Interview Johana Gustawsson – L’île de Yule

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

JOHANA GUSTAWSSON

Titre : L’île de Yule

Editeur : Calmann-Lévy

Sortie : 18 janvier 2023

Lien vers ma chronique

Cette fois-ci, tu nous proposes un thriller dans la veine nordique, avec tous les bons ingrédients qui en font le succès. Mais tu as toute légitimité pour parler de ces endroits et de ce mode de vie suédois…

La vie joue d’étranges tours, quand même : après douze années passées à Londres, je devais emménager en Provence et enfin retrouver la terre accrochée à mes souliers, mais le Covid et Brexit en ont décidé autrement et nous avons donc changé de cap et déposé nos valises en Suède, d’où est originaires mon mari, sur une île à l’est de Stockholm. Je ne me doutais pas du tout que j’allais plonger dans le polar nordique et vous en servir un (avec des touches franco-françaises et marseillaises, tout de même !) mais en apprenant que l’île voisine de chez moi abritait un manoir prétendument hanté, je n’ai pas résisté ! Je suis allée visiter cette île piétonne et j’ai eu l’impression d’être accompagnée de fantômes (j’en ai encore la chair de poule en y pensant !). Le manoir délabré qui trône au cœur de Storholmen a été la cerise sur le gâteau ! Je vous emmène donc du côté de chez moi, littéralement à quelques pas, quelques brasses, et ma maison fait même un caméo dans le livre !

 » C’est fascinant : les rites vikings et les croyances nordiques sont partout ! « 

Les mythes et croyances nordiques sont très présentes dans ce récit…

En habitant en Suède, je me suis rendu compte combien ces mythes et croyances nordiques imprégnaient le quotidien : Mercredi se dit Onsdag, parce que c’est le jour d’Odin ; la fête de la St Jean en Suède, est une fête païenne célébrant la fécondité qui marque le début de l’été et c’est ici la fête la plus célébrée. La manière dont les Suédois trinquent, en levant leur verre et avec un simple signe de tête vers leurs voisins de table, sans que leurs verres ne se touchent, remonte aux traditions vikings : éviter que les alcools ne se mélangent au cas où le verre de son voisin ait été empoisonné par un autre viking. C’est fascinant : les rites vikings et les croyances nordiques sont partout ! Et moi qui suis une férue d’histoire, j’ai mis les deux pieds dedans avec un immense bonheur !

Tu as pris grand soin à créer une ambiance, peu à peu pesante et qui prend aux tripes…

Je suis tellement heureuse de lire ça, Yvan, tu ne peux pas savoir ! J’ai juste essayé de transcrire et transmettre à vous, mes lecteurs, ce que l’île de Storholmen m’a inspiré lorsque je l’ai visitée. J’y suis d’ailleurs retournée à différents moments de l’année en me disant : ce n’est pas possible, ça doit être parce que c’est l’été et que les habitants sont en vacances, mais non, les fantômes m’étreignaient toujours autant et le silence était toujours assourdissant.

 » Ce roman a été écrit en un souffle. « 

Sans trop en dire, on retrouve dans cette histoire plusieurs de tes thèmes favoris (obsessionnels ?) en lien avec la famille…

J’adore disséquer la psychologie de la mère nourricière empoisonneuse. C’est un thème sans fin dans lequel j’adore nous plonger. La famille est celle qui enferme ou libère. C’est le terreau qui nous forme, mais parfois aussi celui qui nous détruit, et celui dont on doit s’extraire pour exister. J’adore cette phrase de Khalil Gibran, que ma mère me répétait : nous les parents nous sommes « les arcs par qui nos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés ». Rien n’est plus vrai.

C’est un vrai travail d’orfèvre que de créer un tel roman à énigmes pour aboutir à cette fin ahurissante…

Ce roman a été écrit en un souffle. Six semaines en apnée (toujours avec les enfants), de janvier à mars, l’année dernière. En décembre, je n’avais pas d’histoire. Je ne savais pas où aller. Je n’avais en tête que cette idée vague de parler de Storholmen, cette île piétonne en face de chez moi, car son manoir prétendument hanté me fascinait. J’avais aussi ces brosses en argent qui dataient du XVIIème siècle chez moi, et qui accompagnaient une coiffeuse de la même époque que j’avais achetées au précédent propriétaire. Mon fils avait fait tomber une des brosses en argent et en la ramassant, mon amie Eva, celle-là même à qui j’ai dédié mon livre précèdent, m’a dit : « imagine, Johana, s’il y avait un SOS caché dans la coque ? » Les premières graines de L’Île de Yule étaient plantées. Après une semaine chaotique en décembre 2021, où les trois enfants étaient malades et où j’avais un retard fou pour le livre que je devais rendre à Calmann-Lévy, je me suis échappée trois jours dans un hôtel à un quart d’heure de chez moi (si urgence, maman est là !) pour trouver l’histoire de ce livre. Trois jours absolument formidables, seule avec mes idées folles. Je suis rentrée à la maison avec trois pizzas pour les enfants et le mari sous le bras, et le squelette de L’Île de Yule en tête : j’étais une femme comblée !



Catégories :Interviews littéraires

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11 réponses

  1. Nath - Mes Lectures du Dimanche – Livres, ongles & Rock 'n Roll

    C’est génial, cette histoire de la naissance du livre ! Merci pour ce partage qui donne une saveur encore plus particulière à ma lecture en cours !

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      une lecture augmentée 😉

  2. J’adore lire les genèses d’un livre. Merci pour ce bel échange 🙏😘

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      c’est passionnant hein ? Johana est une autrice épatante doublée d’une personne formidable

  3. Ma Lecturothèque – Blogueuse littéraire

    J’avais déjà envie de le lire, j’étais déjà convaincue, mais là, vraiment, c’est impossible que je ne le lise pas ! La question maintenant est de savoir quand 😉

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      bientôt 😉

  4. Aude Bouquine – « Lire c’est pouvoir se glisser sous différentes peaux et vivre plusieurs vies. » Ici, je lis, je rêve, je parle de mes émotions de lectures, avec des mots. Le plus objectivement possible. Honnêtement, avec respect. Poussez la porte. Soyez les bienvenus dans mon univers littéraire.

    C’est passionnant de savoir comment naît un livre ! Ce qu’elle dit sur la famille est très juste et résonne en moi.

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      Avec Johana c’est toujours passionnant, et toujours intimement touchant

  5. Superbe, j’ai adoré le clin d’œil marseillais. Par contre, le mari sous le bras… (ça c’est dans l’interview…). Sérieusement : passionnante découverte de la mythologie nordique, qui n’est pas celle que je connais le mieux.

    • Yvan – Strasbourg – Les livres, je les dévore. Tout d’abord je les dévore des yeux en librairie, sur Babelio ou sur le net, Pour ensuite les dévorer page après page. Pour terminer par les re-dévorer des yeux en contemplant ma bibliothèque. Je suis un peu glouton. Qui suis-je : homme, 54 ans, Strasbourg, France

      Content de lire que cette lecture s’est bien passée pour toi aussi 😉

Rétroliens

  1. Ma chouchoute… – Amicalement noir

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