Salon du polar Seille de crime 2025 – Compte-rendu engagé

Le salon du polar Seille de crime s’est déroulé les 15 et 16 novembre 2025. Rarement une manifestation de cette taille aura engendré autant d’émotions et d’enthousiasme partagé, foi d’habitué des salons du genre.

Imaginez

Nomeny, petite ville de 1 139 habitants en Meurthe-et-Moselle. En pleine campagne, entre Metz et Nancy.

Une salle polyvalente agréable et moderne.

Un salon qui se tient tous les deux ans, c’était la cinquième édition.

Un déferlement : plus de 1 500 visiteurs au salon sur 1 jour et demi, soit davantage que la population totale du lieu de la manifestation.

Une affiche volontairement limitée, 16 auteurs pour davantage de proximité avec eux. Et une star parmi les talents : Franck Thilliez.

Et une annonce en amont, ce sera la dernière édition, faute de soutien financier…

Voici un retour en arrière sur un événement qui a déclenché un déferlement de bonnes ondes et de lumière.

La culture est-elle soluble dans la crise ?

C’est un paradoxe, puisque l’organisatrice, la fée Isabelle Cerutti et sa formidable équipe de bénévoles aux petits soins, ont construit une ambiance tamisée, dans une salle plongée presque dans le noir, éclairée de petites lampes sur les tables des auteurs : un décor qui crée immédiatement une ambiance atypique, à la fois sombre et intime.

On le voit partout, la crise et l’instabilité politique ont un effet délétère et destructeur sur la culture. On ne compte plus les manifestations annulées faute de subventions des partenaires publics et privés.

Seille de crime 2025 a été un succès inimaginable, pas loin d’être inédit dans le milieu au vu de sa taille volontairement réduite. La couverture médiatique a été à l’image du salon, incroyable : une journaliste de l’Est Républicain à demeure sur les deux jours et qui a multiplié les articles dans le journal papier et sur le site internet, Ici (ex France 3 Régions) qui a proposé un beau reportage dans son édition de 19 heures du dimanche, en invitant l’organisatrice sur le plateau.

Et des centaines de lecteurs, des vrais, pas des gens qui viennent poser comme dans certains autres salons plus renommés. J’en ai fait des salons et autres festivals depuis 14 ans, j’ai rarement vu une telle exaltation, une telle chaleur humaine, une telle avidité de livres.

Je ne dirai rien des chiffres de vente, mais ils sont faramineux. J’ai longuement observé les visiteurs, je ne comptais plus ceux qui passaient de table en table, prenant un livre à presque chaque auteur. C’en était ahurissant.

La crise oui, mais c’est justement dans ces moments qu’il faut redonner aux gens de l’envie et du désir. Cette curiosité et ces achats montrent que, dans une période comme celle-ci, la culture vivante, celle qui permet les rencontres, est encore plus importante.

Les engagements engagent ceux qui les annoncent

Face à un tel succès, l’annonce de la fin de cette manifestation a déclenché de gros remous durant ces deux jours. La soirée de clôture a été l’occasion aux politiques présents (le Maire, des représentants de la Communauté de Communes) d’afficher une volonté de tout faire pour que ce salon ne tombe en cendres. En faire davantage, aider davantage, donner davantage, s’engager davantage.

Il faut maintenant que les promesses ne restent pas paroles mortes et se concrétisent vite. La lumière braquée sur Nomeny par ce salon est une chance incroyable pour le territoire, les électeurs s’en souviendront lors des élections municipales à venir. Le milieu rural a terriblement besoin de ce genre d’événement.

Vous doutez ? Vous pensez que j’en fais trop ? Voici les mots de trois auteurs de renom, postés au sortir du salon sur les réseaux sociaux. Ce ne sont pas juste des remerciements de circonstance, ce sont des engagements, une volonté de s’impliquer personnellement pour que la manifestation perdure.

Franck Thilliez a insisté, lors de la conférence que j’ai eu le plaisir d’animer, que le fait d’aider le salon à perdurer relevait d’un acte de résistance. Le mot est fort, mais juste. Il faut résister par la culture, et le polar est un vecteur idéal de rassemblement.

La campagne ça vous gagne

Que ce soient les habitants du cru ou les lecteurs passionnés qui ont parfois fait 3 à 4 heures de route, venant de tout le département, mais aussi d’Alsace ou encore de Reims, la campagne environnante est devenue plus vivante que bien des villes, le temps de deux jours.

Bien loin du public parfois blasé des métropoles, ce public-là en redemande, parce que ce salon développe une sorte de magie qu’on ne retrouve que peu ailleurs. L’appétit de ces lecteurs était étonnant, les sourires communicatifs, l’envie d’échanger contagieuse. Le virus de la lecture, du polar, est une maladie qui ne se soigne pas.

La volonté de limiter le nombre d’auteurs est une bénédiction, une occasion rêvée de prendre le temps de flâner d’une plume à l’autre, de discuter, de se poser, de découvrir, sans le stress des grosses machineries. C’est un choix clairement gagnant, le trop est clairement l’ennemi du bien.

Un futur ?

L’annonce de la fin du salon s’est transformée en point d’interrogation, tant les promesses ont fait douter l’organisatrice.

Elle garde cependant les pieds sur terre, il faut dès maintenant que des actes concrets suivent ces belles paroles. Je veux y croire.

Pour que l’aventure continue, je m’engagerai pour Isabelle et son équipe du mieux que je peux, voilà aussi mon engagement ferme, inscrit dans le marbre. Résistance.


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Catégories :Littérature

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6 réponses

  1. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Voilà un beau geste d’humanité. J’espère que ce salon continuera et que les « poseurs » ne le trouveront pas !!

  2. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    J’espère que ce festival continuera !

  3. c’est un bel hommage que vous leur rendez ; Ces petits salons sont souvent très sympathiques . Plus que les grands salons. Et vive la lecture ! Bonne soirée

  4. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    Quelle belle défense ! Mais oui, des petits salons intimistes sont parfois bien plus agréables et humains (et encore mieux quand les poseurs s’en tiennent loin !). Je croise les doigts pour un futur 🤞

  5. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    On croise les doigts pour que ce festival continue ! En tout cas, tu m’as donné envie de le découvrir… Merci !

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