Les sept morts d’Evelyn Hardcastle – Stuart Turton

Unique (définitions du Larousse) : adjectif (latin unicus, de unus, un seul), qui est seul de son espèce dans un contexte donné, qui se distingue des autres par son originalité, ses qualités (un livre unique au monde).

Roman unique (définition toute personnelle) : comme tout ayant sans doute déjà été écrit, livre qui combine des éléments connus pour un résultat inédit et jamais vu. Exemple : Les sept morts d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton.

Fou, ludique et minutieux

Cette histoire est dingue, ambitieuse, complexe, fantastique, inimaginable, aussi minutieuse que follement ludique.

Essayez de vous représenter un Cluedo géant. Un meurtre. On connaît la victime et surtout l’heure de sa future mort, mais on ne connaît ni l’assassin, ni vraiment l’arme, ni clairement l’endroit et ni aucunement la motivation.

Imaginez une ambiance mettant en scène la vie d’une maison aristocratique britannique au début du XXème siècle. Une atmosphère à l’allure très traditionnelle.

Pensez à une enquête construite d’une manière que n’aurait pas renié Agatha Christie.

Et tentez de concevoir ce que cette intrigue peut donner avec un personnage principal qui revit le même jour, encore et encore, tant qu’il n’a pas résolu cette énigme. Avec une énorme cerise sur le cake : il va « ressusciter » chaque matin dans la peau d’un autre protagoniste présent à la fête, avec ses souvenirs de la veille.

Une page = une pièce du puzzle

Farfelu ? Complètement ! Et pas du tout ! Clairement, l’idée de combiner ces ingrédients est dingue, mais c’est réalisé avec un incroyable soin et une grande méticulosité.

Ce livre est un puzzle, au nombre de pièces inconnu (mais nombreuses). La quatrième de couverture dit que chacune des plus de 500 pages recèle un rebondissement et un morceau de cette énigme. Cela parait impossible, mais c’est pourtant la stricte vérité. Une page = une pièce du puzzle (au minimum).

L’auteur de ce projet avait misé sur tout ce qu’il fallait pour se prendre les pieds dans le tapis. Au final, c’est pourtant une réussite totale.

Il faut insister sur le fait que c’est le genre de livre qui demande une vraie concentration et un réel investissement du lecteur, pas un roman à lire en diagonale. Chaque détail compte. Chaque page sert, non seulement à l’intrigue, mais aussi à s’imprégner des nombreux personnages. Ce n’est pas le genre de texte à lire de manière trop morcelée, mieux vaut s’y plonger intégralement pour parfaitement en profiter.

Jamais perdu (si on fait l’effort)

Mais ne prenez pas peur, c’est tellement bien fait et mené avec une telle intelligence que vous ne vous y perdrez pas, si vraiment vous avez l’envie de profiter de cette expérience. Un plan de la propriété où se déroule l’action est fourni, ainsi que la liste et la qualification des protagonistes.

Et, comme le dit lui-même l’auteur dans ses remerciements : « Mention spéciale à mes premiers lecteurs qui ont lu cette histoire dans sa phase « David Lynch » et m’ont gentiment fait remarquer que les indices, la grammaire et les rappels de l’intrigue n’étaient pas un signe de faiblesse ».

Et c’est exactement ça, Stuart Turton fait ce qu’il faut pour que l’on se sente perdu dans ce labyrinthe, tout en nous tenant constamment par la main pour que jamais on ne tombe dans un cul-de-sac.

Ce roman tient donc du casse-tête, du jeu de patience, du Memory, de l’enquête… Mais c’est aussi une peinture très détaillée d’un monde aristocratique, début 20ème, qui s’effondre. Mensonges, trahisons, secrets, tout y est. C’est incroyablement fun, formidablement divertissant !

Du génie

Je n’ose imaginer les plans qu’à dû scrupuleusement suivre l’écrivain pour que toutes les pièces tiennent debout. A ce niveau, ce n’est rien de moins que du génie, et le roman fait passer nombre d’autres intrigues à énigmes pour des contes pour enfants.

Oui, du génie, parce que plus l’histoire progressait et moins je voyais comment l’auteur allait trouver une explication à cette aventure insensée. Et pourtant, la raison de cette étrange affaireet le final sont un régal d’inventivité et d’ingéniosité !

Le plus fort, c’est qu’on s’attache à ce personnage principal, alors qu’il n’est jamais lui-même, et change de corps et de comportement à chaque journée.

Du grand art ! Les sept morts d’Evelyn Hardcastle est un roman sans pareil, une énigme hautement et follement jouissive. Stuart Turton se révèle, dès son premier livre, comme un auteur qui ose l’impossible mais qui s’en donne les moyens. Le résultat est parfaitement singulier et se révèle une inoubliable expérience littéraire.

Yvan Fauth

Date de sortie : 16 mai 2019

Sortie Poche : 11 juin 2020

Éditeurs : Sonatine – 10/18

Genre : Roman noir inclassable

4° de couverture

Mixez Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin… voilà le roman le plus divertissant de l’année.

Lauréat du prestigieux Costa Award, le premier roman de Stuart Turton est à la fois un formidable jeu de l’esprit et un régal de lecture.

Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.
Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

Prêt pour un plaisir de lecture comme vous n’en avez pas connu depuis longtemps ? Plongez dans ce labyrinthe des délices. Chaque personnage, chaque recoin obscur de la maison cache un mystère. Chaque page ou presque offre un rebondissement inattendu. Et il y a 500 pages.



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15 réponses

  1. Pas forcément le livre que je pourrais lire maintenant, mais je le note 😉

  2. Tel que tu en parles, cela donne très envie. Pourtant, je n’ai jamais réussi à entrer dans ce livre. Je l’ai assez vite abandonné d’ailleurs. J’ai trouvé le style ennuyeux au possible, rien ne m’a accroché.
    Il mériterait sans doute de s’y accrocher un peu plus que je ne l’ai fait, surtout si ce que tu en laisses entrevoir est avéré. Mais j’ai tellement peiné à entrer dans l’atmosphère, à adhérer aux personnages, à essayer de comprendre ce qu’il se tramait, que cela me semble hors de mes capacités 🙁

    • Les 100 premières pages sont une mise en place, tout prend son sens ensuite, au fur et à mesure. Clairement un livre qui mérite qu’on s’accroche au début, ensuite l’atmosphère devient envoûtante

  3. Ah je l’ai dans ma PAL , mais là, du coup , j’ai furieusement envie de m’y mettre !! Superbe chronique pour un roman qui sort de l’ordinaire : merci !

  4. Wouah! Voilà une chronique qui dépote! Vivement la lecture… 😉

  5. Un écrivain qui n’a pas boudé son plaisir, un lecteur qui n’a pas boudé le sien non plus ! J’entrevois mieux la complexité et l’exigence du roman mais l’idée semble, comme tu le dis, complètement dingue !!

  6. Très belle surprise ce bouquin. Je confirme que le lecteur n’est jamais embrouillé.

  7. Mince alors, j’ai un an d’avance sur toi ! Du jamais-vu ! Et du jamais-lu pour un tel roman ! J’ai eu un peu de mal au départ, puis je me suis repriser, reconcentrée et bingo, je ne l’ai plus lâché ! Pour une fois, on sortait de tous les sentiers battus habituels !

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