Interview – 1 livre en 5 questions : Luca – Franck Thilliez

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

FRANCK THILLIEZ

Titre : Luca

Éditeur : Fleuve

Date de sortie : 02 mai 2019

Lien vers ma chronique du roman

Cette nouvelle enquête de Sharko et Hennebelle (accompagné des autres collègues) est une vraie course contre la montre…

En effet, dans le vrai sens du terme. Clairement, l’équipe de la Crim n’a que 24 heures, chrono à l’appui, pour tenter de retrouver deux individus enfermés dans des réservoirs d’eau et livrés à la vue des internautes par une caméra. Sharko et ses équipiers savent qu’ils sont face à un adversaire extrêmement intelligent et qui a préparé son coup depuis de longues années, et donc, la mission s’avère très périlleuse.

Ce qui était intéressant dans cette partie du livre pour l’auteur que je suis, c’était le rythme qu’il a fallu insuffler à l’enquête. Il n’y a pas de temps mort, les découvertes et surprises s’enchaînent. Je voulais que le lecteur souffre, étouffe, angoisse comme les personnages, qu’ils soient flics ou victimes. Ce sont là sans doute les pires 24 heures pour nos flics de la Crim’ !

Cette intrigue pointe de nombreuses dérives d’un monde qui tend à jouer de plus en plus à l’apprenti sorcier…

C’est le thème fondateur du roman. Aujourd’hui, nous sommes tous interconnectés, que ce soit par nos téléphones portables, par l’internet ou par les réseaux sociaux. Les machines nous abreuvent de données à un point tel que nous devenons incapables de trier toutes ces informations qui nous parviennent. Nous sommes tellement sur-sollicités que parfois, il devient difficile de trier le vrai du faux. Mais ce qui est pervers dans ce système, c’est que ces machines ne sont que le reflet de nous-mêmes, c’est nous qui les abreuvons, qui les renseignons, leur livrons nos préférences, nos orientations politiques, sexuelles, et parfois même nos plus intimes pensées par les moteurs de recherche. Elles nous ressemblent tant qu’elles nous sont devenues familières et finalement, l’on ne peut plus s’en passer. Elles sont comme une drogue.

Tout va très vite, aujourd’hui, on peut deviner ce que vous pensez, avant même que vous ne formuliez cette pensée ! La science avance à pas de géant dans les domaines de la génétique, l’Intelligence artificielle, l’amélioration de l’homme, la recherche d’immortalité. Pourquoi ? Parce que les surpuissants de ce monde, multimilliardaires, investissent des sommes colossales pour créer leurs propres centres de recherches, avec les plus brillants cerveaux de la planète. Dans leurs labos ultra-high-tech et secrets, ils font en un an ce que la recherche traditionnelle fait en 10 ans.

Tout va trop vite, à mon avis. Et LUCA est là pour appuyer ce propos.

Cette histoire est d’une richesse incroyable, avec un nombre étonnant de thématiques fortes, à en donner le tournis. Et tu arrives à les traiter en donnant une cohérence au tout, sans jamais te perdre…

C’est vrai, et je me demande encore aujourd’hui comment j’ai réussi à tout faire entrer dans les bonnes cases ! Le sujet n’était pas simple à traiter, ni même à définir d’ailleurs au départ. Globalement, mon sujet, c’était l’intitulé de ta deuxième question !

Je me suis posé quelques semaines, et j’ai observé un peu ce qui se passait dans le monde d’un point de vue scientifique, éthique, sociologique, en me demandant « Dans quel monde vit-on aujourd’hui ? Quels sont les grands enjeux scientifiques et économiques ? A quoi ressemblerons-nous, d’ici quelques années ? » De là se sont dégagées de grandes thématiques, comme les réseaux sociaux, l’Intelligence artificielle, le Big data, la génétique, les interconnexions hommes-machines… Je voulais parler de tout cela.

De chaque sujet, il fallait ensuite essayer de faire émerger les éléments à la fois les plus représentatifs, mais aussi, je dirais, les plus riches en terme de dramaturgie, car n’oublions pas qu’il s’agit de raconter une histoire. Puis, comme je le fais pour chaque roman, il faut imaginer l’enquête policière qui va permettre de relier tous ces thèmes entre eux, c’est là le gros du travail.

