L’amulette – Michael McDowell – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

L’amulette – Michael McDowell – Chronique littéraire : 1 lecture, 5 émotions

En bref

Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture

Date de sortie : 31 octobre 2025 (publication initiale 1979)

Genre : roman noir fantastique

Espoir

Lire L’Amulette, c’est revenir à l’origine. C’est le tout premier roman de Michael McDowell, celui où se dessinent déjà, en filigrane, les obsessions qui feront plus tard la puissance de Blackwater.

On y retrouve ce qui le constitue déjà comme écrivain, les histoires de famille, les communautés refermées sur elles-mêmes, un surnaturel poisseux noyé dans le quotidien et qui s’infiltre ici dans ne petite ville américaine des années 60.

Il y a dans ce texte quelque chose d’un peu fragile, mais prometteur. Une photographie légèrement déformée de l’Amérique de l’époque, reconnaissable malgré tout.

L’idée centrale, cette amulette maléfique, est simple, presque datée aujourd’hui, mais elle porte déjà en elle cette manière bien particulière qu’a McDowell de faire naître l’horreur du banal.

Curiosité

La curiosité est presque analytique, que contient ce premier texte des romans à venir ? La réponse est claire, beaucoup.

Familles dysfonctionnelles, femmes acariâtres, figures masculines souvent absentes, rancœurs enfouies, jalousies sociales… Le terreau est là, travaillé avec insistance.

Tout n’est pas encore maîtrisé. Le roman se montre parfois répétitif, parfois excessif. Mais L’Amulette fonctionne malgré tout, grâce à son ambiance et à ses personnages, déjà solidement campés.

On sent que l’auteur apprend, tâtonne encore, et qu’il fera des progrès spectaculaires dès son deuxième roman, Les Aiguilles d’or. Ici, il pose les fondations, d’une certaine manière.

Nostalgie

Publié en 1979, L’Amulette appartient à une autre époque d’écriture.

Une époque où l’on prenait le temps. Où 450 pages n’étaient pas un problème, mais un espace pour installer un décor, une communauté, une lente montée en tension.

Cette nostalgie est aussi celle d’une littérature qui n’obéissait pas encore au diktat de l’immédiateté, à l’image de son ami Stephen King, McDowell laisse respirer son récit, plante longuement son atmosphère, accepte les détours, avant de frapper violemment.

Aujourd’hui, ce rythme peut dérouter. Mais il participe pleinement à la densité émotionnelle du texte.

Ambivalence

McDowell n’a jamais cherché à rendre ses personnages aimables. Dans L’Amulette, ils sont pour certains) imbuvables, mesquins, rongés par leurs frustrations ou la jalousie. Mais c’est précisément ce qui rend le roman intéressant. Il n’y a pas ici de figure morale à laquelle se raccrocher, ce n’est pas sa manière de faire.

À travers ces vies de labeur, l’auteur décrit une Amérique de l’intérieur, avec son racisme latent, sa lutte des classes, l’enfermement des femmes dans leur rôle domestique.

Et pourtant, dans cette toute cette noirceur, surgissent parfois des scènes décalées, presque drôles, pour peu qu’on goûte l’humour noir. Ces respirations inattendues allègent un peu la pesanteur du quotidien.

Malaise

McDowell ne triche pas avec la violence. Elle surgit brutalement, au détour de scènes ordinaires, comme un rappel cruel de la fragilité de cette communauté.

La déviance de l’un des personnages principaux est particulièrement dérangeante, surtout dans ses répercussions sur l’entourage, sur la communauté. Rien n’est édulcoré, dans ces passages là.

Pour autant, L’Amulette reste un roman clairement ludique, presque joueur dans sa manière de multiplier les catastrophes en chaîne, jusqu’à dépasser même celle qui en est l’instigatrice.

Note personnelle

L’Amulette est à la fois une fiction historique, un récit familial et une histoire d’horreur.

