Ce que tu as fait de moi – Karine Giebel

Il y a maintenant La passion selon Giebel. Une version profane déchirante, qui laisse de vraies cicatrices à l’âme. Une œuvre qui baigne dans les larmes, la violence et les excès que peut engendrer cet état affectif lorsqu’il est incontrôlable.

La passion selon Giebel…

Se plonger dans « Ce que tu as fait de moi » ne peut laisser de marbre. Le talent, l’immense talent, de l’écrivaine déclenche en cascade toutes sortes d’émotions fortes contradictoires. Ce roman est sans doute une sorte d’apogée de ce qu’a proposé Karine Giebel jusqu’à présent.

Son style est inimitable, reconnaissable entre tous dès les premières phrases. Elle arrive pourtant à se renouveler, proposer d’autres types d’histoires, d’autres genres de douleurs, avec comme point commun des émotions à vif.

S’il me fallait vraiment rapprocher ce nouveau roman d’un de ses précédents, je citerais « Juste une ombre », qui est, pour moi, une référence en matière de thriller psychologique.

Cette tension psychologique se retrouve ici, mais l’ambiance est autre, unique.

…prend aux tripes…

J’ai rarement éprouvé un tel malaise à la lecture d’une fiction, rarement senti mes tripes à tel point se nouer. Cette histoire met en scène des sentiments bouillonnants qui ne peuvent laisser de glace. L’auteure souffle le chaud, un bouillonnement qui devient de plus en plus irrépressible. Le palpitant qui s’accélère, le cœur parfois au bord des lèvres alors que tout ou presque est suggéré (l’imagination du lecteur faisant le boulot, et il y a de quoi faire).

Un éréthisme, parfois hérétique, qui doit aussi mener à la réflexion.

Les personnages de ce récit, eux, ne vivent plus que par leurs émotions et leurs douleurs. A cause de cette passion, par définition irrationnelle, poussée à son paroxysme. Karine Giebel explose les limites, ose, et plonge au plus profond de la psyché de ses protagonistes.

Certaines réactions ne peuvent que heurter, d’autres surprendre. Je suis d’une nature plutôt réfléchie, de telles extrémités déraisonnables sont pour moi une intense source de questionnements. Et c’est là bien tout l’intérêt lorsque l’on cherche à comprendre l’élastique nuancier des réactions humaines. Ce livre se lit donc avec les tripes, mais mérite aussi qu’on le décode en essayant de comprendre des réactions qui peuvent sembler inintelligibles. Exercice passionnant décuplant l’intérêt de lecture. D’ailleurs, le simple fait d’écrire cette chronique me replonge dans cette explosion d’émotions contradictoires.

avec bien plus qu’un thriller…

Ce n’est pas qu’un simple thriller, c’est une expérience humaine comme j’en ai lu peu dans le cadre d’une fiction noire.

Quand on parle de passion, il est difficile de poser des mots. Peu ont l’instinct d’une Giebel, quand elle est au sommet de son art.

Un des personnages ose parler d’amour, fou oui, mais d’amour. On peut tous avoir une définition différente de ce sentiment. Pour lui, il se décline en version égoïste, irraisonné, où la domination y prend une grande part, souvent violemment. Un état de dépendance absolue qui tourne à l’asservissement.

Le tout en 550 pages ! Plus j’avançais, plus je me demandais comment l’auteure allait pouvoir tenir la distance, sans se prendre les pieds dans le tapis, sans radoter, perdre le fil, tourner en rond. Et pourtant, même si je l’ai trouvé légèrement trop long, Karine Giebel apporte à chaque page une touche subtile supplémentaire, qui laisse profondément étonné. Une telle maîtrise narrative, domptée avec tant d’adresse, est une faculté rare. A tel point qu’il est presque impossible de poser le livre.

et une histoire à fortes émotions et à réflexion

L’écrivaine ne fait pas dans le polar. Ses personnages sont pourtant, cette fois-ci, des flics. C’est amusant de voir la manière dont elle utilise ce statut pour gérer son histoire. Ce n’est toujours pas un polar, mais une histoire universelle qui mérite d’attirer les lecteurs les plus variés, même si elle ne plaira pas à tout le monde.

Toute cette débauche de sentiments démesurés, de comportements choquants ne doit pas faire penser que Karine Giebel s’érige en juge, voulant imposer une morale, ni encore moins qu’elle ne cautionne. Ses livres, et celui-ci en particulier, sont pour moi un terreau de réflexions sur la violence des relations humaines et les comportements complexes que peut développer hommes et femmes dans leurs relations. On vit en direct viscéralement. On se questionne ensuite, une fois sorti de son état d’abasourdissement.

