Interview – 1 livre en 5 questions : Solitudes – Niko Tackian

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

NIKO TACKIAN

Titre : Solitudes

Editeur : Calmann-Lévy

Sortie : 06 janvier 2021

Lien vers ma chronique

Tu nous reviens avec un one shot, tu aimes décidément varier les plaisirs…

Oui, d’autant plus qu’après avoir mené les aventures de Tomar Khan sur trois romans, j’avais particulièrement besoin d’oxygène. En fait quand tu passes une bonne partie de ta vie avec des personnages et des histoires dans la tête, décider d’écrire un one shot c’est comme prendre un billet d’avion pour une destination inconnue. Il n’y a aucune contrainte et tu ne sais pas ce qui t’attend au bout du chemin.

Cette histoire se déroule dans des immensités enneigées, au grand air, alors qu’elle a été écrite durant le confinement…

Cette histoire est, pour moi, une immense bouffée d’oxygène pour celui qui la découvre. Et il y a une double raison. D’abord j’ai eu la chance de pouvoir m’échapper sur les hauts plateaux du Vercors juste avant le confinement. J’y ai découvert la sérénité d’un monde sans présence humaine. Un monde préservé dont la rudesse du climat ne fait qu’amplifier la beauté. Un monde meurtri également par son histoire dont les cicatrices sont encore là. Avec mon camarade Erik Lhomme nous avons arpenté cette terre de neige aux brumes opaques. Nous avons dormi dans ces refuges glacés dont les poêles ne fournissent presque plus de chaleur. J’ai ressenti ce que les mots isolement et solitude pouvait réellement signifier et toute la beauté et la force qu’ils pouvaient transmettre.

L’autre raison c’est que j’ai écrit ce roman pendant le premier confinement. Je me retrouvais donc avec mes enfants et ma compagne dans un tout petit appartement, privé d’espace, à craindre cet oxygène urbain qui pouvait potentiellement transmettre le virus. Alors l’écriture du roman s’est transformée en un acte de survie qui m’a, je l’espère, permis d’aller beaucoup plus loin et de communiquer mes émotions comme jamais.

L’ambiance est tout autre que ton roman qui se passait déjà en montagne, « Avalanche hôtel »…

Oui. Avalanche Hôtel était un roman beaucoup plus psychologique. Les neiges et le froid des alpages suisse reflétaient la froideur de l’absence de mémoire de son personnage principal. Ici c’est un voyage de chair et de sang, un voyage physique qui vous transportera sur place aussi précisément que si vous y étiez allé. Je me suis d’ailleurs vraiment attaché à faire évoluer mon style, justement au niveau des descriptions. Après il se trouve qu’avec la série Alex Hugo, je passe la plupart de mon temps mental à la montagne, c’est un univers que j’aime particulièrement. Je pense que pour nous, européen, il symbolise la nature vierge et encore un peu sauvage, donc l’aventure. Particulièrement dans le Vercors d’ailleurs où la réserve des hauts-plateaux est le plus grand espace sauvage de France.

Ce qui marque particulièrement, ce sont tes personnages vraiment atypiques…

Solitudes est pour moi une étape dans mon écriture. Jusque-là, je m’intéressais surtout à l’histoire et aux personnages principaux. Avec ce roman j’ai décidé d’incarner tous les personnages. Et lorsqu’on a pour cadre un endroit aussi hors du commun que le Vercors, on ne peut que croiser des personnages hors du commun. C’est le cas dans la réalité. Il est des lieux tellement rudes qu’ils vous forgent et on n’y reste jamais par hasard.

Dans Solitudes, vous croiserez Chef Réda, le vieux Jacques et son apprenti, mais aussi bien évidemment Elie et Nina… ils ont tous quelque chose de fascinant de par leur vision du monde et la manière dont il le traverse. D’une certaine manière ils véhiculent aussi un certain nombre d’interrogations métaphysiques. En tout cas j’aimerai que leur sensibilité au monde et à la nature puisse parler aux lecteurs.

Tu as décidément l’art de décrire des passages pour qu’ils s’animent véritablement devant nos yeux, durant certaines scènes fortes…

On me le dit souvent 🙂 ! Je pense que cela vient du fait que j’ai principalement une culture visuelle. Tu sais, je ne me suis jamais considéré comme un littéraire et encore moins comme un intellectuel. Je le suis de fait, étant donné que j’écris des livres et que je passe le plus clair de mon temps à exploiter des mécanismes cérébraux pour y puiser mes idées. Mais en réalité, je suis resté ce gamin dyslexique qui a eu 3/20 au bac Français et auquel on a toujours dit qu’il était un peu neuneu. Donc moi je n’ai aucune prétention littéraire, on ne m’a pas armé pour ça. Par contre je veux parler à l’être humain, je veux parler à la sensibilité des gens. Leur joie, leurs angoisses, leurs peurs, leurs espoirs. Je revendique le fait d’être un romancier populaire dans le pays où certains considère cela comme une insulte. Tout ce qui m’intéresse c’est que mes histoires plaisent et touchent mes lecteurs. Et j’espère que ce sera le cas avec Solitudes.

Crédit photo : Bruno Lévy



Catégories :Interviews littéraires

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11 réponses

  1. Ce sera ma prochaine lecture ! Faut avouer que ce mec plutôt effrayant d’un premier abord a une sacrée sensibilité, j’ai donc hâte de me plonger dans ses lignes ! Merci pour ce bel échange !

  2. Superbe Interview ! Évidemment Solitudes sera mon prochain . Bon on apprend sa dyslexie mais je reste persuadée qu’il y a d’autres blessures pour cet écorché qui sait si bien parler de sensibilité ! Merci bcp .

  3. Je n’ai jamais lu cet auteur mais je crois que je vais commencer avec Solitudes . Vraiment très envie de découvrir son univers de polar
    Merci pour cet entretien

  4. Je suis fan de cet auteur depuis le premier livre. C’est un tout doux sous les airs qu’il se donne. Il est sur ma whislit. Merci Yvan et Niko pour ce bel échange. 🙏😘

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  1. Solitudes - Niko Tackian - EmOtionS - Blog littéraire

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