Le roman a des défauts, mais il vaut le détour, surtout si l’on suit l’œuvre de Michael McDowell. Le lire après d’autres textes plus aboutis est même une excellente idée, parce qu’on mesure le chemin parcouru.

Comme toujours chez lui, ce sont des histoires de femmes fortes, admirables ou détestables, mais jamais tièdes. Sa plume est déjà prenante, très proche des personnages, même si encore en construction.

Le récit tient en haleine sur la longueur, porté par une communauté dépassée par les événements et par sa propre violence.

Enfin, impossible de ne pas saluer à nouveau le travail remarquable de Monsieur Toussaint Louverture. L’édition est somptueuse, magnifiquement illustrée par Pedro Oyarbide. Une véritable œuvre d’art.

Résumé éditeur

Alabama, 1960. Alors que Dean Howell fait ses classes avant d’être envoyé au Vietnam, un accident sur le champ de tir le laisse dans un état végétatif. Sa femme Sarah voit sa vie déjà morne devenir une agonie sans fin : après d’harassantes journées à l’usine, elle doit laver et nourrir son mari léthargique, tout en supportant son odieuse belle-mère, Jo, qui accuse la ville entière du sort de son fils. Lorsqu’elle offre une étrange amulette à l’homme qu’elle tient pour responsable, se met en branle une implacable danse macabre. Et tandis que les meurtres inexplicables et les morts accidentelles s’enchaînent à un rythme diabolique, Sarah doit faire face à l’impossible réalité : cette amulette joue peut-être un rôle central dans cette hécatombe et elle doit à tout prix mettre la main dessus. Avec ce premier roman radical et impitoyable, Michael McDowell use d’un objet maudit pour dresser un tableau captivant et sans concession d’une communauté rurale américaine, où la mort peut frapper n’importe qui, dans n’importe quelle couche de la société, faisant fi de la ségrégation, de l’âge et de la fortune. Irriguées de vengeance, de familles tordues et d’un humour terriblement noir, les pages de L’Amulette sont aussi redoutables et cinématographiques qu’une inéluctable malédiction.

Pour aller plus loin

La page de la bibliothèque McDowell sur le site de l’éditeur

Lien vers ma chronique de Blackwater

Lien vers ma chronique de Les aiguilles d’or

Lien vers ma chronique de Katie

Lien vers ma chronique de Lune froide du Babylon

Lien vers ma chronique de Calliope


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Catégories :1 lecture, 5 émotions, Littérature

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12 réponses

  1. Je compte le lire, j’avais été fascinée par les personnages et l’ambiance de Blackwater, et Katie m’avait horrifié mais séduite.

  2. Merci Yvan pour ce regard honnête et éclairé ! Ayant buté sur « Lune froide sur Babylon » (trop noir et frontal pour mes envies de lecture du moment), et ayant encore « Katie » en réserve (oui, depuis que je ne suis plus libraire, j’ai tendance à flotter assez loin du rythme de parutions des livres ;-)), je vais passer mon tour sur celui-ci, pour le moment en tout cas.

  3. C’est pratiquement ce que m’a dit ma libraire. Elle m’a prêté « lune froide sur Babylon », pour que je puisse le découvrir. Merci à toi pour le partage 🙏 🥰

  4. Ayant Blackwater dans ma PAL, je vais d’abord lire cette série.

  5. Une présentation excellente qui donne envie de découvrir cet auteur. Bon dimanche

  6. Caroline - Le murmure des âmes livres – Lectrice enthousiaste et éclectique, je lis de tout, partout et sur tout type de support.

    J’aime beaucoup justement le côté un peu lent de la mise en place du décor chez McDowell. J’ai aimé tout ce que j’ai pu lire de lui pour l’instant (Blackwater, Les aiguilles d’or, Katie et surtout Lune froide sur Babylon). Celui-ci est dans ma liste à lire, et je vais rapidement m’y plonger.

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