Quant à la fin du roman, elle est digne de la démesure émotionnelle de ce récit. Un final qui laisse sur le carreau.

« Ce que tu as fait de moi » ne laissera personne insensible. Karine Giebel a écrit une histoire passionnelle terriblement dérangeante, interpellante sur la nature humaine et psychologiquement éprouvante, dont la lecture fait ressentir une palette d’émotions folles. A mon sens, l’une de ses plus belles réussites.

Yvan Fauth

Date de sortie : 21 novembre 2019

Éditeur : Belfond

Genre : Thriller psychologique

4° de couverture

Personne n’est assez fort pour la vivre.
Personne n’est préparé à l’affronter, même si chacun la désire plus que tout.
La passion, la vraie…
Extrême.
Sans limites.
Sans règles.

On se croit solide et fort, on se croit à l’abri. On suit un chemin jalonné de repères, pavé de souvenirs et de projets. On aperçoit bien le ravin sans fond qui borde notre route, mais on pourrait jurer que jamais on n’y tombera. Pourtant, il suffit d’un seul faux pas. Et c’est l’interminable chute.
Aujourd’hui encore, je suis incapable d’expliquer ce qui est arrivé. Si seulement j’avais plongé seul…
Cette nuit, c’est le patron des Stups, le commandant Richard Ménainville, qui doit confesser son addiction et répondre de ses actes dans une salle d’interrogatoire. Que s’est-il réellement passé entre lui et son lieutenant Laëtitia Graminsky ? Comment un coup de foudre a-t-il pu déclencher une telle tragédie ?
Si nous résistons à cette passion, elle nous achèvera l’un après l’autre, sans aucune pitié.
Interrogée au même moment dans la salle voisine, Laëtitia se livre. Elle dira tout de ce qu’elle a vécu avec cet homme. Leurs versions des faits seront-elles identiques ?
Si nous ne cédons pas à cette passion, elle fera de nous des ombres gelées d’effroi et de solitude.
Si nous avons peur des flammes, nous succomberons à un hiver sans fin.

La passion selon Karine Giebel… conduit forcément à l’irréparable.



Catégories :Littérature

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12 réponses

  1. Très difficile de donner envie sans rien révéler qui gâche l’intrigue !
    De mon côté, je suis restée butée face aux actes de Richard (j’ai à mon échelle dû faire face à un Richard, heureusement pas à la même puissance !), du coup j’ai eu du mal à comprendre Laetitia mais j’ai souffert avec eux…

  2. La passion selon Sainte Karine a bien pris chez moi mais le côté contrainte a été rédhibitoire. Dans ce cas de figure je n’ai aucun pardon.

  3. Encore une superbe chronique qui déchire. Je l’ai lu ce fameux bouquin. Mais il a trop fait référence à des choses que j’ai vécues. Il m’a mise très mal à l’aise. Mais à aucun moment. Jamais. Je ne remettrai le talent de Karine en cause.

  4. J’ai sauté les derniers de Giebel, pas le temps, reportés et quand on procrastine, on ne le fait jamais… Il faudrait que je revienne à elle avec celui-ci, ou un ancien que je n’ai pas encore lu.

    Tu m’intrigues avec ta chronique. Moi aussi je me questionne souvent mais je n’ai jamais les réponses 😉

  5. Quelle chronique! Tu en parles si bien, je comprends chacune de tes argumentations. Je viens de le finir et ce livre, il m’a chamboulée, mais même, si le talent de Karine Giebel est incontestable, je n’ai pas aimé cette histoire…

  6. Je l’ai commencé et abandonné. Un tel amour avec les mots qu’utilisent l’auteur frisant pour moi la folie, j’ai crains.
    J’ai vécu l’amour-passion sans concession, heureusement pas de cette manière. Cela me rappelait une partie de mauvais souvenirs d’où l’abandon du livre. Karine Giebel dans ce livre a l’art d’intensifier, d’exacerber ce qui existe au plus profond de soi. Noir, sombre, encore plus noir, encore plus sombre. J’ai trouvé que c’était trop et ceci est totalement subjectif. J’ai lu Juste une ombre aussi. C’est au niveau intensité nettement différent. J’aime beaucoup les romans psychologiques avec ou sans intrigues policières. Plonger dans le cerveau des personnages et des méandres des pensées est si passionnant. Je puis lire, tolérer. J’ai mes propres limites de lectures. 😉 Ce n’est encore pas une critique. J’ai tellement aimé son tout premier livre. 🙂

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