L'Institut – Stephen King

J’ai pu prendre contact avec moi-même, celui vivant dans les années 80, adolescent alors. Nous avons eu une discussion animée. Ceci en est la retranscription. Si vous voulez savoir comment un tel prodige a pu se produire, demandez les explications à Stephen King, c’est lui le spécialiste en paranormal, pas moi.

– Salut à moi, jeune moi. J’avais besoin de te parler, toi le jeune de 20 ans. Ne t’effraye pas, je suis ton toi de l’année 2020, à plus de trente ans dans ton futur. Je voulais te parler de notre mentor Stephen King.

– Pourquoi je devrais m’effrayer ? Tu es moi, ça me fait pas peur !

– A mon époque, lointaine pour toi, Stephen King vient de sortir son nouveau roman : « L’Institut ».

– Sérieux ? Il écrit encore, alors ? T’imagines pas comme ça me fait plaisir ! Je viens juste de dévorer « Ça », c’est le chef d’œuvre absolu de la littérature ! « L’Institut », tu dis ? J’aime bien le titre, il fait immédiatement marcher mon imagination.

– Oui, oui, il écrit toujours ! Et il est toujours en forme avec ses 72 ans. Il écrit un à deux livres par an, tu sais. Même qu’il a écrit encore mieux que « Ça » en 2011 (c’est ton propre avis, venu du futur). Une histoire en lien avec le meurtre de Kennedy.

– Mieux que « Ça » ? C’est impossible, ahahah ! Je te crois pas (mais j’ai envie de te croire !).

– Bon, c’est pas la question ! Je venais te parler de son nouveau livre. Une histoire avec des enfants et des jeunes ados, avec des pouvoirs psychiques qui…

– Attends, attends, stop ! T’es en train de me dire que le King des années 2000 et quelques, il raconte toujours les mêmes histoires ? Les ados et les pouvoirs psychiques il écrit dessus depuis le tout début ! T’es vieux maintenant, mais tu te souviens quand même de « Carrie » ou « Charlie », non ? Et « Ça », t’as quand même pas oublié ??

– Tu m’as pas laissé finir ma phrase ! Évidemment que je me souviens du clown, évidemment que je me souviens que je ne suis (tu n’es pas) sorti de ma (ta) chambre avant d’avoir fini ce pavé. Je suis pas encore sénile. Oui, c’est vrai, dit comme ça, on pourrait croire que cette histoire sent le réchauffé. Mais en fait, pas du tout. Tu veux que je te dise ? Ce bouquin est la parfaite fusion du vieux et du jeune King (ou le contraire).

– Hein ? Je comprends rien à ce que tu me racontes…

– Je t’explique : avec le temps et l’âge, le Maître est resté fidèle à lui-même, mais il s’ancre de plus en plus dans la réalité. Tu vois, cette histoire-là rappelle ses premiers amours mais enraciné dans l’atmosphère de mon époque. Je sais, tu vas me dire que si je parle de complot, de conspiration, de tests gouvernementaux secrets (ou non), ça existait déjà à ton époque…

– Ben, ouais, la guerre froide, les tests de la CIA sur les effets du LSD à haute dose, on connaît depuis longtemps !

– Oui, c’est vrai, sauf qu’à mon époque, je peux t’assurer que les choses ont un peu évolué. Les gens croient toujours autant aux complots, peut-être même encore plus. Ça va être compliqué pour toi de l’imaginer, mais l’information circule maintenant tellement facilement et directement que tout devient source de psychose et tout est remis en question. Bon, c’est pas trop la question, mais c’est pour te dire que cette histoire parle peut-être d’ados et de leurs pouvoirs paranormaux, mais elle parle aussi de manipulation de masse à une époque où on ne croit plus en rien et où on croit en tout. Et, crois-moi sur parole (tu n’as pas le choix), « L’Institut » est pour moi l’un de ses meilleurs livres des 10 dernières années. Et c’est pas une surprise que ce soit avec des ingrédients qu’il maîtrise à la perfection. Sauf que c’est pas juste au sujet de nos peurs primaires sur la coup, mais aussi celles de l’Humanité toute entière. Dans cette histoire, il y a ce qu’il sait faire le mieux…

– Laisse-moi deviner ! Des personnages auxquels tu t’attaches au bout d’une page, qui sonnent vrai à te demander si le King n’est pas dans leurs têtes. Des émotions à gogo, pas seulement noires, mais aussi belles et émouvantes, de celles qui te font piquer les yeux. Des dialogues incroyables. Un scénario de dingue. Des directions surprenantes. Et un pur divertissement doublé de réflexions. Et l’amitié !

– C’est bien, mon p’tit moi, je vois que tu maîtrises déjà bien ton King illustré ! Tu as 100 % raison, en Vingt Vingt c’est pareil, avec le recul et l’œil de l’âge en prime. La fougue et l’imagination de ses vingt ans et le regard lucide et critique sur le monde du haut de ses 70 piges. A mon époque, les monstres ne sont plus des clowns solitaires, mais des clowns industrialisés… Et avec son pouvoir extrasensoriel à son sommet : son empathie. Je suis certain que tu adorerais ce livre en 1988 ! Et tu adoreras en 2020 :-). T’as raison, personne ne parle aussi bien de l’enfance que lui, même quand il parle de jeunes surdoués. Ou alors, justement parce qu’il a un don unique pour parler de la différence. Sa manière d’invoquer des émotions concrètes et des idées abstraites est toujours aussi phénoménale. Du fantastique, oui, mais aussi du fond. Avec ce bouquin, impossible de ne pas penser aux camps nazis. Impossible de ne pas penser au parcage des migrants (ça ne te parle pas, ça te parlera un jour…). Et tu causais de l’amitié, t’imagines pas combien elle est le centre de ce livre ! Et rajoute à tout ça une fin qui propose même de quoi bien réfléchir.

– Tu t’emballes quand tu en parles, j’adore ça ! Je constate que l’enthousiasme passe la barrière des années :-).

– Eh oui, t’as tout compris, « L’Institut » est une formidable réussite, une de plus. Je t’envie tellement d’avoir encore à découvrir tant de merveilleux romans de Stephen King ! Tiens, tu sais qu’il écrira un jour une suite à « Shining », 34 ans après ? Et qu’il écrira aussi du pur thriller ? (Ne t’inquiète pas, quand tu te réveilleras demain matin, tu auras oublié tout ça et t’auras l’impression d’avoir rêvé).

– Ahah, tu déconnes !? Je t’ai cru jusqu’à maintenant, mais là t’y vas un peu fort !!

Fin de retranscription.

Yvan Fauth

Date de sortie : 29 janvier 2020

Éditeur : Albin Michel

Genre : Fantastique

(Excellente) Traduction : Jean Esch

4° de couverture

Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent.

Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre presque semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques.

Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ?

Aussi angoissant que Charlie, d’une puissance d’évocation égale à Ça, L’Institut nous entraîne dans un monde totalitaire… qui ressemble étrangement au nôtre. Le nouveau chef-d’œuvre de Stephen King.



Catégories :Littérature, Livre : les incontournables

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44 réponses

  1. Génial comme présentation, j’adore ! ♥

  2. 👏 pour la présentation. Pas facile d’être d’accord avec soi- même 😉

  3. J’adore l’originalité de cette chronique. Je ne suis pas fan de ton auteur fétiche hormis 22/11/63 mais là tu me donnes envie d’y aller.

  4. Chronique très originale. J’aime beaucoup l’angle que tu as choisi sachant que Stephen King nous accompagne depuis nos 16 ans au moins 😉

  5. Génial. Tout simplement. Merci à toi, à vous. Au King. 🙏😍😘

  6. Wouah! J’adoooore cette chronique ! Je cours acheter ce King, il enrichira ma collection (je crois que je les ai presque tous , une complète étagère sur deux niveaux ! ) Merci Yvan.

  7. Merveilleuse chronique ! Merci pour cette belle idée, Yvan et Yvan (mais qui êtes-vous, messieurs ?!?)
    J’étais déjà au bord de l’achat, mais là, c’est bon, je plonge. Mercredi soir je passe à ma librairie préférée et je le prends, et je me jette dedans toutes affaires cessantes.

    Tu es fort, toi, quand même : arriver à convaincre un vieux Kingien comme moi (parce que j’ai aussi en moi un ado de quinze ans submergé par la découverte de cet immense écrivain, et qui ne s’en est jamais remis) alors que je ne devrais même pas avoir besoin d’être convaincu, fallait le faire 😉

    Cela dit, ça fait un petit moment que je ne l’ai pas lu, je l’avoue… L’Outsider m’avait donné envie, mais je n’avais pas pris le temps. Là, aucune hésitation, je fonce 🙂

    (Et je suis tellement d’accord avec toi sur 22/11/63 !!! L’un de ses chefs d’œuvre, sans hésitation !
    Et je ne parle pas de Ça, pierre angulaire de son œuvre et de mon amour pour ses livres…)

    • Ton commentaire me touche beaucoup. Si en plus on arrive à convaincre les convaincus ! ahah ;-). Oui, il faut t’y remettre, Le King des années 2000 est très en forme

  8. ah ben voilà, aucun risque que je ne le lise pas celui ci maintenant 😉 entre toi et toi, vous vous accordez bien sur le génie de cet auteur qui n’arrête pas de nous offrir de belles lectures ! Merci pour ce bel enthousiasme Yvan !

  9. génial, j’ai adoré ta chronique! donc ce livre va rejoindre ma PAL 🙂

  10. Comme c’est chouette de faire la connaissance de Yvan en 1988!!! Alors là tu m’as scotchée! Bravo!

  11. Toi… et toi… êtes très convainquant 😁 !

  12. En stock depuis quelques jours, c’est le prochain sur ma liste.
    Le King et moi c’est une longue histoire qui n’a connu presque aucun accroc (Sleeping Beauties est l’exception qui confirme la règle)

  13. Merci à toi et mini-toi pour cet échange qui me confirme mon envie de lire ce livre!

  14. C’est une bonne idée de retourner en arrière pour aller parler à soi plus jeune! Stephen King semble continuer dans le genre angoissant, sûrement que je lirai un jour ce nouveau lvre!

  15. Il est arrivé dans mon petit monde! Évidemment ;).
    Bien sûr, tu le sais, je vais te dire que j’adore ta chronique! Découvrir le jeune Yvan, le King jeune, ça a quelque chose de magique! Merci pour ce super moment!
    Bref, je vais le lire tout bientôt…
    Si je m’amusais à compter, je dirais que ça fait 25 ans que je lis du King…Il a vraiment tout d’un roi cet auteur!

  16. Excellent, j’adore ! Je me suis marrée de t’imaginer devant ton toi avec 30 ans de moins et glabre, sans doute.

    Ok, c’est du trèèèès lourd, alors, le dernier King, va ta chronique de malade.. Moi, vu que j’ai lu ÇA il n’y a même pas 5 ans, il y a peu de différences entre moi en 2020 et moi en 2015… 😆

    « on ne croit plus en rien et où on croit en tout » : putain, Yvan, tu as mis des mots sur un ressenti que je n’arrivais pas à exprimer. On devrait demander à Dutronc de chanter cette phrase sur l’air de « on nous cache tout, on nous dit rien ».

    Les gens confondent tout mais donnent leurs avis en dépit du bon sens, preuve qu’ils sont incultes, ignares et que leurs impressions sont fausses, faussées ou dites pour provoquer, faire le buzz. Mais ils y croient à leurs conneries.

    Le King est toujours dans mon salon, il attend sagement de passer à la casserole 😉

    • Merci, ton avis compte beaucoup pour moi quand je fais le zouave (et autre ment aussi) ;-).
      Oui, je suis content de ma phrase qui résume bien la situation…

      • J’adore quand tu fais le zouave ! Je me marre et c’est bon pour la santé.

        Je ris moins lorsque tu es sérieux, mais si tu étais zouave tout le temps, je serais perdue, il me faut des gens sérieux pour me contenir 😛

        Elle est super ! Tu as tout compris !

  17. Merci « aux deux temporalités d’Yvan »😉 pour cette chronique qui me confirme qu’il faut que je lise absolument le dernier Stephen King !

  18. J’adore le concept 🙂 très chouette chronique !!

  19. Ben merde alors…voilà mon quinqua de pote qui régresse et me fait une crise de jeunisme…
    Manquerait plus que tu te mettes à rouler en décapotable, une Rolex au poignet et les cheveux aux vents !
    Plus sérieusement… j’en suis à la moitié et je plussoie ton avis mon ami.
    Du grand King comme naguère.

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