Compte-rendu d’une réunion des Nouveautés Anonymes (NA)
– Bonjour, je m’appelle Yvan, et ça fait huit mois que je ne chronique plus uniquement des nouveautés littéraires.
– Bonjour Yvan !
(Silence respectueux. Quelqu’un repose subrepticement un catalogue de la rentrée littéraire sous sa chaise).
Une réunion qui ressemble à tant d’autres des Alcooliques Anonymes (AA). Le décor : loin des paillettes, des sourires commerciaux, des postures calculées, des photos de déguisement. Une salle de lecteurs, chaises en cercle, thés tièdes, gâteaux maison. Un groupe fatigué par la fausseté des attitudes autour des rentrées littéraires. Au centre, une pile de services de presse ficelés comme une offrande sacrificielle. Personne n’ose les toucher, certains tremblent.
Yvan :
– J’ai longtemps ressenti le besoin de suivre les nouveautés au plus près, c’était plus fort que moi. Comme si ne pas être à la page revenait à rater le train. Aujourd’hui, je l’ai compris, c’était une addiction.
Je me vois lire compulsivement les programmes des éditeurs, apprendre les dates de sortie par cœur, me jeter sur les 4e de couverture comme un shoot quotidien, toujours courir pour ne pas être en retard comme le chat d’Alice et parler des livres au plus près de leurs sorties (sans les avoir laissés infuser).
Ressentir toujours et encore cette pression de l’actualité, utiliser les réseaux sociaux comme accélérateurs au risque de se prendre le mur, entrer en confusion entre lecture et veille. La nouveauté était devenue un réflexe pernicieux.
Le groupe :
Oui, Yvan, on te comprend, on t’entend ! Courage, respire !
Une participante hoche la tête avec gravité et dit :
– Moi, j’ai replongé à la rentrée de janvier. Cinq thrillers en avant-première. J’ai même utilisé le hashtag #Exclu.
– On est là pour toi, répond le groupe.
Yvan :
– Le pire, c’est la fausse urgence. Comme si un roman cessait d’exister trois semaines après sa sortie (ce qui est souvent le cas malheureusement, à trop en éditer…). Comme si un livre devenait périmé sans bandeau rouge.
(Silence. Une cuillère tombe dans une tasse).
Un participant lève la main :
– Moi, j’ai même déjà parlé d’un livre que je n’ai pas eu le temps de lire.
– Merci pour ton courage à en parler !
Yvan :
– Depuis huit mois, j’ai changé de braquet, mais dans le sens inverse, pour ralentir. Lire moins, lire mieux.
Le groupe :
– Tu as résisté à plein de services de presse gratuits ?
– Oui.
– Même aux beaux cartonnés ?
– Même.
(Applaudissements mesurés)
Yvan :
– Je redécouvre le plaisir de lire des livres plus anciens, le bonheur de me lancer dans des relectures de livres qui ont 10, 20 ou 30 ans. Et je suis toujours vivant, pour autant.
J’arrive à mieux écouter mes envies, à aller me promener dans des chemins de traverse (comme cette nouvelle soif de lire des BD). De retourner en bibliothèque aussi, en complément des librairies.
À chroniquer quand j’ai quelque chose à dire. Je ne sais pas bien parler de BD, par exemple, donc je ne fais que les lire pour le moment.
J’accepte de ne pas tout lire, de ne pas tout dire, de lire hors d’un calendrier. Pour en parler quand ça brûle encore à l’intérieur. J’ai assez donné de ma personne durant plus une décennie et demie.
Le modérateur :
– Répétez après moi : « Je ne suis pas mon fil d’actualité toute la journée ».
Le groupe :
– Je ne suis pas mon fil d’actualité toute la journée !
Un membre du groupe :
– Un livre n’est pas un yaourt !
Yvan :
– Le système est brillant. Il fabrique l’urgence. Un roman sorti il y a trois semaines ? Déjà périmé. Un auteur qui ne publie pas tous les ans ? Parti au recyclage.
Oui, je regarde toujours les sorties d’un (seul) œil curieux, je reste attiré par certaines, mais je ne flanche pas systématiquement ! J’écoute l’humeur du moment, l’envie (le mot essentiel), sans m’imposer de rythme, sans stress. J’en parle plus ou moins rapidement, selon mon choix.
Parce que, derrière toute cette ironie, il y avait une vraie fatigue accumulée.
Je ne suis pas guéri, et c’est tant mieux ! Je lis pour de bonnes raisons uniquement, nouveautés et vieilleries. J’accepte encore de rares envois d’éditeurs, avec parcimonie.
Les livres qui comptent savent parfois attendre. Quelques jours, quelques semaines, quelques mois ou beaucoup plus longtemps.
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Catégories :Billet d'humeur, Littérature

Tu as tellement raison ! Je relis régulièrement des romans que j’ai adorés. Et c’est toujours un bonheur. Je prends le temps de lire les nouveautés mais jamais ou presque au moment de leur sortie , souvent quelques semaines ou quelques mois après , une fois l’engouement retombé. Bonne journée !
