Lucia – Bernard Minier

C’était écrit.

Voir Bernard Minier traverser de l’autre côté de ses Pyrénées chéries n’étonnera pas ceux qui le suivent, qui savent que l’Espagne fait aussi partie de son patrimoine. Génétique et culturel.

Il y a Servaz, il y a désormais également Lucia.

Rien ne sert de les comparer, ils ne sont pas le Yin et le yang, mais deux caractères différents, bien marqués.

Visuel

Lucia est une femme flic qui se meut dans un monde d’hommes au sein de la Guardia Civil. Guerrero de son patronyme, traduire « la guerrière ».

Oui, un tempérament bien marqué, pas toujours maîtrisable. Une volonté de fer, mais également des failles saillantes.

Ce nouveau roman permet de la découvrir à travers une enquête à laquelle elle se retrouve intimement liée. L’action débute par le meurtre atroce, mais graphiquement marquant, de son coéquipier.

D’ailleurs, ce Minier-là se révèle encore plus visuel que les précédents. Par la mise en scène des meurtres répétés, par les thématiques révélées. Par l’écriture aussi, qui fait encore davantage appel à notre mémoire visuelle et à notre capacité de se figurer les scènes décrites.

Ambiance angoissante

L’écrivain à succès ne répète jamais simplement ses gammes, chaque livre a sa propre personnalité. Celui-ci se veut moins engagé, moins à l’écoute de notre monde comme l’était le précédent, La chasse.

Lucia est avant tout un thriller qui travaille le divertissement, l’ambiance, le rythme, l’intrigue.

Divertissement et rythme, avec une histoire qui pulse sans cesse sur 470 pages. Même si rien n’est simple et que les strates de lecture sont multiples.

Ambiance, à travers la découverte de ce bout d’Espagne. Mais aussi, surtout, par l’étrangeté de la violence d’un tueur qui met en scène ses actes comme d’antiques œuvres d’art.

L’auteur a façonné son atmosphère pour la rendre particulièrement angoissante. La peur est omniprésente, emmenant le lecteur vers le genre de thrillers qui crée viscéralement le malaise.

Epaisseur

L’histoire est sans doute moins typée que certains précédents romans. Mais l’auteur fait la différence par son savoir-faire singulier et sa capacité à construire un décorum formidablement immersif.

La virée espagnole est une belle incursion géographique et culturelle, qui sonne juste, qui donne de la matière et de l’épaisseur au récit.

Mais l’auteur ne peut pas totalement se déconnecter de l’époque, à l’image de son groupe d’étudiants en criminologie travaillant sur un logiciel qui pourrait révolutionner les enquêtes criminelles.

Lucia est un thriller sacrément prenant, bien construit, sombrement ludique, diablement captivant. Avec une toile de fond dense et une narration qui maîtrise parfaitement les ingrédients qui rendent l’intrigue impossible à lâcher.

Lucia est aussi un personnage d’une belle épaisseur, et qui n’a clairement pas tout révélé d’elle. De quoi permettre de donner corps à une future autre histoire. A suivre ?

Lien vers mon interview de Bernard Minier au sujet de Lucia

Yvan Fauth

Date de sortie : 31 mars 2022

Éditeur : XO

Genre : Thriller

4ème de couverture

À l’université de Salamanque, un groupe d’étudiants en criminologie découvre l’existence d’un tueur passé sous les radars depuis plusieurs décennies et qui met en scène ses victimes en s’inspirant de tableaux de la Renaissance.
À Madrid, l’enquêtrice Lucia Guerrero trouve son équipier crucifié sur un calvaire et se lance sur les traces de celui que l’on surnomme le « tueur à la colle ».
Tous vont être confrontés à leur propre passé, à leurs terreurs les plus profondes et à une vérité plus abominable que toutes les légendes et tous les mythes.

Une nouvelle héroïne aussi attachante que coriace… sur la piste de crimes inouïs. Les coulisses inquiétantes d’une des plus vieilles universités d’Europe.



Catégories :Littérature

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10 réponses

  1. J’ai beaucoup aimé l’histoire, Lucia qui effectivement n’a pas tout dévoilé, l’intrigue noire qui t’emmène de Salamanque à Segovie. L’atmosphère toujours oppressante. Le décor le paysage la patte de l’auteur qui a autant de place que les personnages. J’ai aimé cette fille badass aux fêlures enfouies.
    Tu auras compris i’ecriture de Minier est pour moi un pur plaisir. Et oui Lucia comme personnage récurrent je le vois bien 😉

  2. J’aime déjà Lucia. Merci à toi Yvan🙏😘. Il arrive demain mon livre.

  3. Bonjour Yvan.
    Comme ton article tombe bien. Je suis prête à débuter le livre. Très curieuse de lire l’auteur dont je suis fan dans cet exercice au-delà des Pyrénées. 😉🌹Geneviève

  4. Tant qu’il ne tue plus un cheval dans les montagnes… 🙂 Dommage que le titre ne soit pas « Lucie » parce que j’aurais poussé la chansonnette rien que pour toi 😆

  5. Voilà, j’ai fini Lucia. Le livre, hein pas le personnage. Une fois de plus Bernard Minier prouve qu’il est l’auteur qui se renouvelle sans cesse.
    Et quel renouveau. Lucia ❤️
    Et que de recherches effectuées, mais quel talent il a, le Chef. Et d’une humilité sans faille comme d’habitude.
    Laissons Servaz se reposer, il l’a bien mérité. Même s’il va me manquer.
    Bienvenue à Lucia Guerrero.

  6. Il m’avait gentiment répondu un jour par mail qu’il était tellement heureux de mes compliments, qu’il n’allait plus rentrer dans ses chaussettes. Je lui ai donc conseillé de marcher pieds nus. On lit Minier en famille avec mon frère. Mon exemplaire qui m’a coûté un œil sera sien cet été.

  7. Merci pour lui. Je suis certaine que Lucia va lui plaire.

Rétroliens

  1. Interview – 1 livre en 5 questions : Lucia - Bernard Minier - EmOtionS - Blog littéraire

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