Dans un monde où tout doit aller de plus en plus vite, où prendre son temps devient au mieux un luxe et au pire une insulte, j’aimerais faire l’éloge de la lenteur en lecture. Et, en corollaire, de la patience.
Ces derniers temps, c’est comme si la Terre s’était mise à tourner plus vite, comme s’il fallait ingurgiter un maximum d’informations, regarder les séries TV à vitesse grand V en accélérant le débit des acteurs, quitte à détruire leur travail d’interprétation. Binge drinking, binge watching, binge reading (ça sonne plus fun en anglais).
Je ne vais pas m’étendre sur la nauséabonde « communauté » (je ris, à utiliser cette expression) de ces influenceuses et influenceurs qui ont pour unique objectif de lire le maximum (ou de faire semblant). Lire en diagonale, voire ne pas lire du tout, pour pouvoir ensuite en parler comme prétexte à la mise en avant de son ego. Heureusement, il reste encore des personnes saines dans ce milieu, qui gardent leur passion et leur intégrité intactes. Les autres ne méritent pas qu’on s’y intéresse.
Pour avoir, moi-même, sensiblement diminué mon rythme de lecture depuis plus d’un an (presque de moitié), je ressens de plus en plus le besoin de prendre du recul face à cette course effrénée.
C’est en m’appuyant sur trois exemples bien précis que je souhaite parler des bienfaits que peut avoir le ralentissement du rythme.
Je me suis récemment plongé dans des œuvres passées de trois auteurs, toutes publiées dans les années 80, et cela m’a sauté au visage : on n’écrit plus vraiment aujourd’hui comme on écrivait hier.
Là où beaucoup d’auteurs et éditeurs actuels suivent cette chevauchée endiablée qui pousse à toujours aller plus vite (publier obligatoirement un livre par an de peur de perdre ses lecteurs, écrire des scènes qui bougent constamment, ne plus savoir varier de rythme…), beaucoup d’écrivains de l’époque savaient prendre leur temps.
Stephen King, Michael McDowell, Pat Conroy, trois exemples pour trois génies dans leur genre. J’ai lu (ou relu) ces derniers mois Dead Zone, et Le Talisman, l’ensemble de l’œuvre republiée de McDowell (Blackwater en tête), et Le prince des marées.
Des lectures mémorables, qui m’ont fait (re)prendre conscience à quel point ces auteurs savaient prendre du temps pour poser leur ambiance sans se sentir obligés d’accumuler des scènes remuantes dès le début.
Prendre le pari de construire avec soin, sur une centaine de pages, une atmosphère et des personnages, pour qu’on s’immerge, qu’on s’attache davantage. Et sincèrement, ça fonctionne du tonnerre quand on à leur talent.
J’ai mis 15 jours à lire les 750 pages du Prince des marées, tant la densité des émotions et la sophistication des protagonistes méritaient que je m’y attarde, que je lise lentement pour profiter pleinement de la prose de l’immense auteur américain. La richesse qui en découle, les émotions qui en résultent, les souvenirs qui restent ensuite, en sont décuplés. Des chefs-d’œuvre devenus indémodables et qu’on lis encore plusieurs decennies après.
Face aux lectures qui ne laissent aucune trace en mémoire, celles-ci m’ont durablement marqué, m’ont nourri intensément. Je ne suis visiblement, et heureusement, pas le seul à encore penser ainsi, il suffit de voir le succès inouï qu’a eu la publication de Blackwater.
Il reste encore des lecteurs qui savent s’investir dans une lecture, accepter qu’on les prenne par la main pour leur faire suivre un long chemin, et comprendre qu’on s’attache davantage quand on apprend à connaître. Comme dans la vie.
Je ne veux aucunement tenir un discours du « c’était mieux avant », il sort chaque année des romans qui entrent dans ce cadre de patience pour faire ressentir des émotions inoubliables. Et je reste passionné par ce que peuvent apporter la nouveauté et la créativité actuelle.
Rien que l’an dernier, en 2025, regardez les 800 pages de Toutes les nuances de la nuit de Chris Whitaker, où l’auteur arrive à garder du rythme grâce à des chapitres courts tout en accordant le temps aux personnages pour s’épanouir. Résultat, ils me resteront gravés à vie en mémoire. Regardez Les éléments de John Boyne (520 pages), avec sa construction atypique faite de quatre novellas qui savent poser les ambiances.