Après « Sharko » (le livre), qui mettait tes deux enquêteurs fétiches au cœur de l’intrigue, cette fois c’est l’enquête qui est davantage mise en avant. C’était une autre manière de penser et de construire l’histoire ?

Oui, c’est une façon de ne pas rentrer dans une forme de routine qu’on retrouverait d’un roman à l’autre. C’est important pour le lecteur, mais aussi pour l’auteur, qui doit continuer à se faire plaisir, à se surprendre en permanence pour aller explorer, peut-être, des territoires encore vierges dans sa façon de construire des histoires.

Ici, en effet, c’est l’enquête qui est davantage mise en avant, mais c’est aussi elle qui permet de révéler les personnages. Je n’aime pas beaucoup, en tant que lecteur, commencer à lire une enquête policière, puis subir d’un coup un décrochage de 10 pages pendant lequel le romancier fait passer toutes les infos qu’il a besoin de transmettre sur son personnage principal (enfance, traumatismes, etc…) avant de revenir au récit. C’est comme un mauvais flashback dans un film. Pour moi, tous les personnages doivent se révéler dans l’action ou leur interaction avec les autres personnages. Quand l’enquête commence, elle ne doit plus s’arrêter, c’est essentiel pour maintenir un climat oppressant. Mes personnages la subissent, la vivent, et à ce moment-là, ils se livrent aux lecteurs.

Le récit est dur, violent, et met en scène toute la folie des hommes. Ça n’empêche que tu contrebalances cette dureté par beaucoup d’émotions…

Exactement. J’ai appris cela en écrivant : on a beau raconter une belle histoire, complexe, hyper bien construite, s’il n’y a pas d’émotion, le lecteur passera à côté, il se dira « c’est un bon livre mais il manque quelque chose. » Quelque chose, oui, de l’humain ! Donc, un bon livre, c’est une partition parfaite entre l’histoire (ce que vivent/subissent les personnages), et les émotions que les héros dégagent. Il faut que le lecteur partage leurs peines, leurs joies, leurs colères. Ce qu’on appelle l’empathie. Oui, c’est ça, l’empathie, c’est ce personnage qui vous tend la main lorsque vous ouvrez le livre et qui vous invite à l’accompagner dans son monde. Si vous n’avez pas envie de le suivre, c’est mort. Par contre, s’il vous embarque dans ses aventures et que vous avez aussi mal que lui quand il se prend une balle dans l’épaule, alors c’est gagné !

Yvan Fauth

Crédit photo : Melania Avanzato



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27 réponses

  1. Demain à 15h heure américaine, je n’y suis pour personne 😉

  2. Superbe interview. Cela me donne encore plus envie de lire ce roman.

  3. Je l’ai pré commandé sur Amazon, hâte qu’il soit dans ma boite aux lettres et de le commencer !

  4. Il sera dans mes mains demain ! Et j’ai hâte, je sens que ça va encore déménager !!😍

  5. Encore une très belle conversation entre deux hommes au grand cœur…
    Hâte de retrouver Sharko.
    PS : il faudrait vraiment que tu lèves le pied Yvan, il est impossible de te suivre tant physiquement que financièrement, à moins que tu aies une baguette magique pour que l’on puisse avoir des journées de 72 heures et de payer nos ouvrages avec des billets de Monopoly sans que cela ne se voit !? 😉😁
    Ceci étant dit, je tiens à te remercier, encore une fois, pour tes présentations d’ouvrages, qui sont en elles-mêmes des petits chefs-d’œuvre, et tes conversations avec les auteurs (j’ai adoré celle avec Nicolas Lebel 😁) qui nous permettent de mieux les connaître littérairement parlant…
    Bonne journée de « non travail »!
    À bientôt Yvan 🙂

  6. Merci pour cet interwieve J ai hâte d être à demain pour enfin pouvoir me plonger dans cette nouvelle aventure de sharko et hennebelle

  7. Encore un livre qui qui attire, son auteur en parle bien!

Rétroliens

  1. Luca – Franck Thilliez – EmOtionS – Blog littéraire

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