Recueil de nouvelles : Toucher le noir – Vu par les auteurs

Le 03 juin 2021 est sorti un recueil de nouvelles noires aux Éditions Belfond, regroupant 11 grands noms du genre : Toucher le noir.

11 écrivains qui m’ont accompagné dans cette belle aventure humaine que j’ai mené avec passion en tant que Directeur d’Ouvrage.

10 nouvelles autour d’un même thème. Ils ont joué avec un des 5 sens : le toucher.

Après un premier recueil autour de l’audition, Ecouter le noir. Après un deuxième autour de la vision, Regarder le noir.

Quoi de mieux pour en parler que de donner la parole aux auteurs du recueil !

Voici donc les mots certains des écrivains participants, qui nous expliquent comment ils appréhendent l’art de la nouvelle et comment ils ont voulu jouer avec le thème imposé. Versions courtes en visuel, versions plus longues en dessous.

La nouvelle, j’adore ! C’est l’art de la litote par excellence, la plume chirurgicale trempée dans la concision. Je me souviens d’avoir un jour dû écrire en une demi-page un texte de 7 ou 8 feuillets, un exercice de haute voltige mais tellement passionnant.

Avec le thème “Toucher le noir” j’ai aussitôt vu un piano et des touches. Chez moi tout part d’une image immédiate, ensuite j’ai beau faire, elle reste là, comme une évidence…

Écrire un roman, c’est ouvrir toutes les vannes de l’imaginaire en même temps. Des fois, on a l’impression d’une canalisation d’idées qui explose et en projette dans tous les coins. Construire une histoire, c’est maîtriser ces joyeuses projections bordéliques pour ne pas en foutre partout, et parvenir à la fin à les regrouper dans un contenant qui se tient.

Écrire une nouvelle, c’est gérer une seule projection. Ça ne veut pas dire qu’on en fout moins partout, ça veut juste dire qu’on s’éparpille moins pendant le processus de plomberie littéraire. Le challenge c’est qu’il y a certes moins d’éclaboussures, mais le contenant, lui, est plus petit. Ça reste donc un numéro d’équilibriste de la tuyauterie pour que le lecteur ait son pesant d’émotions sans avoir l’impression de s’être juste pris un dégât des eaux sur le coin de la tronche.

En résumé, écrire, ça reste de la plomberie, qu’importe la grosseur du tuyau.

Pour ce qui est du thème, quand Yvan m’a parlé de Toucher le noir, j’ai tout de suite pensé à cette idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps d’aborder le tatouage (support organique s’il en est) dans le marché de l’art et de construire un parallèle entre la spéculation autour d’une œuvre d’art et la chasse. Une fois l’idée trouvée, j’ai sorti ma clef à molette, ma serpillère, et j’ai ouvert la vanne.

Peu habitué à la nouvelle, j’ai pris énormément de plaisir à m’essayer à ce genre, sur un thème imposé qui s’est plus révélé être une source d’inspiration qu’un frein.

Pour écrire mon texte, je voulais à tout prix m’éloigner de mon univers en proposant une histoire tragi-comique sous une forme originale, puisqu’il s’agit d’un récit à rebours, qui part d’un drame pour remonter à son origine. De quoi, je l’espère, surprendre les lecteurs !

Sans cette invitation à toucher le noir, je pense que je n’aurais jamais écrit de nouvelle. En fait, je dois avouer que le format ne m’intéressait pas. Non pas en tant que lecteur car Dino Buzzati ( et d’autres) dont les histoires aussi courtes que sidérantes m’ont accompagné jusqu’à aujourd’hui, depuis mon adolescence, et j’y ai même je crois trouvé l’écho ou la clef d’une certaine compréhension, vision du monde, un désenchantement mélancolique et cruel, ce fameux « écroulement de la baliverne ». Par contre en tant qu’auteur, je ne voyais pas l’intérêt de ce format court. Grace soit rendue à Yvan Fauth de m’avoir fait changé d’avis ! Car ce que je prenais pour un carcan (peu de mots pour une histoire, pas d’espace pour déployer les idées et personnages), s’est révélé une liberté. En fait, c’est l’absence d’attente de ma part vis-à-vis de la nouvelle qui m’a libéré. Je l’ai donc abordé ainsi, sans rien attendre, sans rien espérer, juste mot après mot, phrase après phrase, suivre l’histoire où elle me mènerait. J’ai essayé d’écrire comme si je lisais. Je n’ai pas tenté de faire de plans, de prévoir quoi que ce soit, pas de chute, ni essayé d’installer une ambiance vite, je me disais juste que tout était possible. Quitte à changer de direction en plein milieu. Partir nulle part.

Concernant le thème, toucher le noir, je n’ai pas essayé de décrire l’acte de toucher, les sensations, etc, mais davantage prendre au premier degrés, si je puis dire, sa dimension métaphorique ( une de ses dimensions métaphoriques du moins) : toucher le mal. Avec la volonté que tout soit moralement compliqué, très compliqué. Et abandonner le lecteur face à cette complexité. L’abandonner en plein nulle part, à l’image de la fin.

Et si le noir absolu, les ténèbres primordiales, pouvaient avoir une substance, un caractère physique, voire une source ?

C’est ainsi que j’ai pensé ce thème et que j’ai touché le noir. Naturellement, quand il fait noir, les apparences sont trompeuses.

No Smoking est l’un de mes premiers textes, écrits en 2004. Je venais de découvrir Le Limier de Mankiewicz, où Laurence Olivier et Michael Caine se livrent à une joute verbale passionnante.

A l’époque, je me suis donc lancé dans cette nouvelle, retravaillée environ tous les deux ans. Il y a eu une vingtaine de versions, certaines plus abouties que d’autres, mais la thématique du pétrole me semblait toujours survolée. Et puis, un jour, Yvan me relance sur le recueil et ça a été le déclic : je suis passé du « Noir » à l’ « Or noir », et la tonalité du récit s’est aussitôt imposée. J’ai repris entièrement la nouvelle et cette énième version a été la dernière, à la fois dans le thème et hors du thème : je voulais que les lecteurs soient aussi déstabilisés que mes personnages.



Catégories :Littérature

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5 réponses

  1. Ces quelques mots créent une belle impatience…touchée!

  2. Ils ont tous apprécié l’exercice, on dirait !

  3. J’ai beaucoup lu de bons avis au sujet de ce recueil de nouvelles… je verrai un jour du coup ! 😉

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