Prendre son temps en lisant, laisser le temps nécessaire aux auteurs, c’est assurément une excellente méthode pour ressentir des émotions puissantes et vivre à travers les pages d’un livre.
Et j’aime toujours autant lire des nouvelles, ces plaisirs ne sont pas incompatibles ! C’est un autre execice de haute volée.
Ralentir n’est en rien un renoncement. Réapprenez (comme moi) à vous offrir ce luxe, le gain émotionnel qu’on en retire n’a pas de prix.
Pour aller plus loin
Lien vers ma chronique de Dead Zone
Lien vers ma chronique de Talisman
Lien vers ma chronique de Blackwater
Lien vers ma chronique de Le prince des marées
Lien vers ma chronique de Toutes les nuances de la nuit
Lien vers ma chronique de Les éléments
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Catégories :Billet d'humeur

Y a un signe très marquant du lire vite : se souvenir de rien2 à 4 semaines plus tard. Je ne parle pas du nom des personnages, je parle de l’intrigue en très très gros. Mais, on peut de ne pas se souvenir précisément de tout, et se souvenir des émotions de lecture. Éloge de la lenteur : je suis tout à fait d’accord ♥️
Voilà, l’important c’est de se souvenir des émotions ressenties. Mais comment en ressentir quand on lit en diagonale pour ne faire que du chiffre ?
Business…
J’ai toujours aimé les intrigues dynamiques, mais pour autant, je n’ai jamais boudé mon plaisir à la découverte de vrais romans d’ambiance. Ces dernières années plus que jamais, et le King reste pour moi un maître en la matière ! Je ne suis pas une experte, mais je sais au moins qu’il me reste plein de belles choses à vivre avec ses romans !
Comme tu lis le King, je sais que tu comprends ce que ça apporte à l’ambiance et à la profondeur des personnages, je vois dans tes lectures que tu vas de plus en plus vers des livres à ambiance. C’est parfait, il faut varier !
J’étais dans un tourbillon dans ma vie, mais les enfants commencent à quitter le nid ou a devenir très indépendant, ce qui me laisse le temps de reprendre le temps 😉.
Ça joue aussi, c’est clair !
Eh bien moi, je lis lentement et c’est le grand malheur de ma vie… Je lis dans ma tête à la même vitesse que quand je lis à voix haute. Et alors que je voudrais tout lire, que tant d’envies me titillent, je ne peux pas parce que j’avance à mon train d’escargot. Je savoure, ça, il n’y a pas à dire, mais qu’est-ce que j’aimerais lire plus vite et dévorer tout Stephen King par exemple !
oui, parfois on aimerait lire davantage, je comprends ça fort bien. Mais au moins tu profites de tes lectures !
Lire et non consommer.
Déguster et non « bouffer »
Savourer et non se goinfrer
Tu as tout résumer.
Vive toi!
merci mon ami, toi, tu es un vrai lecteur, un précieux lecteur
Je réapprends aussi à lire plus lentement et différemment après avoir goûté à la vitesse et à lire beaucoup de titres récents. Aujourd’hui je me rends compte que j’ai mis de côté des auteurs comme Stephen King , dont je reprends des lectures aujourd’hui , Agatha Christie et j’en ai encore beaucoup d’autres à découvrir. Mon inscription récente à la médiathèque et à ses groupes de lecture à été le détonateur de ce changement ainsi que les bouquineries.
Je reprends tes mots : Lire en diagonale, voire ne pas lire du tout, pour pouvoir ensuite en parler comme prétexte à la mise en avant de son ego.
Je ne veux surtout pas ressembler à celles qui organisent des marathons, des unboxing tous les jours pour finalement s’extasier sur tous les livres avec les mêmes mots. Merci pour ton post avec lequel je suis entièrement d’accord.
