Ne jamais trembler – Stephen King – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

Ne jamais trembler – Stephen King – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

En bref

Éditeur : Albin Michel

Date de sortie : 28 janvier 2026

Genre : Polar

Traduction : Jean Esch

Gratitude

Je voue une admiration sans bornes pour Stephen King, un génie ultime, le seul que je connaisse à être capable de tout écrire dans des ambiances noires, et à faire passer une aussi large palette d’émotions (bien au-delà de la seule peur).

Pour tout ce qu’il m’a apporté depuis plus de quatre décennies, je ressens une gratitude infinie. Cela ne m’empêche pas d’être lucide et critique à la lecture de ses romans, entre chefs-d’œuvre et livres plus dispensables. Avec une telle carrière, il est impossible d’avoir toujours la même inspiration, de faire parler son don de manière égale.

Dans les dernières pages de sa carrière, il est tombé amoureux d’un personnage, Holly Gibney, membre essentiel de l’agence de détectives Finders Keepers. Timide, pleine de failles et de TOC, qui au fil des histoires prend une assurance et une place de plus en plus importante, au point de passer de personnage secondaire (la trilogie Mr. Mercedes / Carnets noirs / Fin de ronde) à la lumière (L’Outsider, une novella dans Si ça saigne, jusqu’à avoir un livre à son nom, Holly). Et maintenant Ne jamais trembler.

Sympathie

Le titre en dit long, indirectement, sur l’évolution du caractère de Holly. Le King est accro à elle, il ne cesse de le dire, ou le faire dire par les protagonistes dans ses romans, comme il le refait dans celui-ci : « Tout le monde aime Holly ». Il disait dans une interview que « Dès son apparition dans le premier roman où elle figure, elle a littéralement volé la vedette et conquis mon cœur ».

Son capital sympathie est, en effet, important. Quand on aime le King, il est impossible de rester insensible à tout l’amour qu’il prodigue à Holly, à la place qu’il lui a donnée. Mais, cette affection est toujours là, même si elle s’est un peu fissurée avec ce roman, me concernant.

L’autre volet qui rend ce roman particulièrement sympathique à mes yeux, et en corollaire ce que je ressens pour son auteur, ce sont les sujets traités à travers cette histoire. Et l’engagement clairement politique de Stephen King.

De manière très respectueuse ; il n’impose pas frontalement ses idées et garde le respect pour la pluralité des opinions ; il y défend les femmes, leur place, à travers le prisme du droit à l’avortement.

Les thématiques sont fortes, y compris en lien avec les manipulations par la religion, les protagonistes féminines les portent sur leurs épaules avec conviction et implication. Même dans leurs excès, car personne n’est jamais parfait dans un roman du King, ça rend le tout profondément humain. Oui, l’humanité qui se dégage de ce récit est touchante.

Patience

Même si on retrouve des personnages récurrents, ce roman se lit individuellement, sans aucune réserve. C’est un polar pur jus, un roman solide, plutôt bien pensé, avec suffisamment de personnalité. De quoi le rendre accessible au plus grand nombre, y compris à ceux qui ne lisent pas l’écrivain habituellement.

Comme toujours avec lui, il faut faire preuve d’une certaine patience. L’intrigue avance pas à pas, préparant à la confrontation finale, qu’on imagine dès le début sans savoir comment elle se déroulera. Les pièces se mettent en place tout au long des 520 pages.

Il faut se laisser porter par la construction qui donne la part belle aux protagonistes et permet de gagner en profondeur de regard.

Réflexion

N’attendez pas un thriller, on en est loin, mais plutôt un roman noir impliqué dans son temps, dans cette Amérique fragilisée et gangrenée de violence et d’intégrisme. Une photographie d’une époque, d’un pays si loin si proche.

De quoi apporter matière à réflexion, et à se questionner sur ces dérives, cette montée de brutalité et d’irrespect des autres. Le King mise sur la profonde humanité de ses personnages pour contrebalancer, pour qu’à l’image de la couverture, une certaine justice perdure.

C’est clairement ce qui m’a le plus intéressé dans ce roman, et qui lui donne une vraie envergure. Voilà ce qui m’importe dans mes lectures, une intrigue qui se tient, de l’imagination, des idées fortes et engagées, et un humanisme qui tente d’éclairer la noirceur ambiante.

Frustration

Je ressors pourtant mitigé de cette lecture. J’ai trouvé qu’elle s’enlisait parfois, avec un côté un peu poussif que je ne sens pas habituellement dans les romans de l’auteur.

Il explique, dans la postface, qu’il a eu beaucoup de mal à écrire ce livre, j’aurais tendance à dire que ça se sent.

Qu’on soit clair, c’est un roman globalement intéressant, avec des qualités et une envie de bien faire, mais l’intrigue aurait mérité d’être plus ramassée, et surtout Holly perd de ses couleurs. À force de gommer ses aspérités, elle devient presque normale, en dehors de sa capacité de déduction hors pair. Assez fade, au final, alors que d’autres personnages secondaires sont beaucoup plus caractérisés et pleins de fougue.

Peut-être que le King devient trop gentil avec elle, à force de l’aimer.

Note personnelle

J’ai mis du temps à lire ce roman. Je ne le regrette pas, mais je le classe clairement dans les seconds couteaux de l’œuvre de Stephen King. C’est meilleur que pas mal d’autres livres dans le genre, mais pas mémorable, en dehors des thématiques fortes.

C’est clairement ma lecture de l’auteur la plus mitigée depuis Sleeping Beauties (que j’avais détesté), preuve qu’on peut admirer un écrivain et son œuvre tout en ne ressentant pas toujours les mêmes émotions, le même attachement à un livre.

