L’Île hallucinée – Julien Freu – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

L’Île hallucinée – Julien Freu

En bref

Éditeur : Actes Sud

Date de sortie : 04 mars 2026

Genre : Roman noir et fantastique

Stupéfaction

Décidément, Julien Freu sait trouver les titres idéaux pour ses romans. Je ressors effectivement halluciné de ce trip sur l’île de Hurlin, à la fois perturbé et sidéré dans ma perception du réel. Au point d’en avoir parfois perdu pied sans pour autant avoir lâché le fil, égaré mais jamais perdu, terrifié et émerveillé à la fois.

Tel un haruspice, Julien Freu vient lire dans les entrailles de cette terre et dans celles de ses habitants pour nous conter une histoire folle. Bienvenue sur L’Île hallucinée, vous vous souviendrez longtemps de ce voyage.

Dans un univers littéraire français toujours plus tiède, où la prise de risque n’est plus au goût du jour, l’écrivain a fait parler le feu pour le troisième roman de sa trilogie des années 90. Et a lâché les chevaux.

Surprise

Attendez-vous à être fort surpris par toutes les constituantes de ce récit étonnant. Ambiance prenante, personnages hauts en couleur, dialogues vifs et exubérants, écriture inspirée. Tous les bons ingrédients pour porter une intrigue qu’il n’est pas imaginable d’anticiper.

Ce récit brûle, d’urgence, de sentiments, de noirceur. Comme si l’écriture de ce roman avait consumé les doigts et l’âme de son auteur.

Tout est étonnant dans ce roman, parfois même déconcertant. Freu a su développer une vraie atmosphère étrange, de celles qu’on trouve davantage dans les romans anglo-saxons (l’histoire se déroule bien en France). De quoi faire peu à peu ressurgir ce qui est enfoui, extraire les secrets hors la brume, à travers l’héritage des 90’s de Julien.

Un roman n’est rien sans des personnages mémorables (em)portés par des dialogues enlevés. Ils sont ici plusieurs à avoir marqué mon esprit pour longtemps. Deux amoureux de 12-13 ans comme on n’en rencontre peu, chacun avec sa personnalité singulière, leurs fêlures dès ce jeune âge. Des enquêteurs atypiques, dont un qui est sans doute celui qui m’aura le plus stupéfié ces dernières années. J’aime être surpris, je n’attends que ça, j’ai eu ma dose.

La plume est enthousiasmante, travaillée, expressive, se déployant dans chaque interstice des pages, de l’histoire, pour nous emporter loin. Une écriture de haute volée, flamboyante, et non dénuée d’un humour qui fait mouche.

Le tout au service d’une histoire, une vraie, qui s’étend sur 331 pages auxquelles on s’accroche tellement elles brûlent les mains. Avec un cheminement assez dingue, totalement inanticipable, mais qui fait sens. Les monstres ne sont pas que dans les contes et légendes.

Malaise

Julien Freu propose un vrai roman noir. Mais pas que…

Durant tout le roman, on ne sait pas à quoi s’en tenir entre réalité et fantastique, tant il sait jouer avec le mélange des genres, retombant sur ses pieds ou s’envolant vers d’autres cieux chimériques.

Le mix peut sembler instable, il l’est à la manière de la nitroglycérine, au point que j’en ai souvent tremblé par le malaise engendré, par cette noirceur contrebalancée par des puissants stries de lumières, par cette anxiété source générée par cette ambiance sombre et prenante.

Immersion, même lorsque le récit semble dériver vers des contrées inconnues, même si parfois je me suis demandé (dans le premier tiers du livre) si l’auteur n’avait pas usé de substances illicites. Mais non, il a « simplement » laissé libre cours à son imagination, tout en tenant les rênes d’un cheval fougueux, laissant penser qu’il allait lui échapper alors qu’ils serre les brides le moment venu.

Cette narration sur le fil est un bonheur de lecteur, loin des artifices trop présents dans nombre de romans actuels. Du coup, le trouble ressenti est vrai, sincère, parce que l’auteur l’est, sans tricher.

Tendresse

Des personnages de cet acabit, des caractères de cet ordre, c’est une rareté. Excessifs, à l’image du roman, mais sans tomber dans la mauvaise caricature.

J’ai ressenti un énorme attachement envers les deux jeunes adolescents, un peu à la manière de cet amour ressenti pour les deux ados du chef-d’œuvre de Chris Whitaker, Toutes le nuances de la nuit. Mais aussi pour ces enquêteurs, dont le principal est l’un des plus WTF que j’ai lu depuis des lustres. L’occasion de joutes verbales jouissives, avec une drôlerie décalée qui permet de reprendre son souffle.

