Son approche originale, ses idées fortes, son regard très personnel (avec une légère touche de fantastique qui rajoute à l’étrangeté) ont fait de cette lecture un moment assez mémorable.

L’inventivité au service des émotions, à travers ce que les personnages portent en eux et ce que la forêt greffe sur tous les vivants.

Dans cette dystopie, cette anticipation proche qui mêle écologie, emprise, enfance blessée, ce n’est pas tant la fin du monde qui est décrite qu’une possible résurgence de ce qui peut pousser sur des terres brûlées.

Un mélange des genres qui fonctionne bien. À lire assurément, absolument.

Thèmes développés

Mélange des genres, dystopie, anticipation, thriller, roman noir

Écologie et adaptation du vivant

Adolescence et construction de soi

Emprise et fanatisme

Résilience après les traumatismes

Transmission

Relations humaines dans un monde en mutation

Pour qui ?

Les lecteurs d’anticipation humaniste

Les amateurs de dystopies sensibles plutôt que spectaculaires

Les lecteurs qui apprécient les récits initiatiques et émotionnels

Ceux qui cherchent une réflexion écologique sans discours militant

Ceux qui aiment le mélange des genres

Si vous avez aimé…

Je pleure encore la beauté du monde de Charlotte McConaghy pour sa relation intime au vivant

Les Fantômes de Shearwater de Charlotte McConaghy pour ses personnages confrontés à une nature plus forte qu’eux

Et toujours les forêts de Sandrine Collette pour son approche sensible de l’effondrement et le travail de l’écriture

Parcourir la terre disparue d’Erin Swan, pour sa mélancolie spéculative

Dors ton sommeil de brute de Carole Martinez pour son réalisme magique

Lorsque le dernier arbre de Michael Christie, pour la confrontation de l’âme de la forêt et de celle des humains

Résumé éditeur

Fish Lake Forest, Utah.
Un phénomène étrange obsède les scientifiques : un grand chêne se met à rougeoyer. L’anomalie se manifeste aux quatre coins du monde et on observe un effet étonnant : la photosynthèse de cette chlorophylle est trois fois supérieure à celle de son homologue verte. L’écosystème des forêts a-t-il enfin conçu un début de réponse pour faire face au réchauffement climatique ?
Né dans une secte viriliste néo-adventiste, Joshua est endoctriné par l’enseignement religieux, mais quelque chose au fond de lui lutte, en quête de sens.
Edita est séquestrée depuis l’enfance dans un lodge au fond des bois, elle possède un sens unique qui n’est ni la vue, ni l’ouïe, ni le toucher, mais un peu des trois à la fois, un sens amplifié au centuple qui la guide dans sa découverte du réel.
Jusqu’au jour où s’ouvre une brèche : fuir.
Leur rencontre bouleverse tout.
Entre dystopie écologique lumineuse et thriller redoutable, Les Plus Jeunes Années du monde est un roman d’adaptation irrésistible qui ausculte les blessures du monde, le bouleversement irréversible d’une rencontre et notre capacité à nous réinventer lorsque toutes les cartes sont rebattues.

Pour aller plus loin

La page de l’écrivaine chez l’éditeur


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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

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19 réponses

  1. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Des thématiques que me parlent énormément, et des émotions qui promettent d’être intenses. Ce livre est pour moi ♥️

  2. Il a tout pour me plaire, d’autant que j’ai lu et aimé la plupart des livres que tu cites à la fin de ta chronique.

  3. Me tente beaucoup. Thématique intéressante . Merci

  4. Chronique très intéressante. Merci à toi pour le partage 🙏 😘

  5. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Tu as une nouvelle fois éveillée ma curiosité… Quelle chronique !! Elle m’a pris aux tripes. Merci à toi pour la découverte ! 🙂

  6. WordsAndPeace – Book blogger: https://wordsandpeace.com Book tours: https://francebooktours.com Check all my social media presence: https://linktr.ee/wordsandpeace

    Merci, ainsi que pour la liste de recommendations à la fin

  7. Un style de livre qui me conviendrait. Bonne soirée

  8. Je ne connais pas du tout. Merci Yvan pour cette chronique riche et intéressante. Je pourrais apprécier ce genre de lecture, ayant aimé la plupart des romans que tu cites dans ton épilogue !

  9. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Bon, je vais le noter, on ne sait jamais qu’un jour, je croiserais sa route à la biblio 😉 même si j’avais foiré la lecture de « Je pleure encore la beauté du monde »…

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      faut retenter ta chance 😉

      • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

        On croirait un slogan pour la loterie nationale 😆

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