Merci Marie pour ce message, bonne journée !
C’est l’une des expressions que Marc-Olivier nous rappelle bien souvent « il n’y a pas de date de péremption sur un livre », et j’adhère complètement !
C’est parfait si tu adhères. Bon, j’espère t’avoir fait aussi sourire un peu 😉
Évidemment 😉 ! J’aime bien quand on égratigne ce milieu qui se pense « influent » 😘
je me suis bien amusé, en tout cas 😉
J’ai bien rigolé 😉 Je lis relativement peu de nouveautés. Ma « drogue » à moi ce sont les challenges (mensuels ou annuels) et les lectures communes. Ça me permet d’aller vers des auteurs / autrices inconnus et de faire de jolies découvertes !
chacun sa drogue :-). Oui ça permet des découvertes !
Merci Yvan pour ce billet d’humour caustique comme on les aime.
Ce qui m’effraie dans tout ça c’est la quantité pléthorique de livres qui sortent chaque « rentrée littéraire » (j’ai l’impression qu’il y en a une tous les trois mois), et la courte durée de vie d’un roman. Je lis évidemment des nouveautés d’auteurs que j’apprécie, mais pas que 😉
Merci encore, j’ai adoré le « j’ai même déjà parlé d’un livre que je n’ai pas eu le temps de lire » 😂
comme tu dis, toujours trop de livres, toujours moins le lecteurs… Autant en rire !
J’ai bien ri ! Bonjour, je m’appelle Aude et je suis livralcoolique. Je tente de me sevrer régulièrement, mais parfois je replonge. J’ai quand même lu quelques bouquins d’avant 2026 ce mois-ci 😂
si tu as ri, alors c’est l’essentiel :-). Et je sais que tu te soignes, oui 😉
C’est une des rares maladies livresques dont je ne suis pas atteinte, la novomanie! Par contre, avant j’étais boulivremique et chronico-maniaque, je me croyais obligée d’écrire un retour sur chacune de mes lectures. Maintenant je ne suis plus que boulivremique, mais ça c’est incurable…
Ahahah ! Merci pour cette liste de maladies graves 😁
Merci pour ce texte amusant! De mon côté, j’alterne nouveautés et choses anciennes, ayant une pile à lire assez volumineuse aux airs de Manhattan. Et j’observe un peu l’actu… Pas d’obsession particulière; mais c’est vrai que lorsque je lis trop de services de presse, il me tarde de taper à nouveau dans la pile des « anciens » livres à lire. Addiction inverse?
Ah, les addictions ! Bon ça va, de ton côté 😉
Ton article est gai et vif. Les livres sont nos amis. Ils méritent qu’on ne les luse pas trop vite . Bon samedi
certains sont des amis pour la vie 😉
Original et amusant mais on sent tout de même en dessous de la croute, très vite, un réel souci de réflexion et de retour au plaisir simple de la lecture. Je n’ai jamais ressenti ce besoin fou de lire toutes les nouveautés, d’en parler très vite etc. Mais je peux comprendre… et franchement 10 ans, c’est long… Je suis heureuse cher Yvan que tu te soignes et que tu retrouves ce plaisir de lecture à ton rythme et sans pression… C’est rigolo, je viens de terminer « Ne jamais trembler » du King où il est beaucoup question des AA et NA… Dans le thème ! 😉 🙂
d’où crois-tu que l’idée m’est venue ? 😉
Je renonce à remettre pour la troisième fois ma tartine de texte, ça disparaît.
Merci à toi pour les sourires, on a tout lu à deux et bien ri surtout. ✌️ 😂
Merci pour ce billet qui m’a bien fait rire ! D’autant que je me reconnais un peu aussi …! Quand je vois mes PAL, je me dis qu’extirper les livres qui sont en-dessous me ferait du bien ! S’il y a une urgence, c’est celle de lire encore ! et j’ai souvent l’impression que les annonces de sorties sont quelque peu « gonflées », tant il y a de « Magistral », « Exceptionnel » et autres « Formidable » ! Alors, piochons dans nos trésors enfouis de bibliothèque !
Oui piochons ! 🙂
Excellent ! Je l’avais loupé, la preuve que je suis pas tout le temps sur mon fil d’actualité ! Tu sais, moi, les dates de péremption, je m’en tamponne le coquillard depuis longtemps et je n’ai jamais été malade après avoir lu un roman datant de 1989 ou mieux, de 1950 ! Comme le vin, ça bonifie avec l’âge (hormis les romans qui vieillissent mal).
Stephen King passe seulement à la casserole maintenant, je viens de le commencer. No stress (oui, je sais, c’est moi qui dit ça !!). 😆
Excellent ça mon ami !
Tu es doué pour les textes courts.
J’aime ton humour caustique voire ironique.
Mais dis-moi, tu me présenteras ce groupe des NA ?
Tu es invitée d’honneur si tu veux 😉