Stephen King – Dead zone (Édition collector) – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

Stephen King – Dead zone (Édition collector) – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

En bref

Éditeur : JC Lattès

Date de sortie : initialement en 1983, version collector le 05 novembre 2025

Genre : fantastique

Introduction

Dead zone ressort en édition collector, superbe, avec une nouvelle traduction.

Nostalgie

Quatre décennies plus tard, une relecture, comme un retour aux sources. Et des souvenirs plein la tête d’une période de lecture bien différente de celle de ces dernières années, où les livres étaient moins accessibles, plus précieux, les bons romans étant à dénicher loin d’internet.

Dead zone fait indéniablement partie de ces lectures marquantes, même si ce texte n’est pas dans les plus populaires de Stephen King.

Cette nouvelle traduction, avec l’excellent travail de Jean Esch, était l‘occasion de se replonger dans cette intrigue pleine d’émotions. La préface de Franck Thilliez résume bien ce roman et ce qu’on y trouve, je suis d’accord avec lui pour dire qu’il est mémorable et mérite qu’on s’y plonge quarante et quelques années après (ou qu’on le redécouvre comme moi).

Difficile de ne pas avoir des images imprimées dans la tête, à cause du film de David Cronenberg, et de voir le visage de l’excellent Christopher Walken. Au fil de la lecture, on constate que le livre diffère du film dans son abord, davantage axé sur les émotions, les personnages, avec une ambiance sensiblement différente. Les deux se complètent bien (il faudra que je revisionne le film pour m’en faire un avis clair).

Fascination

Stephen King n’est pas le Maître pour rien, cette histoire démontre qu’il est bien davantage qu’un créateur de l’horreur. Elle se focalise beaucoup sur les protagonistes, sur leurs sentiments (on parle d’une histoire d’amour, ça m’a fait penser un peu à 22/11/63, et ce n’est pas le seul point commun entre ces deux livres).

C’est surtout l’approche du King qui fascine et qui marque les esprits. Ça a toujours été sa marque de fabrique, mais c’est aussi un instantané des romans d’une autre époque, loin de l’immédiateté actuelle. Une période où on savait prendre son temps, sans chercher à frapper dur avec une scène marquante dès le début, du moins pas du genre choquante, mais qu’il au contraire contribue à créer une ambiance.

Du coup, on est bien moins dans cette mode actuelle des intrigues construites avec le même moule, à chercher à en faire toujours plus (et souvent trop).

Le cheminement de King est subtil, avec la création et les événements qui sont toujours tournés en premier lieu vers les personnages, au profit de l’histoire ensuite. Pas d’esbroufe, une sincérité de tous les instants dans l’approche d’une psychologie fouillée.

Tendresse

J’ai éprouvé une immense tendresse pour ces personnages, tellement humains, tellement vrais, tellement touchants. Sans aucun doute, parmi les plus beaux dans la prolifique bibliographie de Stephen King (je m’engage, je sais).

Tout du long, l’auteur fait preuve d’une belle sensibilité. En 1979, Stephen King y prend un contre-pied total par rapport au roman qu’il a publié l’année d’avant, Le fléau. Intrigue plus ramassée (450 pages), moins d’effets horrifiques, une volonté de se concentrer sur les ressentis des protagonistes.

Il y avait pourtant là de quoi en faire des tonnes, avec cette idée de visions par le touché, où le quidam John Smith croise autant des personnes proches qu’un serial killer et un candidat (fou) aux élections. Mais non, King a fait des choix forts en ce concentrant sur les effets de ce pouvoir sur son personnage principal (et par ricochet sur son entourage).

C’est par cette vivace implication qu’il porte le lecteur avec lui, qu’il le fait vibrer, aimer profondément Johnny Smith à travers ses doutes et ses épreuves.

Enthousiasme

Avant de débuter la lecture, je me suis vraiment demandé si j’allais arriver à prendre autant de plaisir qu’il y a quarante ans. Très vite, j’ai senti que ce serait bien le cas, totalement embarqué par cette histoire, et ses protagonistes que je vu vivre à mes côtés.

On y parle de double vue, c’est une histoire fantastique, mais son approche est tellement fine et élégante qu’on a envie d’y croire dur comme fer, le temps de ces pages tournées.

