La république des faibles – Gwenaël Bulteau

Là où nombre de ses confrères regardent vers le futur, Gwenaël Bulteau se tourne vers le passé pour son premier roman.

Le débutant en littérature (même s’il avait déjà écrit plusieurs nouvelles, dont une primée aux Quais du polar) se lance dans le polar historique. Mais catégoriser son histoire de manière trop étriquée ne serait pas lui faire honneur comme il se doit.

Roman d’un passé noir

1898, la Troisième République, dite des faibles. Avec des femmes et des enfants qui, pour beaucoup, ne « méritaient » pas d’être respectés comme les hommes.

1898, en pleine affaire Dreyfus, et de l’onde de choc du « J’accuse » d’Émile Zola. Dans une société où l’antisémitisme est totalement décomplexé, dans la rue comme dans les sphères plus officielles, y compris dans la police.

Cette plongée dans le passé est absolument fascinante, vraiment immersive, clairement instructive. Le roman noir est le genre parfait pour captiver tout en parlant d’une société pas si révolue que cela.

La réussite est complète et force le respect. C’est rare, pour un premier roman de genre, qui demande une maîtrise autant de la narration que du contexte.

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L’intrigue policière, autour de meurtres d’enfants, prend vite des directions diverses et surprenantes. Au point où je me suis demandé à un moment si l’auteur n’allait pas se perdre et terminer son intrigue en queue de poisson. Pas du tout, le final est formidable, tendu, inattendu et mené de main de maître.

Mais une bonne idée d’intrigue n’est rien sans une ambiance et des personnages qui marquent les esprits. Là encore, belle réussite.

Ce retour vers le passé est plein d’adresse, avec un travail remarquable réalisé sur l’environnement de l’époque. A aucun moment, on a l’impression d’une reconstitution en carton pâte. Au contraire, tout semble sonner juste, sans tomber dans la leçon d’Histoire. Le contexte est instructif mais sert toujours l’intrigue.

Contexte social et politique explosif

Quant aux protagonistes, ils sont dessinés avec soin, tout en nuances de gris, loin de tout manichéisme. Ils ont leurs singularités, des pensées et comportements ambivalents. Des caractères complexes, qui tout à tour touchent, choquent, marquent.

Cette histoire nous plonge dans l’intime, de ceux qui n’ont à peine que de quoi vivre, qui sont laissés sur le côté. Et des forces de l’ordre clairement politisées aussi. Un contexte social et politique explosif.

C’est surtout, un cri d’amour pour ces faibles, femmes et enfants, et un cri de justice à travers un pan de l’Histoire qui a des enseignements à nous rappeler.

La république des faibles est autant polar historique que roman noir, contrôlé du début à la fin par un auteur de talent. Gwenaël Bulteau est une belle révélation.

Lien vers mon interview de Gwenaël Bulteau au sujet de La république des faibles

Yvan Fauth

Date de sortie : 04 février 2021

Éditeur : La manufacture de livres

Genre : Polar historique / Roman noir

4° de couverture

Le 1er janvier 1898, un chiffonnier découvre le corps d’un enfant sur les pentes de la Croix Rousse. Très vite, on identifie un gamin des quartiers populaires que ses parents recherchaient depuis plusieurs semaines en vain. Le commissaire Jules Soubielle est chargé de l’enquête dans ce Lyon soumis à de fortes tensions à la veille des élections. S’élèvent les voix d’un nationalisme déchainé, d’un antisémitisme exacerbé par l’affaire Dreyfus et d’un socialisme naissant. Dans le bruissement confus de cette fin de siècle, il faudra à la police pénétrer dans l’intimité de ces ouvriers et petits commerçants, entendre la voix de leurs femmes et de leurs enfants pour révéler les failles de cette république qui clame pourtant qu’elle est là pour défendre les faibles.



Catégories :Littérature

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18 réponses

  1. Bon, ben, rien à ajouter, tout est dit 🙂
    Ah si : amis lecteurs de ce blog, faites comme d’habitude, écoutez Yvan et lisez ce formidable roman !

  2. En voilà un que je ne vais pas laisser passer. Merci

  3. Ôh mon ami je te hais… non, je t’adore ! J’avais repéré ce bouquin sans conviction, tu as fini de me convaincre

  4. Dans le même contexte historique et autour de la vie et la mort de Zola. Même si ce n’est pas à proprement parler un polar. Assassins de Jean-Paul Delfino, en matière d’antisémitisme décomplexé est édifiant et effrayant.
    Merci pour tous tes conseils de lecture.

  5. Nouvel auteur pour moi, merci

  6. La période historique est super intéressante. J’ai eu l’occasion de lire j’accuse. J’ai adoré.

  7. C’est le contexte historique, une période que je connais finalement assez peu qui me freine… mais mes doutes sont levés. Tentateur va 🥰

Rétroliens

  1. Interview – 1 livre en 5 questions : La république des faibles - Gwenaël Bulteau - EmOtionS - Blog littéraire

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