Mauvais cœur – Audrey Brière – Interview littéraire : 1 lecture, 5 émotions

Bannière de la chronique "1 lecture, 5 émotions - L'interview"

Mauvais cœur – Audrey Brière – Interview littéraire : 1 lecture, 5 émotions

En bref

Éditeur : Seuil

Date de sortie : 07 février 2025

Genres : polar historique

Introduction

Une manière différente de découvrir un livre, et son autrice. Où je laisse toute la place à celle qui écrit.

Voici l’interview d‘Audrey Brière au sujet de son roman « Mauvais cœur« . Elle a accepté de jouer le jeu pour une approche tout en sincérité !

Une émotion qui résume la période où le livre a été écrit

Fébrilité


Ce qui me vient à l’esprit immédiatement, c’est la fébrilité. C’est peut-être davantage un état émotionnel qu’une émotion à part entière, mais ça correspond bien à ce que je ressentais à l’époque où j’ai écrit Mauvais Cœur.

Les Malvenus, mon premier roman, a très bien fonctionné dès sa sortie, ce qui m’a rendue euphorique. J’étais tellement heureuse que mes personnages trouvent leurs lecteurs, et les retours me comblaient. Alors quand on m’a demandé d’écrire la suite d’Esther et Matthias (ce qui n’était pas prévu), je n’ai pas hésité longtemps. Et cela s’est révélé beaucoup plus complexe que ce que j’avais imaginé ; pas tant dans la création d’une nouvelle intrigue policière à proprement parler, mais bien dans la façon je devais faire évoluer la relation entre les deux protagonistes. J’ai mis du temps à trouver le ton, à les faire se retrouver, et même à comprendre ce que moi, je voulais pour eux.

Tout cela a fait que j’alternais entre la certitude que j’écrivais ce qu’il fallait, puis deux heures plus tard je remettais tout en question en étant persuadée que les lecteurs seraient forcément déçus. De vraies montagnes russes. J’étais excitée, inquiète, incapable de me poser sur mon histoire. Je trouvais un nouvel élément et je me disais « c’est bon, tu as bien avancé », alors que j’avais écrit deux lignes. Et en même temps, j’y pensais tout le temps. Bref, c’était le bazar, au moins pendant l’écriture du premier tiers du roman. Après, je me suis canalisée (heureusement !).

Trois émotions décrivant le roman

Douleur

Je crois que pour cette question, je vais rester dans les émotions « classiques ».

La première que je citerais est la douleur, celle du cœur et de l’esprit davantage que celle du corps – même si dans Mauvais Cœur, les coups pleuvent. Quand on retrouve Matthias, il souffre énormément de l’abandon d’Esther. Son absence a créé en lui un vide sidéral et ce vide le ronge de l’intérieur, comme un trou noir qui avale l’univers. J’ai l’image d’une étincelle au centre d’une feuille de papier, des bords noircis qui s’étirent dans toutes les directions, d’un vide qui s’agrandit à mesure que le feu se répand. C’est ce que ressent Matthias.

L’autre personnage qui incarne la douleur est Abel. C’est malheureusement une souffrance comme tant d’enfants en connaissent, une douleur dont on ne sait pas quoi faire et qui en engendre davantage parce qu’on a échoué à la déceler, à la soigner. Il faut que cette douleur rencontre quelqu’un, le percute. Dans Mauvais Cœur, ce quelqu’un sera Esther. Elle n’y pourra rien, mais elle survivra. Esther survivra toujours 🙂.

Espoir

Ce qui me conduit à la seconde émotion qu’est l’espoir. Déjà, parce que moi-même, j’en ai besoin. Je refuse d’écrire sans lumière, sans lueur. Je ne vais pas m’attarder ici sur les personnages, mais plutôt sur le projet du Familistère. Cette incroyable initiative, ce projet fou, cette utopie réalisée ne peut être née que de l’espoir : celui de faire mieux. D’être meilleur, d’élever un peu plus la condition des humains que nous sommes. Bien sûr, aucun chemin n’est un long fleuve tranquille. Et même sur les fleuves les plus paisibles, il reste possible de se noyer.

C’est ce que raconte Mauvais Cœur, un terrible accroc dans le parcours, si j’ose dire. Mais c’est bien l’espoir qui nous pousse à reconstruire les bâtiments réduits en cendres et les relations brisées. Et cet espoir, selon moi, marche main dans la main avec la résilience. Il ne faut jamais cesser d’essayer.

Amour

Enfin, j’ai envie de parler d’amour 😂.

