AVIS DE LECTURE
Fragiles/s est bien plus qu’une solide dystopie. Nicolas Martin frappe fort avec son premier roman qui touche et questionne.
La France de demain, celle qui est en train de se construire aujourd’hui. La toile de fond ne pouvait pas être plus d’actualité qu’en cette période de mi-2024. L’extrême droite y est au pouvoir depuis des années et a peu à peu grignoté les droits de la population.
Effondrement
Dans ce contexte, l’effondrement drastique, dramatique, de la fertilité, couplé au fait que la plupart des enfants naissent avec des déficiences génétiques, tend dangereusement la situation. Ce sont eux les Fragiles. D’autant plus que les garçons se font très rares, alors quand Typhaine apprend qu’elle est enceinte d’un fils sain, toute l’attention se tourne vers elle.
L’auteur ne nous joue pas une variation de La servante écarlate, l’approche est différente, même si la finalité est bien le contrôle des naissances. Il a réussi à trouver d’autres angles d’attaque pour un roman qui se lit comme un thriller, gorgé de surprises, de tension et d’inventivité.
Eugénisme
Martin est journaliste scientifique, autant dire qu’on est loin d’élucubrations dans ce roman, la délétion (cette perte d’un fragment d’ADN causant des mutations) est réfléchie, argumentée et sert de support à une histoire qui tient autant de l’intime, du politique que du (sombre) divertissement.
Cette grossesse n’est pas un hasard, mais est la résultante d’un programme d’insémination présenté comme l’espoir pour l’humanité de survivre à la fertilité en berne. Rapidement, on comprend que les pires relents eugénistes planent sur cette opération.
Le primo-écrivain a construit son roman avec minutie, réussissant à sortir du lot des récits du même style. En arrivant à ne pas se cantonner au genre pour élargir les propos et proposer une histoire qui pourra plaire au plus grand nombre.
Pression
Dans ce futur crédible, l’enfant est devenu autant une ressource qu’une arme, l’individu ne compte plus. Tout est politique, mais tout est surtout histoire d’humain. Un fil des pages, la pression monte, le récit devient de plus en plus flippant. Parce que ces enfants sains ont des comportements anormaux et présentent des caractéristiques hors norme.
Tous les ingrédients du roman impossible à lâcher sont présents, outre l’environnement élaboré avec soin, les personnages sont forts, les émotions sont palpables.
Et, cerise sur le gâteau, l’écriture est au diapason, sèche et rythmée, mais toujours au plus près des protagonistes. Avec nombre de formidables trouvailles narratives et stylistiques qui m’ont parfois fait penser à du Michaël Mention.
Frappe juste
Le roman se lit le souffle coupé, estomaqué par ce qui se trame, et par les twists qui font dévier l’intrigue de manière inattendue.
L’auteur sait décidément y faire pour raconter une histoire, pour fignoler les moindres détails sans jamais alourdir le propos, avec une écriture à l’os. Capable de frapper fort juste par un mot, ou une répétition.
Je sors enthousiasmé par cette dystopie qui fait sens, qui sait être originale et prenante au possible. Une formidable réussite, qui fera réfléchir autant que vibrer, avec la révélation d’un auteur à suivre de près à l’avenir (qu’on espère différent de celui que décrit Nicolas Martin). Dans le flot des livres du genre, misez une pièce sur Fragiles/s, le retour sera gagnant !
Lien vers l’interview de Nicolas Martin au sujet de « Fragile/s »
Yvan Fauth
Sortie : 22 août 2024
Éditeur : Au diable vauvert
Genre : Dystopie / Anticipation
Prix : 21 €
4ème de couverture
« Nous étions mille cinq cents. La première fournée. Les mères pondeuses du futur de la Nation. L’espoir non pas d’une civilisation mourante, mais d’un régime fascistoïde qui a réussi à développer un programme de fertilisation eugéniste. »
Dans une France où la fertilité s’effondre et la majorité des naissances sont touchées par le syndrome de I’X fragile, Typhaine, élue par le très sélectif Programme expérimental de génoembryologie grâce à la position de son mari, accouche d’un garçon sain. Mais l’étonnante progression cognitive de son fils est bien vite aussi inquiétante que le contrôle dont font l’objet les mères, alors que le pays bascule dans la dictature…
Roman sur la parentalité, portrait de femmes victimes et résistantes, époustouflant récit d’anticipation politique, le premier roman de Nicolas Martin mixe les influences pour nous offrir une fiction d’aujourd’hui hallucinante de vérité.
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Catégories :Littérature

Ce roman est absolument formidable ♥️. Il y a tout ce j’aime ! Défendons-le !
On va le défendre ! 😉
Ça c’est sûr ! Chronique prête !
j’attends ça avec impatience 😉
Très intéressant !
Merci Yvan pour cette belle découverte et cette chronique enthousiaste. Un primo-écrivain qui n’aurait pu trouver mieux pour mettre en avant son roman 😉
oui c’est d’actualité. Quel bon roman !
Une dystopie qui semble très réaliste et incroyablement passionnante !
tu as bien résumé l’affaire ! 😉
Extrême droite au poivoir, eugénisme, on avait dit plus jamais ça. Comme quoi, personne n’apprend de ses erreurs. Merci à toi pour la chronique 🙏 😘
Ce livre permet de comprendre et pour ça il est aussi important que prenant à lire
Chronique encore une fois enthousiaste qui donne très envie… Merci Yvan ! je note 😉
C’est vraiment un livre formidable et profondément humain, et sacrément prenant, il faut noter 😉
Un gouvernement qui contrôle les naissances et les femmes qui subissent des inséminations pour essayer de donner naissance à des enfants « sains » 😖 il y a de quoi avoir des sueurs froides rien qu’avec ces idées. Mais l’intrigue est très intéressante, et tu sembles avoir beaucoup aimé. Pourquoi pas, merci pour ce retour Yvan !
je suis enthousiaste, totalement ! Le sujets sont lourds, mais quel roman épatant et prenant (et humain)
Tiens celui-ci je viens de l’acheter !
Je ne me souviens plus si tu m’en avais parlé durant les vacances ?
Mais un libraire vient de m’en dire du bien. 😉
on a parlé de beaucoup de livre ;-). Oui celui-là est à mettre en haut de la pile, et puis c’est un premier roman c’est pour toi !
Oui j’ai vu ça !