C’est une bonne idée, la médiathèque, ça peut aider à ralentir oui, en prenant le temps de choisir, de se laisser porter. Fuyons les unboxing ! 😉
Question cagouille et sa vitesse, au moins, on prend le temps de savourer la lecture 🐌. Bon de mon côté, c’est plutôt limace sous xanax, et puis m… 😂
Merci à toi cet éloge et le partage 🙏 😘
ahahah ! tu me fais rire, j’adore 🙂
Avec grand plaisir 😁 et ça limite la casse dans les virages
Comme je suis contente de lire cet article ! Depuis septembre dernier, j’ai repris mon ancienne façon de lire (j’entends par là, avant 2021, avant que je ne m’inscrive sur Instagram ou que je crée mon blog. Et je lis plus lentement, pas dans le sens vitesse de lecture (parce que j’ai toujours lu vite, déjà petite), mais prendre le temps de traîner un livre sur la durée, de le savourer, de le renifler, et comme j’adore ça ! Et ça va de pair avec mon envie de lire des livres qui ont plus de dix ans et de moins m’intéresser aux nouveautés. Dernièrement, j’en ai savouré quelques-uns qui vont me rester en tête très longtemps, « Dernière nuit à Twisted River », « L’aveuglement », et « La conjuration des imbéciles » et « Avant que tombe la nuit » (celui-là m’a duré presque un mois, en livre de chevet, et du coup, il a su laisser sa trace). Ça fait un bien fou de laisser les personnages t’accompagner pendant plusieurs jours, de lier quelque chose de profond avec eux et avec leur histoire. Par contre, pour moi, c’est possible seulement avec les romans capables de me passionner et pas seulement de me divertir. Je continuerai sans doute de dévorer un thriller domestique en quelques heures, tout en sachant pertinemment qu’il ne m’en resteras pas grand chose. Bref, super article, et si Aude me lit en passant par là, concernant les livres audio, je suis revenue à ma vitesse d’écoute 1.0 depuis septembre également, comme avant. C’est essentiel en réalité, et aujourd’hui je rejoins complètement son point de vue.
Content que tu sois contente ;-). Tes mots me parlent totalement, profondément. Merci Caroline. Oui, Aude te lira sûrement 🙂
C’est pour cela que je n’aimais pas les thriller, aller vite, fort et malin. Lire lentement donne du goût à la lecture. Merci pour ce bel hommage à la lecture. Dernier livre acheté en soldes l’ami Fritz. Je le lirai durant mes prochaines vacances. Bonne fin d’après midi.
Le thriller peut avoir du bon, mais c’est clairement une affaire de goûts, il faut s’écouter, ne pas se forcer. Bonne future grosse lecture de vacances ! 😉
Oui, je suis quelqu’un qui va vite, qui marche vite, qui ne traîne pas, c’est mon défaut, mais je sais aussi apprécier la paresse dans le canapé 😆 Je lis vite, je sais, je diagonalise aussi, quand le roman ne me botte pas, MAIS je ne fais pas la course aux followers, au like et je ne chroniquerai pas un roman que je n’aurais pas lu. Tu me connais, mon égo est plus petit que la …. à …… 😆 Oups, ça je ne peux pas dire. 🙄
Hem, je n’ai pas d’égo, même pas de lunettes de soleil de kéké. Mais tu as raison de lire ce qu’il te fait plaisir de lire, de revenir vers les « vieux » auteurs, de prendre ton temps. Moi, si je mets 15 jours à lire un roman, même un pavé, c’est que ça ne va pas. :p
Je continuerai de jouer au Speedy Gonzales Beep-beep de la lecture, d’enquiller les lectures comme une cannibale affamée, mais on ne me changera plus. 🙂
Mais au moins, je sais que je ne suis pas dans la course aux followers, que ça ne m’intéresse pas du tout et je vais continuer de m’amuser, comme toi 😉
Je savais que tu allais réagir 😉. Toi, tu es le parfait contre exemple ! Tu lis plus vite que ton ombres, tu es une tueuse de livres, la terminator littéraire. Mais tu lis vraiment et bien !! Je le sais, je te connais, tu es sincère. Donc tu n’es aucunement visée 😉
Je ne me sentais pas visée, rassure-toi 😆 Mais il est un fait que je suis une rapide et que j’aurais bien du mal à me changer. J’ai encore fait péter les compteurs en janvier…
Mais je suis contente que tu as trouvé ton rythme, ta voie, et que tu es revenu sur ton blog ! :p
tu es un cas à part , la Belette terminator 😉
Et comme il le disait si bien « I’ll be back » et « hasta la vista, baby » !
