Le pays des choses perdues – John Connolly

Dans les pays anglo-saxons, on se fiche davantage qu’en France des cases et des étiquettes. John Connolly est connu comme un auteur de polars, avec une belle renommée à la clé. Cela ne l’empêche pas de parfois se frotter ouvertement à l’Imaginaire, comme avec ce roman, Le pays des choses perdues.

Ce n’est pas un coup d’essai, puisqu’il est une sorte de suite du Livre des Choses perdues, vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, lauréat en France du Grand Prix de l’Imaginaire en 2010 ainsi que des prix des festivals Étonnants Voyageurs et les Imaginales.

Retour

Près de 15 ans après, le voilà donc revenu sur les rives de ce pays de contes, plongeant un nouveau personnage dans une aventure étonnante faite de périples et de rencontres. Même si les deux romans sont liés, les histoires se lisent individuellement, seules des réminiscences (et quelques personnages) font le lien. N’hésitez donc pas à passer de l’autre côté du miroir, même aujourd’hui.

Les prix reçus par le premier roman étaient dans la catégorie « jeunesse », mais clairement celui-ci est à destination du plus grand nombre, jeunes et moins jeunes. La thématique qui lance l’histoire en est la preuve.

Douleur d’une mère

La protagoniste, Cérès, est une mère tombée dans une grande détresse suite à l’accident de sa fille de 8 ans, plongée dans le coma. La première partie du récit est donc fortement teintée de tristesse, totalement ancrée dans notre réalité. L’ambiance est pesante, déprimante, teintée de gris sombre.

La lecture et la visite de la maison de l’écrivain qui avait écrit Le livre des Choses perdues plusieurs décennies avant, va lui ouvrir les portes d’un monde « parallèle » teinté d’une ambiance onirique et fantastique, bien loin de la cruelle réalité. Une manière de s’en échapper. Une façon peut-être de sauver sa fille tout en retrouvant le goût de vivre et des vraies valeurs.

Violence des contes

Lors du passage vers l’autre univers, le ton change brutalement, ce n’est plus la même histoire. Au lecteur de se laisser emporter par cet étonnant souffle romanesque, plein de vie et de surprises. Dans une ambiance imprégnée des contes de notre enfance, les plus connus comme d’autres qui le sont moins. En se rappelant que, pour la plupart, ils sont fortement teintés de violence et de douleurs. Effrayants aussi, et sans que la morale ne soit toujours respectée.

J’ai trouvé les 70 premières pages un peu longues, du fait de leur côté écrasant, mais de formidables tirades de l’auteur irlandais sur les livres et la lecture ont fortement résonné en moi (je vous donne le lien en fin de chronique).

Ambiance et inventivité

La suite m’a enthousiasmé, l’inventivité, le lâcher prise, les surprises continuelles dans une ambiance entre la fantasy et le fantastique, ont été une vraie évasion.

Il n’y a bien que les écrivains anglo-saxons à oser ainsi mêler le réel et l’imaginaire, dans un souffle épique et fortement ludique (rappelons-nous par exemple du récent Conte de fées de Stephen King).

Empathie

John Connolly n’avait initialement aucunement l’intention de se replonger dans cet univers. Ce second roman n’était pas prévu. Sauf que cette atmosphère, ces personnages, ce monde n’ont jamais cessé de la hanter, de le rappeler à eux. La création est un processus qui guide les (bons) auteurs et non l’inverse.

Cette imagination sert de support à une expédition ludique, mais aussi à des sujets forts et universels, comme la famille, le bien et le mal, les douleurs intérieures. Même les méchants de cette histoire portent en eux des détresses et des souffrances qui peuvent nous faire entrer en empathie.

Voyage

Il faut dire que l’auteur sait y faire, avec une écriture qui porte, et des changements de ton qui emportent. Parfois dure, d’autres fois émouvante, quelques fois franchement drôle, sa plume est également le vecteur de cette féconde créativité, qui fait sens et qui nous relie aux vieilles histoires connues.

Le pays des choses perdues est un dépaysant voyage dans l’Imaginaire, développé autour des contes et de rencontres étonnantes. Un épatant récit que John Connolly destine à tous, comme pour s’extraire de la difficile réalité tout en se reconnectant aux vraies valeurs. Un livre qui porte en lui l’amour de tous les livres.

Lien vers une sélection de citations tirées du Pays des choses perdues

Yvan Fauth

Sortie : 03 octobre 2024

Éditeur : L’Archipel

Genre : fantastique

Traduction : Pierre Brévignon 

Prix : 23 €

4ème de couverture

Phoebe, 8 ans, est dans le coma.
À son chevet, sa mère, Cérès, lui lit les contes qu’elle affectionne dans l’espoir qu’elle se réveille.
Mais il est difficile de garder espoir, si difficile…
Non loin de l’hôpital où Cérès passe ses soirées se dresse une vieille demeure. Poussée par une force étrange, la jeune femme pénètre dans la maison et se retrouve propulsée dans un monde fantastique.
Le périple de Cérès dans ce « Pays des choses perdues » sera ponctué de rencontres avec des personnages effrayants ou bienveillants, qui tour à tour l’aideront ou tenteront de la détourner de sa quête : rejoindre l’esprit de sa fille pour la ramener dans le monde des vivants.
On retrouve dans ce roman les ingrédients qui ont fait le succès du Livre des choses perdues : l’univers sombre et fantastique de Connolly, son imaginaire foisonnant, son style vif et incisif, sa malice… Un conte qui est aussi un hommage aux livres, aux histoires qu’ils contiennent et à la lecture.


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Catégories :Littérature

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11 réponses

  1. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    Ce livre a absolument tout pour me plaire ! Personnellement j’adore le monde des contes, quel que soit la manière dont ils sont exploités. Ça me ferait un vrai « ailleurs » ça, non ? 😉

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 58 ans, Strasbourg, France

      Exactement ! Les livres sont faits pour ça aussi 😉

      • Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

        Quand Marie-Kyldine était plus petite, on lisait ensemble « le pays des contes » de Chris Colfer que j’adorais ! Il doit y avoir plusieurs tomes maintenant mais qu’est ce que c’était bien !!

        • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 58 ans, Strasbourg, France

          pourquoi tant d’adultes se détournent de l’imaginaire alors qu’ils adoraient plus jeune ? Quelle raison objective alors qu’ils en gardent de fabuleux souvenirs ? On peut profiter de l’Imaginaire quel que soit l’âge !

  2. Et voilà une chronique alléchante une fois de plus. Merci à toi 🙏 😘

    • belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

      Est-ce qu’on doit lui dire merci pour cette chronique alléchante qui va faire monter notre PAL ?? 😛

  3. Caroline - Le murmure des âmes livres – Lectrice enthousiaste et éclectique, je lis de tout, partout et sur tout type de support.

    C’est un auteur que je n’ai encore jamais lu, même pas ses polars. En tout cas, celui-ci m’intéresse beaucoup. Moi qui adore les contes, je me le note !

Rétroliens

  1. Le pays des choses perdues, John Connolly, Avis de lecture

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