La faussaire – Patricia Delahaie

Pas de grand suspense, vous connaissez dès le début le fin mot de l’histoire. Ou du moins son principal effet dramatique.

Pas de rebondissements à foison, ce n’est pas le genre de la maison.

Difficile de parler de polar, même dans sa définition la plus large, ce roman est davantage une chronique (noire) qui mêle les aspects humains, sociétaux et judiciaires.

Aux faux airs

A ma droite, un médecin de campagne bien sous tous rapports, dévoué au serment d’Hippocrate.

A ma gauche, La faussaire aux faux airs de Marilyn, avec toute la panoplie en kit.

Au milieu, le drame. La rencontre de deux personnes que tout semble opposer. L’amour est aveugle, dit-on.

Patricia Delahaie s’est librement inspirée d’un drame réel. « Le fait divers est un miroir grossissant de ce que nous sommes », fait-elle dire à l’un de ses protagonistes.

Les gros traits sont donc vrais, mais la finesse du dessin tient à son talent de narratrice. Le but n’est donc pas de surprendre mais de comprendre.

Pénétrer dans l’intimité de ces deux personnages, entendre leurs arguments vrais ou biaisés, embrasser leur cause et les conséquences le temps de quelques pages, appréhender ce qui peut pousser à l’acte ultime.

Aveuglement et instrumentalisation

Chercher l’humain derrière l’horreur d’un meurtre. Le trouver réellement ? C’est toute la question.

L’autrice décortique toute la psychologie de ces deux personnages, qui vont se révéler bien différents de l’image lisse qu’ils peuvent donner en public. Des aspérités, entre grandes faiblesses et cruelles manipulations, que le roman va exhiber durant 350 pages.

On comprend vite combien l’aveuglement et l’instrumentalisation vont faire leur office. On se demande, vu de l’extérieur, comment c’est possible.

C’est là tout le sujet du livre, faire cerner l’impensable, faire entendre l’invraisemblable. Expliquer comment ce médecin peut tomber sous emprise.

Le roman ne révolutionne rien, il est classique dans son approche. Ça ne l’empêche pas d’être bien mené, avec une écriture assez intemporelle. Ceux qui s’intéressent et s’interrogent sur les aspects psychologiques d’un tel drame auront de quoi s’étonner et réfléchir.

Chronique(s)

Et puis, il y a l’aspect social, dans cette France de 1998 qui voit son équipe de foot Black-Blanc-Beur atteindre le toit du monde. Que l’on fête aussi dans ce coin perdu de la Beauce, même si on est un peu loin de tout. Le côté terroir peut également expliquer bien des réactions.

Reste à parler de la chronique judiciaire, sans aucun doute le passage le plus intéressant du roman, où les personnalités se dévoilent, où les défauts et les faussetés sont mis à mal.

Avant qu’une vraie fin ne soit proposée, alors que tout semblait avoir été dit.

La faussaire est un roman noir qui développe un de ces faits divers qu’on trouve dans les rubriques des journaux. Mais au-delà des faits, la chronique de Patricia Delahaie creuse les personnalités et les rouages qui peuvent mettre des mots sur l’innommable.

Yvan Fauth

Date de sortie : 03 février 2022

Éditeur : Belfond

Genre : Roman tiré d’une histoire vraie

4ème de couverture

Avec ce premier roman enlevé et tragique inspiré d’une histoire vraie, Patricia Delahaie explore la  » banlieue  » du crime, ces zones d’ombre et de lumière qui conduisent un homme plutôt meilleur que les autres à revêtir, petit à petit, un costume d’assassin taillé à sa mesure.

La cinquantaine, père et mari aimant, Paul Ménard est un médecin dévoué, rassurant, autour de qui gravitent les habitants d’une bourgade beauceronne. Jusqu’à ce jour de printemps 1997 où son regard croise celui d’une femme éblouissante. Camille.

Peu après, la belle se rend au cabinet médical. Les visites se répètent, Paul succombe. Dîner aux chandelles, timbales de saumon. Camille sait vivre, Camille sait aimer.

Mais Camille est mariée. Un militaire toujours en mission. Un homme dur, indifférent, souvent violent. Paul veut la sauver. Il n’en dort plus, divorce, délaisse ses patients, enrage de sa lâcheté.

13 juillet 1998. La France est championne du monde. Et le docteur Paul Ménard prend une décision irréversible…



Catégories :Littérature

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2 réponses

  1. Bah voilà. Je me noie dans ma bave. Merci à toi Yvan. 🙏😘

Rétroliens

  1. Interview – 1 livre en 5 questions : La faussaire - Patricia Delahaie - EmOtionS - Blog littéraire

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