Interview – 1 livre en 5 questions : La faussaire – Patricia Delahaie

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

PATRICIA DELAHAIE

Titre : La faussaire

Sortie : 03 février 2022

Editeur : Belfond

Lien vers ma chronique du roman

Ce roman est librement inspiré d’une histoire vraie. Tu fais dire à un de tes personnages que « le fait divers est un miroir grossissant de ce que nous sommes »

Oui Yvan, merci d’avoir pointé cette phrase qui résume bien ce que je pense. On dénonce souvent le côté « voyeur » des lecteurs de fait divers. Mais si on est « voyeur » c’est qu’on est concerné. Et si on se sent concerné, c’est que le fait divers parle de nous d’une manière grossi, extrême.

D’une certaine manière, il nous met en garde contre nos petits défauts qui peuvent conduire à de grandes catastrophes. Je pense à ces gamins qui tombent dans le vide. Leurs parents étaient dans la pièce à côté. Qui peut se targuer de n’avoir jamais commis l’imprudence de laisser une fenêtre ouverte et un enfant pas loin ? Cette histoire éclaire notre imprudence, ses conséquences possibles et la chance que nous avons eue d’avoir échappé au drame.

De la même façon, ce sont nos petits défauts d’être humains imparfaits qui sont amplifiés et dramatisés par le fait divers. Une passion, une colère conjugale déclenche un féminicide et Marie Trintignant est tuée par Bertrand Cantat. Du racisme, de l’envie, de la frustration, une contrariété et la famille Flactif est exterminée.

Mais l’effet de loupe porte aussi sur nos qualités. On croise dans le faits divers des parents, des conjoints, des juges, des enquêteurs, des défenseurs courageux, obstinés, perspicaces.

Le fait divers a toutes les caractéristiques d’une bonne pâte romanesque. On trouve les deux dans La Faussaire : des héros sombres et quantités de personnages secondaires lumineux.

Mais pourquoi ce fait divers en particulier ?

Pour consoler une copine quittée par un mari parfait, du jour au lendemain, à cause d’une femme supposée fatale. Une manière de lui dire qu’il est devenu fou, que cette rupture n’est pas de sa faute… Je crois au pouvoir consolateur des histoires.

Au-delà de l’anecdote, cette tragédie permettait d’explorer des thèmes qui m’intéressent : le couple, la passion, comment agit l’inconscient sur nos trajectoires de vie, le phénomène sectaire, les sorties de route, ces moments de nos existences où nous sommes plus fragiles, l’oubli de soi, etc.

Derrière l’image un peu lisse de chaque personne, tu as cherché à trouver les aspérités…

Oui, bien vu ! Ce qui est intéressant sur le plan romanesque et peut-être dans la vie, ce n’est pas ce qu’on nous montre mais ce qu’on nous cache. Dans un roman, c’est un peu la même chose. La Faussaire est construit comme un dévoilement progressif de la vérité de chaque personnage. Encore que nous sommes si complexes !

Mon héroïne, Camille, est-elle une grande manipulatrice, une simple mythomane qui s’invente au fur et à mesure de ses échanges avec le Docteur Ménard ou bien une folle, une détraquée ? Chaque lecteur a son opinion et j’adore ça : si on continue à s’interroger sur les personnages, une fois le roman refermé, c’est qu’ils continuent de vivre dans l’imaginaire du lecteur.

Ce roman est aussi une chronique sociale et judiciaire…

Oui, j’ai situé l’histoire entre les deux coupes du monde de football gagnées par l’équipe de France, 1998 et 2018. Pour montrer à quel point la France a changé en 20 ans. Entre ces deux dates, tout s’est informatisé, dématérialisé. On ne sait plus ce qu’est l’ennui. Les relations professionnelles sont moins formelles, moins hiérarchisées mais moins complices aussi, parfois. L’esprit du pays s’est également modifié. Nous étions si fiers en 1998 de vivre dans un pays « black-blanc-beur » ! Les attentats de 2015 nous ont désenchantés.

Chronique judiciaire aussi, car pendant le procès de La Faussaire, on voit bien quel est le rôle de la présidente qui essaie d’établir la vérité de manière impartiale, des avocats qui défendent leurs clients respectifs et du procureur qui rappelle que cet homme « parfait » qu’est le docteur Ménard, a quand même tué de sang-froid.

Ce livre prouve en tout cas que se baser sur des faits réels ne bride pas pour autant l’imagination…

En effet, je n’ai conservé que le squelette du fait divers. Tout le reste est inventé : les personnages, leur psychologie, leur façon de parler, de manger, de penser, de dormir, d’entrer en relation les uns avec les autres.

Inventer des « gens » et les rendre vivants, crédibles au point que le lecteur ait l’impression de les connaître et de les voir vivre, c’est le grand défi du romancier et… sa grande joie. Ce qui distingue le roman de l’enquête journalistique. En ce sens, aucun doute Yvan, La Faussaire est bel et bien un roman.



Catégories :Interviews littéraires

Tags:, , , ,

1 réponse

  1. j’ai « dévoré » ce roman d’une seule traite ! car j’ai vécu exactement la même problématique : « une jolie fleur déguisée en vache et qui vous mène par le bout du coeur… » chantait Brassens .même décor , personnages comparables y compris les enfants , mon ménage en déconfiture , ma famille disloquée , etc…
    Ah ! j’allais oublier un petit détail…: JE N’AI PAS COMMIS D’ASSASSINAT mais de justesse
    Merci pour cette lecture édifiante… mais vous m’avez fait manquer 1 repas + émission TV .

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :