1 livre et 5 questions pour permettre à son auteur de présenter son œuvre
5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger
MO MALO
Titre : L’Inuite
Editeur : La Martinière
Sortie : 05 avril 2024
Comment t’est venue l’envie de traiter cette affaire terrible, ce scandale ?
Pour ceux qui s’intéressent un peu de près à l’histoire des relations dano-groenlandaises, cette affaire est hélas connue. On retrouve d’ailleurs l’équivalent dans d’autres territoires de peuples autochtones colonisés par de grandes puissances : au Canada, en Australie, etc. Je savais donc de longue date que j’y viendrais un jour. Restait à déterminer sous quelle forme, et avec quels personnages centraux pour incarner les enjeux très divers de ce dossier (politiques, éducatifs, judiciaires, et tout simplement humains).
Par ailleurs, le fait que je sois l’un des premiers romanciers à m’y attacher, moi auteur français, illustre assez bien le désintérêt général des Danois pour tout ce qui touche à l’histoire du Groenland, et l’attitude de « surplomb colonial » qui prédomine au Danemark vis-à-vis de ce territoire autonome. Quant aux Groenlandais, leur culture est avant tout orale, peu d’auteurs du cru émergent, et ce faisant leur capacité à faire entendre leur voix sur des sujets aussi sensibles demeure limitée. J’ai donc eu à cœur de mettre ma plume à leur service, comme une sorte de porte-voix.
» ce sujet me semblait assez important pour ne pas le traiter comme « un épisode de plus » dans la saga Qaanaaq Adriensen. Il méritait des personnages ad hoc, vraiment construits sur mesure pour lui «
À part quelques clins d’œil, c’est une histoire indépendante de tes précédents romans groenlandais…
Oui, ce sujet me semblait assez important pour ne pas le traiter comme « un épisode de plus » dans la saga Qaanaaq Adriensen. Il méritait des personnages ad hoc, vraiment construits sur mesure pour lui. Il me fallait en particulier une figure féminine plus étoffée que les personnages féminins des quatre tomes de ma série Qaanaaq. D’où aussi le titre, avec cette faute grammaticale assumée (inuit est en principe un mot pluriel invariable, sans notion de genre), et un visuel « humain » là où les animaux dominaient largement dans les couvertures précédentes.
Pour l’anecdote, la photo originale est le portrait d’une véritable femme inuit, portraiturée par le grande photographe finlandaise Tina Itkonen, spécialiste du Groenland. Mais par ailleurs, j’ai trouvé malgré tout amusant d’adresser en effet quelques clins d’œil aux lecteurs qui connaissent déjà mon univers.
Cette histoire est une véritable immersion dans la culture du pays, pleine de découvertes fascinantes, dont l’Ateq par exemple…
Oui, à une époque où les notions d’identité et de genre sont au cœur de bien des débats, il est passionnant de voir comment, par tradition, certains peuples autochtones jonglent depuis des millénaires avec elles, souvent avec une fluidité que les sociétés occidentales ignorent encore. Ce concept d’ateq, en particulier, est au cœur de cette problématique. Mais je n’en dirai pas plus, pour ne pas déflorer les diverses révélations de mon intrigue… Tout ce que je peux dire, c’est que moi aussi, en tant qu’auteur, j’ai joué le jeu de cette fluidité, comme le découvriront les curieux qui poussent leur lecture jusqu’au terme du livre, annexes comprises.
» Faire en sorte que les articulations dramatiques ne soient pas juste là pour entretenir le suspense et dynamiser la lecture, mais qu’elles soient vraiment directement liées aux enjeux du territoire et de ses occupants «
Les rebondissements de ton enquête policière ne sortent pas de nulle part, ils sont toujours liés aux caractéristiques de ce territoire et de sa population…
Je prends ta question comme un compliment, car c’est ce que je m’efforce à faire. Faire en sorte que les articulations dramatiques ne soient pas juste là pour entretenir le suspense et dynamiser la lecture, mais qu’elles soient vraiment directement liées aux enjeux du territoire et de ses occupants. Je pense que c’est le minimum que je leur dois : ne pas prendre leur pays comme un vulgaire décor, mais bien comme une entité narrative à part entière. Une fois de plus, c’est pour cela que de nouveaux personnages m’étaient nécessaires, en particulier « Panik », cette sage-femme itinérante qui se trouve au cœur des investigations policières et des secrets liant les deux pays.
Avec ce récit foisonnant et fort en émotions, il y aurait de quoi faire une formidable adaptation à l’écran…
Comme tout auteur, j’en rêve bien entendu. Mais j’ai aussi pleinement conscience de la difficulté que cela implique. Tourner sur place, au Groenland, est à la fois compliqué et très coûteux. Ce qui signifie qu’un tel projet ne pourrait se faire que dans le cadre d’une coproduction internationale, ce qui n’est jamais facile à monter. Les romans de ma série Qaanaaq ont déjà fait l’objet d’une option de la part d’un producteur, mais sans que celui-ci ne parvienne, à ce jour, à engager assez de partenaires étrangers pour mener le projet à son terme. Mais qui sait, ce sera peut-être l’ultime revanche des 22 enfants de l’Expérience, que d’obtenir in fine réparation sur grand (ou petit) écran…
Crédit photo : Alexandre Isard
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Catégories :Interviews littéraires

Chouette, on repart au Groenland 😊
bon voyage 😉
Merci à vous deux pour ce bel échange 🙏 😘 Et à l’auteur de se faire le porte voix de ce que l’on passe sous silence
Quel beau porte voix, quel auteur passionnant
❤️
Merci pour cet entretien… J’aime ces rendez-vous que tu nous proposes. Cela permet d’aller au fond des choses. Et merci à Mo Malo de se faire le porte-parole des Inuit (j’ai bien compris la leçon, je ne mets pas au pluriel ! 😉 )
C’est toujours passionnant d’échanger avec de telles personnes, quelle richesse !
Merci Messieurs pour ce bel entretien
C’est toujours passionnant avec Mo Malo !
c’est vrai, suis-je bête ! 😉