C’est sans doute aussi parce qu’il écrit beaucoup de genres différents, et sans doute aussi parce que je le préfère dans le fantastique.

Je préfère quand le King tremble un peu plus. Pour autant, j’ai envie de conseiller Ne jamais trembler à ceux qui ne lisent pas habituellement Stephen King, et qui aiment les polars, ils devraient s’y retrouver. Pour les fans inconditionnels, ils n’ont pas besoin de mon avis :-).

Résumé éditeur

« Je vais tuer 13 innocents et 1 coupable. Ainsi, ceux qui ont causé la mort de l’innocent souffriront. Il s’agit d’un acte d’EXPIATION. »

Quatorze citoyens dans le viseur d’un prétendu justicier. Signée d’un certain Bill Wilson, la lettre, parvenue à la police de Buckeye City, sème la panique. Surtout lorsqu’il apparaît que le meurtrier choisit ses victimes au hasard.

Militante des droits de la femme, Kate McKay vient de se lancer dans une tournée de conférences sulfureuses aux États-Unis. Sans prendre au sérieux les menaces d’un individu qui semble déterminé à la faire taire à tout prix.

Pour aller plus loin

La page du roman sur le site de Albin Michel

Lien vers ma chronique de « Holly« 

Lien vers ma chronique de « Si ça saigne« 

Lien vers ma chronique de « L’outsider »

Lien vers ma chronique de « Fin de ronde« 

Lien vers ma chronique de « Carnets noirs« 

Lien vers ma chronique de « Mr. Mercedes« 


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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

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17 réponses

  1. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Il n’existe aucune valeur sûre en littérature, comme tu l’exprimes très bien. On peut aimer un auteur et ne pas aimer tous ses livres. Je dois avouer que moi aussi j’aime quand le King part dans le fantastique mais je lirai quand même celui là pour sa vision de l’Amérique.!

  2. Yves GIGAULT – Dax (France) – Retraité de la fonction publique... comme officier supérieur de la Gendarmerie Nationale. Passionné de polar mais aussi des arts énergétiques Chinois, de la médecine chinoise. Pratiquant assidu de Taiji Quan style Yang et du Qi Qong (l'un des piliers de la MTC). Je donne bénévolement des cours au sein d'une association. Proche des Pyrénées et du Pays Basque je parcours avec mon épouse, tous les sentiers répertoriés de l'Atlantique jusqu'au Pic du Midi. Par ailleurs cycliste chevronné nous sillonnons nos belles contrées dès les beaux jours.

    Bonjour,
    Je suis en train de lire ce roman et je dois dire que le King est à la pointe de l’actualité. J’ai retrouvé Holly Gibney toujours aussi bien. Ce n’est pas le meilleur de Stephen King mais je ne boude pas mon plaisir de le lire. Je vais essayer le dernier Donald Ray Pollock que j’avais adoré. Merci 🙏

  3. Tu n’es pas le premier à se dire un peu mitigé à cette lecture, mais étant comme beaucoup une « fan absolue « , je le lirai quand même aussi.
    Bien sûr, aucun écrivain ne peut mener une carrière si longue et si extraordinaire sans un coup de mou de temps en temps, et il ne faut pas oublier qu’il ne rajeunit pas, notre Stephen…

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Je ne suis pas seul à avoir ressenti ça effectivement, mais j’attends son roman suivant avec grande impatience !

  4. Frédéric (La culture dans tous ses états) – Bonjour, je m’appelle Frédéric et je vous souhaite la bienvenue sur le blog «La culture dans tous ses états» ! Comme vous pourrez le voir en visitant ce blog, je suis un passionné de littérature sous toutes ses formes, d’histoire mais également de cinéma et de séries, de musique. Le blog «La culture dans tous ses états ! » est présent sur WordPress depuis plus de 15 ans.. Vous pouvez me contacter à l’adresse suivante : wathever56520@gmail.com Au plaisir de vous lire ! 😊☀️ Agréable visite à toutes et à tous

    N’étant pas un spécialiste de Stephen King je note que tu le conseilles pour les lecteurs comme moi qui n’ont pas tout lu de l’auteur loin de là. Merci pour ce retour.

  5. J’ai toute la série avec Holly à lire, ordre de ma Complice Anne Sophie ❤️. Stephen King est un être humain, tout simplement avec des hauts et des bas, il ne peut pas être parfait sur tous les livres qu’il écrit.
    Merci à toi pour le partage de la chronique 🙏 😘. Holly, c’est Holly ❤️

  6. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Bon, j’ai bien lu tes bémols qui me semblent légitimes, mais j’aime le King et comme lui j’aime Holly, donc donc…. ouiiii je le lirai quand même ! 😉 🙂 Merci Yvan pour ce retour sincère. Et tu as entièrement raison, même quand on aime énormément un auteur, on ne peut pas tout apprécier de la même façon…

  7. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Ok, je retiendrai tes bémols et je verrai si je les ressens aussi ou pas. Dommage qu’il ait retiré les aspérités de Holly, c’est ce qui faisait son charme. 😉

    « Sleeping Beauties » n’était pas le meilleur, là, je te rejoins 😆

  8. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    Voilà un retour bien honnête ! Évidemment, je partirai quand même à la rencontre de Holly, surtout si c’est sa dernière enquête 🫣

Rétroliens

  1. Ne jamais trembler – Holly Gibney 07 : Stephen King 🇺🇸 | The Cannibal Lecteur

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