Outre l’amour qui régit les relations familiales dans Mauvais Cœur, mon plus gros challenge était le suivant : raconter Esther et Matthias sans chichi, sans tomber dans la niaiserie et les clichés du « gnangnan » (ma terreur). Raconter comme ils s’aiment presque sans le dire, finalement. Je n’avais pas trop le choix : à la fin des Malvenus, ils étaient plus ou moins ensemble. Il fallait donc que je reprenne cette relation là où je l’avais laissée. Comme c’était difficile ! Il fallait que chaque lectrice et chaque lecteur se fasse sa propre image sans que j’aie à intervenir en décrivant leur relation avec des mots précis. Je voulais qu’on le ressente avec le ventre, sans pour autant avoir envie d’en parler à voix haute. C’est comme ça que moi j’aime ces deux personnages 🙂.

Une émotion face au monde actuel

Résilience

Davantage que celles ressenties (qui changent tous les jours), je préfère mettre le curseur sur celle que je convoque et que je prends soin de nourrir : la résilience.

Franchement, cette époque provoque un ascenseur émotionnel perpétuel, c’est fatiguant. Je pense qu’il est très facile de tomber dans la déprime, la peur, la paralysie. Qu’il est facile de se dire « à quoi bon » et de laisser tomber. L’époque veut ça, entretient ça.

Pas question. On continue. Tu vois l’image du pitbull qui ne lâche pas prise une fois qu’il a planté ses dents dans sa cible ? C’est ça qu’il nous faut. Ne jamais perdre de vue notre objectif.

J’emprunterais le mot de la fin à Philippe Collin : « surtout, ne lâchez rien, et mort aux cons » !

Résumé de l’éditeur

1922. Dans un petit bourg du nord de la France se dresse le Familistère, un immense bâtiment de brique rouge, de verre et d’acier, où sont logés les employés des fonderies Godin et leurs familles. Une communauté ouvrière unique, fondée sur une utopie humaniste.

Pourtant, ce matin-là, leur institutrice est retrouvée assassinée.

Dépêché sur les lieux, l’imperturbable Matthias Lavau, enquêteur aux capacités remarquables, ne peut s’empêcher d’être étonné. Quel étrange endroit, quelle drôle de façon de vivre…

Alors que Matthias tente de percer les secrets du Familistère, Esther, son adjointe et la femme qu’il aime, réapparaît soudain. Esther, avec sa personnalité mystérieuse et abrupte, qui l’a quitté deux ans plus tôt sans explication. Malgré l’absence et les non-dits, elle est une alliée bienvenue dans l’élucidation du meurtre. Enfin, des meurtres, car bientôt un nouveau corps est découvert…

Le mal se serait-il introduit dans cette communauté parfaite ?

Après Les Malvenus, unanimement salué par la presse et les libraires, Audrey Brière revient avec Mauvais Cœur, une sombre enquête au sein d’un lieu extraordinaire et méconnu.

Pour aller plus loin

Lien vers ma chronique de Mauvais cœur


En savoir plus sur EmOtionS, blog littéraire

Subscribe to get the latest posts sent to your email.



Catégories :1 lecture, 5 émotions - L'interview, Littérature

13 réponses

  1. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Polars, thrillers, romans noirs...

    J’ai beaucoup aimé les deux livres d’Audrey et je trouve la personne extrêmement attachante ! Cette interview le confirme !

  2. Merci pour ce beau moment : effectivement, l’autrice a joué le jeu. Très belle lecture matinale.

  3. Merci pour ce bel échange 🙏 😘

  4. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    J’aime bien son côté « ne rien lâcher ». Je me répète : ce format d’interview change les angles. Et ça j’aime aussi 😉

    • Yvan – Strasbourg – Qui suis-je : homme, 57 ans, Strasbourg, France

      C’est l’objectif, je suis content si ça fonctionne, ce n’était pas gagné, j’y suis allé en tatonnant 😉

  5. belette2911 – Grande amatrice de Conan Doyle et de son "consultant detective", Sherlock Holmes... Dévoreuse de bouquins, aussi ! Cannibal Lecteur... dévorant des tonnes de livres sans jamais être rassasiée, voilà ce que je suis.

    Un polar que j’avais adoré, autant que le premier, les malvenus !

  6. Caroline - Le murmure des âmes livres – Lectrice enthousiaste et éclectique, je lis de tout, partout et sur tout type de support.

    Merci Yvan pour cet entretien passionnant ! Je n’ai pas encore lu ce tome 2 alors même que j’ai lu le 1 justement pour pouvoir vite attaquer le 2. 😂 C’est un comble. Je suis très attirée par le décor du familistère de Guise, et puis, j’aime beaucoup ce duo.

  7. Lilou – Passionnée d’égyptologie, amoureuse du Québec, adore les arts et la culture, lectrice compulsive, chroniqueuse...

    Que j’ai aimé ses deux romans !!! Une autrice que je vais suivre avec assiduité. Merci pour ce bel échange… j’aime beaucoup !! Et je pense que c’est une belle personne à l’intérieur et ce format le fait bien ressortir. Merci Yvan !! 🙂

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

En savoir plus sur EmOtionS, blog littéraire

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

%%footer%%