Merdouille, on aurait dû me faire passer des examens sur les citations de films et autres conneries, au lieu de math, histoire, économie… 😆
pour ça tu es championne 🙂
Oui, « grande distinction », mais pour le reste 🙄
Parfois, je prends plus de temps pour certains titres et parfois je lis vite … question de style, d’écriture, mais pas seulement. Les personnages me parlent, je m’immisce dans leur vie de papier, je les suis comme une ombre … Et inversement, lire rapidement un roman ne veut pas forcément dire qu’il est à oublier aussi rapidement ! Je crois qu’on aime passer du temps avec une lecture qui ns fait tout oublier ! « My absolute Darling, » par ex., m’avait accompagnée un bon moment ! Et en ce moment, Benjamin Dierstein …
Ce sont deux bons exemples ! Oui, ce qui est important, c’est de respecter le livre, et puis soi-même, selon son envie
Comme certains l’ont déjà noté en commentaire, tout dépend du livre, mais aussi de l’état d’esprit du moment : parfois je dévore, j’ai hâte de connaître la suite, parfois j’adore quand je peux prendre tout mon temps, revenir en arrière, chercher des renseignements sur le contexte… Derniers exemples de lecture « au ralenti » : « Et quelquefois j’ai comme une grande idée » de Ken Kesey, qu’à mon sens on ne PEUT pas lire vite, ou la trilogie de Benjamin Dierstein dont le rythme est rapide mais qui nécessite beaucoup d’attention et des recherches annexes si on veut bien comprendre.
Tout ça pour dire que je suis totalement en accord avec ce que tu écris !
On est d’accord, j’adore aussi lire un thriller vite, il faut savoir s’écouter et laisser le temps nécessaire selon le genre de livre. Tu es dans l’essentiel, donner le temps que le livre attend, on ne peut pas lire Dierstein en un jour !
Je te lis et je te comprends… perso, je n’ai jamais changé ma façon de lire et le plaisir que j’en tire. Je suis sur les réseaux, sans plus, j’y publie mes chroniques et voilà. L’essentiel pour moi est de partager le plaisir de mes lectures, mes découvertes et si il y a une personne à qui cela parle et y trouve une rencontre avec un livre et un auteur, et bien j’en suis ravie !! C’est mon seul objectif, le reste, rien à faire !! Je pense être sereine dans mes lectures ! 😉 🙂
Oui, il faut rester fidèle à soi-même, c’est l’essentiel ! J’aime ta sérénité 😉
Merci pour cet article Yvan. J’ai souri en te lisant, lentement ;-). Je lis pas mal, mais j’aime prendre mon temps, l’âge sûrement ; et de plus en plus, j’aime savourer mes lectures, et lire des thrillers « psychologiques » aux « plot twists » incessants (je ne connaissais même pas cette expression, il y a encore un an) ne m’a jamais intéressée. Mais j’adore la littérature noire, plus complexe, on va dire. J’ai adoré « Black Water », « Les somnambules » découvert encore grâce à toi, et j’ai prévu de lire du Stephen King cet année, et sûrement « Les éléments ». Merci pour ce partage 🙏🏻
ton commentaire me fait bien plaisir, Céline, comme tu le cites avec raison, Les somnambules est un roman parfait pour expliquer les bienfaits de la lenteur, énorme pavé, énorme plaisir. Bonnes futures lectures du King et de Boyne alors !
Ah oui, je peux en parler, pour le boulot je lis vite, très vite même, en diagonale.
Si je capte l’histoire, les personnage pas certaine de sentir le petit supplément d’âme que l’auteur.e a pu mettre dans son ouvrage.
Et surtout, très vite je n’ai plus qu’un vague souvenir.
Remarque même en lisant lentement, ma mémoire me joue des tours.
Je lirai lentement à la retraite, na !
Toi c’est ton travail, ce n’est pas pareil ! Vivement la retraite 😉
Merci ! De ce judicieux message, bonne année et belles lectures
Merci Anne-Françoise ! Bonne année de lectures également !