Le don de Skullars Newton – Jean-François Chabas

Que j’aime ces livres inclassables, de grandes aventures humaines qui font preuve d’imagination, proposent plusieurs niveaux de lecture, avec des personnages et des scènes marquantes, noires et lumineuses. Le don de Skullars Newton est tout cela, et plus encore.

Fantastique, dans tous les sens

Jean-François Chabas propose un livre fantastique, dans toutes les définitions du terme. Son idée qui sert de trame est étonnante : Skullars Newton, qui a maintenant dépassé la cinquantaine, sait depuis son plus jeune âge lire les corps. Imaginez quelqu’un qui puisse vous scanner, voir vos maladies, les réactions internes de vos organes selon ce que vous ressentez, les fluides qui passent…

Intégrez ce concept étonnant, mais ne vous focalisez pas dessus pour autant. Le roman n’est en rien un livre sur un super héros. C’est avant tout l’histoire de plusieurs personnages qui sont irrémédiablement liés et qui se cherchent.

D’ailleurs, Skullars ne cherche pas (plus) à utiliser son don extraordinaire, qui s’apparente souvent à une malédiction et qui le pousse à fuir ses congénères.

Une fuite en avant qui poussent certaines personnes proches à lui courir après, à travers le monde. Pour des raisons qui s’apparentent aux deux sentiments les plus forts et les plus élémentaires, l’amour et la haine.

Caractères marqués

Le récit est une alternance de scènes souvent stupéfiantes (sans mauvais jeu de mots, puisqu’il met en scènes des Rastafari de Jamaïque, dont un trafiquant de drogues). Des passages que vous lisez avec les yeux grands ouverts d’étonnement. Jean-François Chabas a une formidable écriture à la fois soignée et très visuelle.

Chabas a écrit principalement pour la jeunesse (plus de 90 titres ayant obtenu de prestigieux prix). Il prouve avec brio aux esprits chagrins qu’un auteur qui publie habituellement pour les plus jeunes n’est pas un sous-écrivain, bien au contraire !

Le piment principal reste l’aspect humain. Trois (ou plutôt quatre) caractères particulièrement marqués. Les trois personnages adultes sont aussi élaborés que différents. Skullars pourrait être le soleil, Sissi pourrait être la lune, Jay-Jay serait les ténèbres. Leur rencontre ne pouvait faire que des étincelles. Voilà des protagonistes qui font partie des plus beaux et plus intéressants que j’ai pu découvrir ces dernières années. Le chaos qui côtoie la sérénité.

Métaphore

C’est vraiment une grande aventure qui est proposée, à travers ces personnages, à travers une partie du monde (grand écart entre la Jamaïque et l’Autriche). Car c’est également un livre de voyage(s), terrestre et intérieur. L’auteur est lui-même un grand voyageur, Français, mais citoyen du monde. Sans le connaître, on sent empathiquement que ce livre lui ressemble à bien des niveaux.

Et ce don alors ? Il met du merveilleux dans l’histoire, mais il est surtout à voir comme une métaphore. À lire les corps, Skullars arrive à lire les âmes. Et sans cette barrière physique, il n’est plus possible de se cacher. Une capacité contre la duplicité. On est nu face à Skullars, on est vrai. Ça en décuple les émotions de lecture. Et de l’émotion il y en a beaucoup. Le roman est noir, parfois dur et violent. Mais aussi tellement solaire.

Même s’il est différent, ce roman m’a fait parfois penser à un autre livre du même éditeur, paru l’an dernier, l’extraordinaire San Perdido de David Zukerman. Des idées fortes au service de l’imagination, de l’exotisme, des personnages aux caractères saillants, des scènes épatantes qui s’accumulent au sein d’une vraie aventure humaine.

Le don de Skullars Newton est un livre rare, atypique, jusqu’à sa fin qui suit un chemin que peu d’écrivains auraient suivi. Jean-François Chabas propose un trésor d’humanité et d’imagination, à travers un récit dur et lumineux. Formidable et mémorable.

Yvan Fauth

Date de sortie : 15 janvier 2020

Éditeur : Calmann-Lévy

Genre : Fiction métaphoriquement ludique

4° de couverture

Skullars Newton, rastafari du quartier misérable de Tivoli Gardens, en Jamaïque, est né avec un don extraordinaire : il peut lire les corps, décrypter les rouages des organismes vivants d’un simple regard. Mais ce don est aussi sa malédiction, car certains n’apprécient pas de voir leur intimité et leurs faiblesses ainsi exposées. Et seraient prêt à tuer pour s’assurer de son silence.
Obligé de quitter son pays, Skullars parcourt le monde, recherchant la solitude des étendues désertiques et des montagnes. Mais son passé le suit à la trace. Depuis des années, il est en effet poursuivi par les hommes de main de Jay-Jay « Fyah » Hearts, son ami d’enfance devenu parrain de Kingston. Rongé par la violence et la rancœur, celui-ci s’est juré de faire disparaître son ancien ami, unique témoin  de ce qu’il porte au plus profond de lui. Une autre présence s’attache également à chacun des pas de Skullars, Sissi – la sœur de Jay-Jay –, prostituée hiératique et mystérieuse, amoureuse de lui depuis toujours.



Catégories :Littérature

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9 réponses

  1. Je l’ai croisé, j’ai passé mon chemin après avoir marqué une hésitation… du coup je vais sans doute devoir faire machine arrière.

  2. Mais que ta chronique me donne envie de le découvrir ! Je le note , le sujet n’est pas commun. Merci Yvan 🙂

  3. San Perdido m’avait aussi fait un signe 😉. Me voilà convaincue et hop dans la liste. Quant au don de Skullers Newton…. j’ai aussi été convaincue par ta chronique énergique. Bonne journée et merci.pour ton avis. 😊

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