J’étais motivé par l’envie de découvrir si Stephen King avait, lui aussi, eu un don de double vue le temps de cette écriture. L’ascension de son politicien diffère largement de celui du président actuel des États-Unis, il n’empêche que certaines similitudes mettent mal à l’aise. Comme si l’écrivain avait déjà senti en 1979 que son pays pouvait rapidement basculer vers le populisme à travers un candidat qui ne lésine pas dans les actions aussi spectaculaires que grotesques.

Greg Stillson jette des poignées de hot dogs à la foule lors de ses meetings, Trump sert des hamburgers. Il coupe dans les aides sociales, et les électeurs en redemandent. Stillson n’apparaît que dans une partie du livre, mais il en est le nœud gordien. C’est, en tout cas, fascinant et démontre à quel point Stephen King sait sentir le pouls de son pays. Une autre raison de se prendre de passion pour cette lecture.

Rémanence

Indéniablement, ce roman m’aura marqué doublement. À sa (lointaine) sortie tout autant qu’à sa relecture quarante ans après.

J’ai ressenti un grand attachement à ce livre, à cette histoire, et surtout à ses personnages. Ce n’est pas le plus spectaculaire des livres du King, mais (à mon sens) il est marquant.

La construction du roman y est pour beaucoup, loin des effets de manche, proposant au contraire une progression pesante qui permet de développer une palette d’émotions intenses. Ce texte est bouleversant par la compassion, l’empathie que l’on ressent pour ses personnages.

Note personnelle

Dead zone est un livre qui se démarquait de ses précédents, au début de sa carrière. Il reste un peu à part par son approche politique autant qu’émotionnelle.

Il est évident que son aura prophétique lui confère un attrait supplémentaire qui mérite qu’on s’y attarde. Cette nouvelle traduction est une occasion rêvée de s’y précipiter.

Je me suis amusé à regarder les différences de traduction, elles sont réelles. Non pas que la précédente semble mauvaise, mais elle prenait beaucoup de raccourcis, et certaines expressions semblent datées. Le lecteur y gagne clairement à lire cette nouvelle version.

Il reste surtout un sentiment profond et prégnant d’une lecture touchante, qui émeut autant qu’elle apprend sur la nature humaine, la solitude et ce qu’est d’avoir la volonté et du cran pour donner un certain sens aux accidents de la vie.

John Smith a le nom le plus banal qui soit, il est pourtant inoubliable.

Résumé éditeur

John Smith est doué d’un étrange pouvoir, au contact de certaines personnes ou objets, il est traversé par des visions du passé et de l’avenir. Grâce à la « dead zone » de son cerveau endommagé par un accident, son psychisme latent s’est affiné et il peut retrouver les criminels, prévoir les catastrophes, anticiper les hécatombes.

Un jour, lors d’un rassemblement politique, John Smith serre la main d’un politicien en pleine ascension, Greg Stillson, et découvre qu’il est un fou criminel, davantage héritier des plus grands fascistes de l’Histoire que des Pères fondateurs. Quand il sera élu, ce sera l’Apocalypse.

Se taire ? Agir ? Que fera John Smith pour son pays ?

Pour aller plus loin

Lien vers la page du roman chez l’éditeur


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Catégories :1 lecture, 5 émotions

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10 réponses

  1. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Un de mes premiers King lus ! Juste après « chantier »… que de souvenirs, ça ne me rajeunira pas :/

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      Comme tu dis, vieille peau 😁

      • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

        Attends que je te coure après dans les couloirs de l’EHPAD, au volant de mon déambulateur tuné, avec jantes 16 pouces de sport !! 😆

        Hé, au fait, j’ai lu les deux Blake Crouch, alors, le gage pour toi, c’est quoi ? Écouter du Johnny et du Julien Clerc ?? 😆

        • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

          Je choisis Johnny…
          Bravo pour le challenge réussi ! Je ne doutais pas une seconde de toi

          • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

            Quelle sera la preuve que tu auras bien écouté un album de lui en entier ?? 😉

  2. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Comment résister à une telle chronique !! Franchement !! ❤️

  3. Encore un King qui m’a marquée, et dont je me souviens presque trop bien ! C’est vrai qu’il y a de quoi se demander s’il n’avait pas des dons de précognition !

  4. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    Pour ma part, ce sera découverte puisque j’en suis toujours à le découvrir 😊. Il est sur ma liste au père Noël 🥰

  5. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Pas encore lu celui-ci… tu me donnes bien envie ! Merci à toi !! 🙂

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