AVIS DE LECTURE
Il y a des textes à part, dont le contexte doit impérativement être expliqué pour bien en comprendre la portée et en apprécier la lecture, Les âmes de feu d’Annie Francé-Harrar est de ceux-là.
Dans une période où les dystopies fleurissent de toute part, c’est une sacrée expérience que de se plonger dans cette histoire qui date de 1920. Un siècle en arrière, très loin des technologies actuelles, avec une vision étonnante du futur prophétisée par une sorte de Marie Curie version verte, qui a révolutionné les recherches sur la fertilité des sols et la transformation des déchets par le compostage de masse.
Vision d’il y a un siècle
Un cursus qui impressionne pour cette Autrichienne qui avait aussi le goût de raconter des histoires. Ce roman en est la jointure, développant ses idées novatrices pour l’époque, tout en alertant sur le dérèglement climatique. Oui, déjà…
Évidemment, certaines idées imaginées concernant le futur sont dépassées plus de 100 ans après, joliment anachroniques, mais nombre d’autres sont incroyablement visionnaires, prophétiques.
A trop s’éloigner de la nature…
Déjà à l’époque, l’autrice avait senti que trop s’éloigner de la nature risquait de signer la perte de l’humanité, que l’aveuglement des populations et la corruption des autorités allaient déclencher un cataclysme, les Hommes perdant rapidement tout contrôle.
Loin d’élucubrations, elle s’était basée sur ses recherches et sur un sens inné de la prospective. Le texte n’en reste pas moins un roman, récit audacieux et créatif pour l’époque, avec un style très accessible.
L’intrigue vire assez rapidement à la SF, toujours avec un soin apporté à imaginer la société de demain, faussement utopiste, enfermée sur elle-même.
Visionnaire et romanesque
Le ton est un peu désuet, pas désagréable du tout, l’écrivaine avait un don pour imaginer les évolutions technologiques davantage que les relations humaines. J’ai été bluffé par le génie de cette femme à penser des inventions si éloignées de ce XXe siècle naissant.
Le tout, sans oublier le côté romanesque, indispensable pour qu’une dystopie ne tourne pas à la leçon de choses. C’était bien intégré par l’autrice qui se voyait également comme une conteuse d’histoires.
Plus d’actualité que jamais, ce roman excavé du passé est une lecture surprenante, à la tonalité décalée, mais au message toujours de circonstance. Annie Francé-Harrar y pressentait le risque climatique cent ans en arrière avec Les âmes de feu. Une dystopie différente par son ancienneté, mais qui méritait bien qu’on la ressorte des limbes pour la proposer aux lecteurs d’aujourd’hui. Pour ne plus dire qu’on n’était pas prévenu depuis longtemps.
Yvan Fauth
Sortie : 26 septembre 2024
Éditeur : Belfond
Genre : dystopie
Traduction : Erwann Perchoc
Prix : 21 €
4ème de couverture
Une redécouverte exceptionnelle ! Ecrit en 1920 par une scientifique allemande et resté inédit en France, Les Âmes de feu prévoyait déjà la catastrophe climatique actuelle. Sidérant de clairvoyance et d’anticipation, un roman surprenant sur un sujet brûlant : la destruction de l’environnement et les dangers qui en résultent pour l’homme.
« En étudiant des échantillons de sol récoltés à proximité des métropoles, Henrik avait suivi la progression de la catastrophe. La bactérie, aussi petite qu’utile, était anéantie en périphérie des usines. De sorte que, si des matières en décomposition se retrouvaient dans le sol, elles ne pouvaient plus être transformées en matière vivante. Les plantes et les animaux souffraient de la faim à leur tour. Seuls les humains, dans leurs tours, dans leurs habitats approvisionnés en air purifié, avec leurs aliments artificiels, pouvaient surmonter cela et y survivre. Eux seuls. «
En savoir plus sur EmOtionS, blog littéraire
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Catégories :Littérature

Pas trop mon truc les dystopies. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
Je suis obligé de le noter, celui-là.
je ne suis pas étonné que tu en sois curieux 😉
Oui, il y a une certaine logique 😋