Voici la suite du retour vers le passé de Michael McDowell, avec Lune froide sur Babylon. Pour le situer, c’est le deuxième roman de l’auteur, publié la même année que Les aiguilles d’or, deux ans avant Katie et trois années avant la série Blackwater.
Un autre regard sur un temps révolu, même si cette intrigue est contemporaine par rapport à sa sortie en 1980. Autant dire que l’ambiance y est clairement différente que dans les autres titres susvisés, même si c’est toujours le même coin de l’Amérique qui est dépeint. La rivière Perdido coule non loin de là, mais c’est un autre cours d’eau qui tient la vedette, le Styx.
Dysfonctionnel
On retrouve dans ce roman les obsessions habituelles de l’auteur, la description d’une communauté, la notion de famille omniprésente (surtout quand elle est dysfonctionnelle), la culture américaine où la religion tient une part prépondérante également culturelle (et qu’il ne tient pas vraiment dans son cœur), son rejet de l’ignorance. Avec ce mélange d’une dure réalité avec une part d’imaginaire, la patte McDowell.
Ce récit se démarque des autres livres qui vont chronologiquement le suivre par son côté plus « moderne » (avec le regard des années 80), mais aussi par l’intrigue en elle-même.
À la différence de ses romans plus historiques, où sa plume jouait à coller à l’époque, et où la part du fantastique était souvent évanescente, ce roman est beaucoup plus direct.
Violence frontale
Le lecteur a affaire à un thriller mâtiné d’une peinture communautariste des USA. Des meurtres, une enquête, des suspicions de l’entourage. Et une approche beaucoup plus frontale de la violence.
Un vrai roman d’horreur, cette fois, avec des scènes particulièrement sanglantes et brutales, avec le retour des morts qui viennent hanter les vivants. L’écrivain fait clairement moins dans cette subtilité qui donnait cette ambiance si étrange dans plusieurs de ses autres romans.
Disons-le, j’ai trouvé celui-ci un ton en dessous des autres cités, et son abord sera peut-être plus compliqué pour certains lecteurs, autant le savoir de suite et se préparer à subir cette violence. Qui n’est pas si gratuite qu’il n’y paraît.
Archétype
Michael McDowell est un écrivain populaire, il l’a toujours revendiqué. Il en est même une sorte d’archétype, par revendication autant que par la manière dont il se positionne avant tout comme conteur d’histoires.
C’est ce qui fait également la force de ses romans, sachant qu’ils servent aussi de terrain à une description très intéressante de l’Amérique et surtout du milieu familial, avec nombre de leurs déviances. L’horreur est la manière de mettre du désordre dans un ordre établi (qui lui-même cachait les horreurs sous le tapis).
L’intrigue est prenante par ses surprises, ses scènes décalées, et surtout cette manière de raconter les familles de l’intérieur. Avec cette autre de ses obsessions qui tourne comme souvent autour de la vengeance.
Travail d’orfèvre
Si on accepte une part plus importante de surnaturel, plus abrupte, le livre se lit (une fois encore) sans le lâcher, comme on suivrait un (bon) film de série B. En s’étonnant de s’attacher peu à peu aux personnages, parce qu’ils sont le sel des histoires de l’auteur.
À noter, comme toujours même s’il faut le souligner, l’incroyable travail de l’éditeur Monsieur Toussaint Louverture, sur la couverture comme sur le contenu. Une œuvre d’art, illustrée par Pedro Oyarbide, qui complète la bibliothèque des premières œuvres de l’auteur américain.
Lune froide sur Babylon est un thriller à l’ambiance fantastique plus frontale, un récit d’horreur qui démontre une nouvelle fois le talent singulier de conteur de Michael McDowell.
Yvan Fauth
Sortie : 04 octobre 2024
Éditeurs : Monsieur Toussaint Louverture
Genre : fantastique
Traduction : Gérard Coisne et Hélène Charrier
4ème de couverture
À l’aube des années 1980, Babylon est une ville de Floride comme les autres, avec sa chaleur humide et ses pom-pom girls, ses rumeurs et ses superstitions, ses serpents venimeux et ses décès soudains.
Mais Babylon abrite aussi une rivière ancienne et sinueuse, l’un des affluents de la Perdido: le Styx. Un cours d’eau au passé trouble qui a déjà marqué la famille Larkin d’un sceau funeste. Alors quand la jeune Margaret Larkin se volatilise, c’est comme si la rivière se mettait à couler à l’envers, et que l’âme des morts souhaitait dévorer l’esprit des vivants.
Et tandis que remonte à la surface ce qui n’aurait jamais dû se noyer, une étrange lune se lève au-dessus de la ville, immense et froide, dont la lumière blafarde envahit tout et aveugle victime comme meurtrier, les déchus de Babylon.
Au-delà de la cupidité et de la brutalité, de la bonté et du désespoir, Michael McDowell (1950-1999) nous offre avec Lune froide sur Babylon un roman gothique et bestial, une danse macabre à mi-chemin entre un roman policier à l’ambiance poisseuse et un mélodrame effrayant où les blessures que s’infligent les vivants ne sont rien à côté de celles que peuvent infliger les morts.
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Catégories :Littérature

Ma libraire m’a dit la même chose que toi, qu’il était un peu en dessous des autres, mais que c’était bien tout de même. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
Je note, je note… 😉 merci Yvan !
Merci Yvan. Bon, moi tu connais mon avis mais je partage ton enthousiasme sur le travail de Monsieur Toussaint Louverture, tjs un régal pour les yeux et les bibliothèques 😉
Je compte bien le lire ! J’ai aimé tous ses romans publiés chez Toussaint Louverture, alors j’espère que ça sera aussi le cas de celui-ci !
bonne lecture sanglante 😉