Des protagonistes forts, touchants, marquants, qui sont le composant qui fait la différence et transforment ce livre qui continue à titiller l’esprit plusieurs jours après. C’est l’épice qui relève l’excellent plat déjà proposé, qui nous fait aimer cette recette fantasque.

Enthousiasme

Vous l’avez senti mon enthousiasme, mon saisissement à cette lecture décalée, déroutante, si prenante. Je suis passé par de nombreux états, hagard, médusé, transporté, enchanté.

J’aime tant ces auteurs qui osent, sans calcul. Julien Freu a lancé un sort sur L’île hallucinée, m’envoûtant par là même. Une lecture qui ne peut laisser personne indifférent. Un roman qui brûle longtemps après la dernière page et dont on garde la braise au creux des mains.

J’ai partagé mes mots, que j’espère engageants, pour vous inviter à ouvrir vos chakras et vous laisser emporter par cette vague puissante. Rendez-vous après votre voyage, si vous en revenez, parce qu’on croit la quitter, mais elle ne vous quitte pas.

Résumé éditeur

Île d’Hurlin, 1996. En suivant un chien errant dans la lande, Anh et Jonas, onze ans, découvrent le corps sans vie d’un enfant de leur âge. Lorsqu’ils donnent l’alerte, Louen, le chef de la police, blêmit. Le chien que les deux inséparables décrivent n’est autre que le sien… mort vingt ans plus tôt. Sur les lieux, aucune trace du corps. Pas le moindre aboiement. Pourtant un jeune garçon qui correspond au signalement vient d’être porté disparu. Peu après, tous les enfants font le même cauchemar et des meurtres étranges se succèdent. Que se passe-t-il sur l’île d’Hurlin ? Le capitaine Dozert et son coéquipier albinos, le lieutenant Cassio, sont dépêchés sur les lieux pour tenter de tirer au clair cette affaire.
Avec « L’Île hallucinée » et son atmosphère d’inquiétante étrangeté auréolée des couleurs du « Magicien d’Oz » et de l’univers de Lovecraft, Julien Freu explore les lisières de nos perceptions et trace son sillon au cœur des années 90 jusqu’au basculement vers un nouveau millénaire.

Pour aller plus loin

La page du roman sur le site de Actes Sud

Lien vers ma chronique de « Hors la brume« 

Lien vers ma chronique de « Ce qui est enfoui »


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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

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21 réponses

  1. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Très très belle chronique ♥️

  2. Magnifique et enthousiaste chronique Yvan 🥰 on ressent sans conteste ce qui t’a touché dans ce roman !
    Comme j’ai adoré les deux premiers, j’ai vraiment hâte de lire celui-ci et je suis certaine de l’apprécier autant que les précédents.
    Merci pour ce partage

  3. Ben dis donc. J’en suis toute échevelée. Ah on le sent bien ton enthousiasme. On dirait que tu as été ensorcelé.
    Merci à toi pour le partage 🙏 😘

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      C’est un peu ça, oui, ensorcelé. Je t’offrirai un peigne pour Noël, il faut attendre un peu 😉

      • Un peigne ? 😂 C’est gentil ça, pour démêler ma longue chevelure de rêve 🤣. Merci beaucoup pour le cadeau.
        Ce qui est enfoui, je l’ai lu mais je pense que je suis passée complètement à côté.
        En tous cas, ta superbe chronique me laisse pantoise.
        Merci à toi pour le partage 🙏 😘

  4. Si ce n’est pas un retour enthousiaste (et convaincant), là je n’y connais rien…
    On peut le lire indépendamment, ou il vaut mieux commencer par les précédents?

  5. Un grand bravo et merci pour cette fabuleuse chronique qui a atteint son but!! Je vais m’empresser de lire ce roman💥💥💥

  6. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    J’avais adoré les ambiances de « ce qui est enfoui », mais je n’ai pas encore lu « hors la brume », alors, je vais le lire et ensuite ce sera au tour du dernier. J’aime les ambiances des années 90, les bandes de gosses dans les romans, et si en plus, le livre est marquant, alors, what’else ?

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      tu verras qu’ici l’ambiance est incroyable, pas seulement avec les gamins !

      • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

        Tu me titilles la curiosité, toi ! 😆

  7. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    J’avais bien aimé « ce qui est enfoui »… donc celui-là est noté après ta superbe chronique tentatrice ! 😉 Merci Yvan ! 🙂

  8. Ta chronique est superbe, envoûtante. Un nouvel auteur à découvrir. Bonne soirée

Rétroliens

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