Tout est sous contrôle, nous murmure Christopher Bouix. Une idée à ne pas discuter trop ouvertement, dans ce futur tout est écouté et scruté…
L’auteur pousse les curseurs plus loin, plus fort. Un avenir pas si éloigné, comme une suite assez logique de ce qui est en train de se mettre en place. Pousser vers certaines extrémités n’en rend pas la vision moins crédible.
Ce roman joue sur plusieurs tableaux, plusieurs ambiances, il cache aussi son jeu dans cette société où tout est devenu public. Comédie ou tragédie ? Les deux, pour un texte étonnant et vraiment jubilatoire.
Excroissance
2084, 100 ans tout juste après le 1984 de George Orwell, clin d’œil qui ne doit rien au hasard. Ce monde de demain est bien moins sombre que celui d’Orwell, du moins en apparence.
Oui, l’apparence, voilà bien le terme qui convient. Ce monde ultra-connecté est une excroissance du nôtre, où tout est partagé entre tous (et surtout avec les autorités), où les injonctions vont vers un lissage des comportements pour que tout tende vers le bonheur parfait.
Un univers policé (policier ?) où tout tourne autour d’un indice du bonheur, qu’il faut faire fructifier à chaque moment de sa journée sur les réseaux sociaux, devenus aussi omniprésents et indispensables que de respirer. Jusqu’à en étouffer.
Mélange de tons
L’idée de base n’est pas neuve, je me souviens d’un excellent épisode de la saison 3 de Black Mirror par exemple, sur une thématique proche. Dans la vie réelle, la Chine s’y est même essayée. Mais Christopher Bouix va vite faire preuve de singularité, par sa créativité et surtout par sa manière de raconter.
Croyez-moi sur parole, (personne ne met (encore) en doute mes propos), voilà un roman qui est une sacrée belle réussite ! Cynique, impertinent, visionnaire, drôle, flippant. Un mélange de tons et d’émotions qui font que ces 400 pages se dévorent.
Dans ce futur, le gouvernement contrôle effectivement tout, et les citoyens plus grand-chose. On pense à leur place, on leur dit quoi manger, quoi faire et quoi penser. La pensée conservatrice a pris le pas sur tout le reste, pour le bonheur de tous, en apparence. Ça marche pour certains, surtout en façade, mais derrière les murs ce bonheur se craquelle.
Humour grinçant
Vous vous demandez ce que l’omniprésence des réseaux sociaux et de l’image publique peut donner demain ? L’auteur vous en propose une vision sacrément bien pensée et réfléchie. Pas de concepts compliqués, place aux travaux pratiques.
Même si les sujets sont graves, la plume est mordante, maniant l’humour noir avec talent. Avec un auteur qui se place aux côtés de ce qui fait le cœur du roman : les personnages.
Une sacrée galerie, une belle ménagerie. Un couple prêt à tout pour être autorisé à faire un enfant, dont un psy qui pense davantage à lui-même qu’à ses patients. Leur conseillère totalement névrosée et écrasée par son horrible vieille mère, ou encore un vieux flic réactionnaire. Ils sont tous formidables à leurs manières, si vous aimez détester les personnages tout en étant parfois touchés par eux.
Trouvailles
La quête de parentalité du couple va les faire dépasser certaines limites, poussé par un système dévoyé. Avec un engrenage qui va se mettre en place et faire évoluer l’histoire vers le roman noir.
Je dois vraiment insister sur la narration, bourrée de trouvailles stylistiques, à l’image des passages qui concernent la névrosée de service. Les chapitres où elle tente de dominer son acrimonie intérieure sont aussi drôles que terribles. Du grand art.
Choral
Le côté choral permet à l’auteur de s’en donner à cœur joie, jouer avec les tonalités, les ambiances, les caractères. C’est bien là le sel de ce roman, au-delà de la vision épatante de ce futur.
Tout est sous contrôle, vraiment ? Il ne faut pas se fier aux apparences, dans cet avenir qui se repose entièrement sur elles. Christopher Bouix nous en dresse un portrait terrifiant, mais rendu jubilatoire par son écriture pleine d’inventivité et d’humour (noir). Une très belle réussite, à mettre entre toutes les mains !
Lien vers l’interview de Christopher Bouix au sujet de « Tout est sous contrôle »
Yvan Fauth
Sortie : 04 avril 2024
Éditeur : Au diable vauvert
Genre : fiction / anticipation
Prix : 20 €
4ème de couverture
À qui profite le bonheur ?
Bienvenue dans un monde parfait. Ici la vie heureuse s’étale quotidiennement sur le réseau HappyApp, où l’indice de bonheur individuel donne accès à ce que la société réserve aux meilleurs. Offres premiums, métier et logements hauts-de-gamme, et surtout parentalité, désormais réservée aux citoyens les plus épanouis.
Jeunes, beaux, amoureux, jusqu’où Juliette et Néo Lanhéry seront-ils prêts à aller poury accéder ?
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Catégories :Littérature

Je t’ai cru sur parole et tu avais totalement raison : ce livre est incroyable !! Quel immense plaisir de lecture ❤️
Et comment ! Merci de me croire aussi souvent 😉
Ah, alors tu me donnes envie de tenter cette lecture.
C’est décalé et bien vu, j’adore ça 😉
Une chronique jubilatoire. Merci à toi 🙏 😘
oui je jubile 😉
encore une chronique incroyable qui donne très très envie ! Merci à toi 🙂
ce livre en vaut vraiment la peine !
Alors celui-ci je le note de suite.
Merci pour la découverte mon ami !
Et tu fais bien, tu vas adorer !
Tu m’énerves avec toutes ses tentations….J’ai déjà tant de retard dans mes lectures et surtout mes retours…