Une chance sur un milliard – Gilles Legardinier

Gilles Legardinier a dix ans. Je parle de l’écrivain, l’homme a quelques kilomètres de plus au compteur. En même temps, il a prouvé durant ces années qu’il pouvait avoir à la fois dix ans d’âge mental et l’esprit d’un vieux sage. Ce mélange d’espièglerie et de pensées plus profondes, parfois dans la même phrase, est sa marque de fabrique.

Mais l’auteur n’est pas une industrie, il reste homme, au plus près des gens et des ressentis. Il est lui-même, unique, humain, sincère et sans calcul.

Il s’est construit seul dans ce milieu littéraire, toujours au plus près des lecteurs, un peu en avance sur son temps. Parce qu’il connaît les gens, s’y intéresse. Avec une capacité d’empathie hors norme, du genre qui aurait pu devenir une malédiction, mais qu’il a décidé de transformer en bénédiction.

Se construire

Se construire à travers les autres, pour eux et au final pour soi (mais toujours dans cet ordre-là).

Il a toujours tout contrôlé, tout maîtrisé, n’a jamais rien laissé se faire par accident en ce qui concerne ses romans. Un paradoxe, alors qu’il vit justement à travers le hasard des rencontres et des circonstances. Pour preuve, dans cette grande maison qu’est Flammarion, il est toujours aux manettes jusque dans les moindres détails. C’est encore lui qui décide du concept même jusqu’à la couverture.

Et ce livre dans tout ça ? Il est à l’image de l’homme, bien sûr, tout comme à celle de l’écrivain. Il est également particulièrement en phase avec cette décennie passée, et cet anniversaire.

Bilan

C’est l’histoire d’un mec. Qui comprend qu’il va falloir se presser, qui va apprendre brutalement ce qu’est réellement sa vie (et ce qu’il veut en faire). Une mauvaise blague que Legardinier va raconter à sa manière et la transformer en un conte du quotidien qui n’a rien de banal.

Ses personnages pourraient être des personnes que vous côtoyez au quotidien, crédibles. L’extraordinaire survient de l’ordinaire, d’une seule et unique façon : quand on veut le créer soi-même.

Cette histoire était celle qu’il lui fallait raconter pour marquer ces dix ans. Ce n’est sans doute pas anodin de suivre un protagoniste qui se voit contraint à de faire un bilan de sa vie, alors qu’il est dans la fleur de l’âge.

Un gros chapitre qui se tourne, après tant de pages déjà. Le genre de chapitre qui dans un thriller serait l’énorme retournement de situation. Sauf qu’ici, c’est la vraie vie qui parle au personnage, avec ce qu’elle peut apporter de douloureux. Le reste est histoire de perception, de volonté, de manière de concevoir les choses et les autres.

Emotions

Oui, ce récit est comme un bilan, où l’on retrouve tout ce qui a fait la patte Legardinier, ce qui se trouvait éparpillé dans ses différents livres, et qui ont toujours fait le lien entre eux (et avec les lecteurs).

L’idée de l’histoire n’a rien de nouvelle en soi, sauf que l’auteur se l’approprie à sa manière, avec ses valeurs, sa vision. Entre rire, émotions, tendresse et réflexions. Touchant au cœur (et vous en avez un, sinon vous ne seriez pas en train de vous intéresser à ce livre).

Tout autant désopilant que donnant l’envie de prendre du recul sur soi. Avec l’écrivain, impossible de savoir quelle émotion surgira de chacune de ses phrases. Recette habituelle, mais dont on ne se lasse pas, tant le cuistot maîtrise ses ingrédients, et sait y mettre une touche de magie et d’humanité qui donne une saveur authentique.

Il fait nuit, un peu froid

La vie n’est pas un jeu, donc autant en jouer. Elle n’a de sens que lorsqu’on lui en donne un.

Il fait nuit, un peu froid, Encore plus dans le monde stressant actuel. Gilles Legardinier nous réchauffe dans la froidure ambiante. Mais il sait garder cet air de frais qui font de ses livres un passage obligé chaque année depuis une décennie, sans qu’on ne s’en lasse.

Au contraire, il est devenu une constituante de l’oxygène de tant de lecteurs, une respiration. Il n’y avait qu’Une chance sur un milliard pour qu’un tel écrivain touche ainsi le cœur et l’âme de tant de lecteurs. C’est le miracle de la vie, qui ne se fait jamais au hasard et sans y mettre du sien.

Rendez-vous dans dix ans, disait l’autre. Mais le rencard est déjà noté dans l’agenda pour l’an prochain.

Yvan Fauth

Date de sortie : 07 octobre 2020

Éditeur : Flammarion

Genre : Fiction

4° de couverture

Je venais d’avoir onze ans lorsque j’ai pris conscience de ce qu’était le destin. C’est drôle, en repensant à cette soirée et à tout ce qui m’est arrivé d’important depuis, je me dis que dans une vie, on ne voit jamais venir les événements qui vont vraiment compter. Depuis ce jour, plus personne ne m’a pris dans ses bras. Enfin, jusqu’à la semaine dernière. C’était encore pour m’annoncer une nouvelle qui allait dynamiter mon existence. Il n’y a pas que les insectes qui se prennent des coups de pantoufle. Je ne sais pas qui les donne, mais si c’est un dieu, il chausse grand.

À travers une histoire aussi réjouissante qu’émouvante, Gilles Legardinier nous entraîne au moment où chacun doit décider de ce qui compte réellement dans sa vie. Plus de temps à perdre. Plus question de s’égarer. Se jeter sans filet. Remettre les pendules à l’heure, dire, faire, espérer. Aimer, libre comme jamais.



Catégories :Littérature

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10 réponses

  1. Moi tu m’as donnée sacrément envie !

  2. Commentaires emballant que ce soit à propos de l’auteur ou de ce livre ci.
    Probablement une de mes prochaines lectures

  3. Un de mes auteurs préférés de la décennie. Quand j’ai besoin d’une bonne respiration, de sortir de la noirceur, Legardinier est un remède quasi miraculeux (dans tous ses registres). Merci Yvan pour tes commentaires qui donnent toujours envie de découvrir tes lectures.

  4. Je viens de le terminer, la recette fonctionne toujours aussi bien en se renouvelant sans cesse. que d’émotions en quelques pages !

  5. Tu m’as mis des frissons de bon matin, Yvan. Gilou est une référence pour moi. C’est mon auteur Doudou. Rien que de regarder les couvertures de ses livres me file la banane. Merci à toi pour cette belle chronique. 🙏❤️ Je trouve que tu lui ressembles d’ailleurs avec ton empathie, ton humour, ta sensibilité, et ton altruisme.

  6. Tu titilles ma curiosité !

  7. Très belle chronique !!!
    Tu donnes envie…

  8. Une chance sur un milliard de quoi ? De se faire mordre par une chauve-souris enragée ? Ou un Gilles Legardinier enragé ? 😆

    Je note, je note 🙂

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