Si un livre était une personne : L’histoire de Mother Naked – Glen James Brown

Si un livre était une personne : L’histoire de Mother Naked – Glen James Brown

En bref

Éditeur : Les éditions du Typhon

Date de sortie : 02 septembre 2025

Genres : Fiction historique

Introduction

Lire, c’est un peu comme rencontrer quelqu’un. Les bons textes prennent chair, ils respirent, ils nous parlent. Une manière de l’accueillir chez soi, en soi.

Je vais vous parler de cette lecture en la regardant comme on décrirait une personne, comme un être singulier qui a marché un temps à mes côtés.

Sa présentation

Aye, gents dames et damoiseaux, nobles et gueux, ceci est votre histoire. Contée par un mystérieux ménestrel lors d’un banquet de l’an 1434, sur les terres d’Angleterre.

Un retour vers le passé qui m’aura autant apporté qu’inspiré, et qui va m’amener à me questionner sur nos relations d’aujourd’hui.

Sa taille ramassée (250 pages), sa mise en page originale, voilà qui laissait déjà présager un récit direct et atypique. Ce fut bien le cas tout du long, oh oui.

Sa narration singulière et sa voix forte, m’ont emporté vers un sombre passé, un quotidien qui émeut, un milieu social qui agite. J’en suis ressorti assez ébranlé. C’est en se frottant à ce qu’on connaît peu que l’on comprend mieux le monde et sa mécanique. Car, sous son air faussement enjoué se cache de terribles déclarations.

Ce n’est pas tous les jours qu’il nous est donné l’occasion de côtoyer des ombres d’un lointain passé, de l’écouter nous susurrer son quotidien à l’oreille, et de rendre vie à de vieilles âmes.

Haut en couleur, assurément, ce camelot de mots, ce colporteur d’histoires. Sous son apparence de troubadour usé, flétri par le temps et les innombrables kilomètres parcourus à propager sa parole, se cache une personne érudite, plein de verve et d’allant.

Qui dissimule, surtout, de terribles secrets dans sa gibecière. Et une vengeance aussi…

Immédiatement, il donne à la fois l’impression de faire partie de ces vieux briscards, tout en jouant une partition actuelle. De quoi rendre son récit assez intemporel.

Cet homme n’est point un bonimenteur, mais un colporteur de vérités, de celles qui font mal, que les seigneurs et autres gens des hautes castes ne veulent pas entendre. Son récit m’a marqué, parfois bouleversé, affligé aussi.

Comprenez-bien, ce témoignage du passé n’est pas insignifiant ni inoffensif. Au contraire, c’est un constat dur autant qu’une attaque en règle. Un poison qui s’infiltre lentement de mot en mot.

Contre le pouvoir, les privilèges, les ultra-riches, l’exploitation des masses, la pression des croyances et de la religion. Pointant l’aigreur aussi, la jalousie, la perte de valeurs.

Vous avez l’impression que je parle vous d’aujourd’hui ? C’est bien le message derrière le message, qui nous démontre que rien n’a si foncièrement changé en 600 ans.

Entre ceux qui triment et ceux qui encaissent, ceux qui survivent et ceux qui vivent à leurs crochets. Missive sociale, assurément, contant les rapports de classe, poussant les serfs à bramer contre leurs seigneurs.

Les relations sociales sont indissociables des relations de castes, sauf à tenter d’abattre les murs mentaux ou bien réels qui les séparent. Voilà qui est au centre de ce jeu d’autorité et d’ascendance entre des femmes et des hommes nés sous la mauvaise condition (ou le « mauvais » sexe).

Je trouve qu’il n’y a rien de mieux que de s’extraire de son environnement habituel pour mettre des situations en perspective, des absurdités en lumière. Le rebours vers le XVe siècle avec ses inégalités insupportables et ses injustices flagrantes, m’ont heurté en me montrant à quel point les logiques idéologiques et féodales existent toujours de nos jours, de manière policée, mais toujours brutale.

Tête et cœur, zygomatiques et tripes, voilà le genre de récit à faire fonctionner les organes, le conteur sachant y faire pour souffler le chaud et le froid. À travers un jeu de la langue de tout premier ordre, de manière imagée, qui met en scène (avec beaucoup de rebondissements) la manière dont les tentatives d’amélioration sociale se paie au prix fort.

Sans cacher la violence sous les jolis mots, parlant aussi de courage, même à travers la satire. Cette manière originale de raconter n’empêche pas les émotions, j’ai ressenti un vrai attachement à ces gens au fil des 100 courts chapitres de vie.

Cette virée dans le temps est fortement immersive, la gouaille du ménestrel sonne juste derrière les jeux de mots, à tel point qu’on vibre à découvrir les conditions de vie épouvantables de l’époque. Avec moult détails parfaitement intégrés dans le récit qui enrichissent notre connaissance du passé.

J’ai beaucoup appris de cette période sombre, des us et coutumes, des situations quotidiennes, des croyances, qui font endurer de terribles tourments.

Allez à sa rencontre si vous cherchez un récit à la fois subtil et engagé, drôle et terriblement dur. Le genre de confrontation qui laisse des traces, des brûlures qui éveillent, de celles qui grattent les plaies purulentes. Pour ma part, j’en redemande.

Vous trouverez ici un sens profond à l’expression qui parle de séparer le grain de l’ivraie. Du genre qu’on n’oublie pas.

Je conseille vivement cette rencontre, à la fois politique (dans son expression la plus vraie) et profondément humaine (dans ses outrances et sa cruauté). Autant partager des mots qui font sens tout en apportant leur lot de divertissement, car on quitte ce ménestrel la tête pleine et le cœur en feu.

Résumé éditeur

Par une nuit d’orage de l’an 1434, l’arrivée d’un étrange musicien perturbe la fête des marchands et des nobles de Durham. Alors qu’ils s’attendaient à ce que le ménestrel Mother Naked s’en tienne à son rang, c’est une tout autre attitude qu’il adopte à mesure des histoires contées. Celles de la famille Payne et de la famille Deepslough, celles des mauvaises récoltes et des rivalités grandissantes, celles d’un spectre et de la peur qu’il sème. Mais eux, ces puissants, qui plus que de raison s’enivrent, quel rôle tiennent-ils dans ces histoires troublantes ?

À tambour battant, L’histoire de Mother Naked plonge le lecteur au cœur d’une période historique intensément romanesque. L’enchâssement des rebondissements captivent pour mieux offrir un regard décapant sur les rapports de classe.

Pour aller plus loin

Lien vers la page de du roman chez son éditeur


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Catégories :Littérature, Si un livre était un personne

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7 réponses

  1. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Tu en parles tellement bien que je pense que c’est toi, le camelot des mots ! Même si tu ne nous vends jamais du vent et que tes articles ne sont jamais décevants. Bon, je vais noter cette mère à loilpé… 😉

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Ahah la rime riche de la Belette 😁

      • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

        Je ne suis riche que de rimes et de livres, très cher 😉 Je devrais aller visiter les musées français, tiens, pour m’enrichir 😆

        • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

          T’es trop louche pour rentrer 😉

          • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

            Avec un élévateur et une disqueuse en main, je ne ferai couleur locale et pas chelou 😉

  2. Yvan et sa verve. Intéressante cette chronique. Merci à toi pour le partage 🙏 😘

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