Interview – 1 livre en 5 questions : L’homme du grand hôtel – Valentin Musso

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

VALENTIN MUSSO

Titre : L’homme du grand hôtel

Editeur : Seuil

Sortie : 03 juin 2022

Lien vers ma chronique du roman

Tes dix romans sont autant de variations autour du suspense, avec des ambiances bien différentes…

J’essaie de ne jamais écrire deux fois le même roman, c’est bien la moindre des choses. Le grand danger quand on écrit, c’est de tomber dans une routine ou d’utiliser toujours les mêmes techniques narratives. Mon but à chaque livre est d’explorer un nouvel univers. J’en ai besoin pour me dépayser en tant qu’auteur et bien sûr pour surprendre les lecteurs.

Un autre jour était un pur thriller à l’américaine qui flirtait avec la dystopie ; Qu’à jamais j’oublie un roman psychologique avec un arrière-plan historique. L’homme du Grand Hôtel, lui, est à la frontière de plusieurs genres : le thriller, le policier, le roman d’amour et le suspense psychologique. Mais j’ai voulu avant tout que le lecteur s’attache aux deux personnages, si bien que l’on passe d’un genre à un autre sans même s’en rendre compte…

Le roman s’ouvre sur une situation qui semble impossible…

Oui, impossible, mais il fallait bien sûr qu’il y ait une explication parfaitement rationnelle aux événements étranges qui se déroulent dans cet hôtel. Comme je l’indique dans la postface, j’ai eu l’idée de ce roman durant le confinement de 2020. L’enfermement qu’on a connu m’a fait imaginer l’histoire d’un homme amnésique prisonnier d’une cage dorée, dont il doit s’échapper pour affronter le monde réel.

Le roman va mêler enquête policière et quête personnelle. Randall Hamilton va partir à la recherche de son passé et de son identité. Ce point de départ était risqué : d’abord parce qu’on a déjà lu beaucoup d’histoires qui tournent autour d’un personnage amnésique ; ensuite parce qu’il fallait que le récit reste crédible de bout en bout. À partir d’une situation classique, j’ai donc essayé de tirer le récit vers quelque chose d’original et aussi de ludique, grâce à de nombreuses références à la littérature populaire et au cinéma.

Le livre questionne aussi les relations humaines et la place de l’amour dans une vie…

Il y a au centre du roman une histoire sentimentale entre un jeune écrivain en panne d’inspiration, Andy, et une comédienne du nom d’Abigaël. Mais la particularité de cette histoire, c’est qu’elle est provoquée par Andy car il veut écrire un roman d’amour alors qu’il ne connaît rien de la vie de couple. Au départ, il a l’intention de manipuler Abigaël pour lui voler sa vie et se nourrir de leur relation, mais très vite il va réellement tomber amoureux d’elle et tombe dans son propre piège. Pour couronner le tout, Andy finit par être tellement fasciné par les personnages qu’Abigaël interprète sur les planches qu’il en perd tous ses repères et ne parvient plus à distinguer la réalité de la fiction.

Le personnage de Randall, qui se réveille amnésique dans l’hôtel, incarne lui cette solitude qui peut tous nous habiter à un moment ou à un autre, mais qui touche particulièrement ceux qui sont arrivés au sommet et se sont enfermés dans leur tour d’ivoire. Il est au centre de toutes les attentions, le monde entier connaît son nom, mais il n’a pas de vrais amis. La véritable thématique du livre réside donc dans les relations humaines et la difficulté d’échapper à cette profonde solitude.

Cette histoire est l’occasion pour toi de te pencher sur le mécanisme de l’inspiration…

J’ai toujours aimé les romans qui tournent autour de l’écriture, de l’inspiration et de la création. L’une des plus belles réussites est pour moi Misery de Stephen King qui réalise en plus l’exploit d’être un parfait huis clos. Un écrivain séquestré par sa plus grande fan qui l’oblige à ressusciter son personnage favori, quelle idée géniale ! Dans L’homme du Grand Hôtel, nous sommes face à deux figures d’écrivains complètement opposées : le premier est une star et connaît tous les succès, le second est sans inspiration et n’arrive pas à se faire publier. Mais aucun des deux n’est heureux : l’un n’a pas encore trouvé sa voie dans l’écriture, l’autre a l’impression d’être arrivé au bout du chemin. Or, on sait que dans la vie c’est le voyage qui compte plus que la destination.

Ce livre m’a permis de me pencher sur ma propre activité et de réfléchir à l’origine de l’inspiration, aux moments de doute propres à la création, à la satisfaction de concrétiser une idée qu’on avait en tête… Je décris aussi le monde de l’édition et des médias. Ce n’est évidemment pas un livre autobiographique, mais j’ai pu utiliser quelques anecdotes personnelles pour nourrir le récit.

Ce qui frappe aussi, c’est la qualité de tes fins ! Frappantes, c’est le mot, très surprenantes. Un vrai challenge lancé aux lecteurs…

Merci ! J’essaie de travailler ces fins de manière de manière presque chirurgicale. Quand je commence un livre, je sais toujours d’où je pars et où je dois arriver. Autrement dit, j’ai toujours la fin en tête – il m’est même souvent arrivé d’écrire le dernier chapitre en cours de route. C’est à partir de la révélation finale que j’organise toute mon histoire même si je ne fais jamais de synopsis détaillé à l’avance. La fin est une boussole, celle qui vous donne le cap. Quand elle est claire dans votre tête, tout est plus facile. Ensuite, je me laisse beaucoup de liberté quant à la manière d’y arriver. Des idées vous viennent pendant l’écriture : elles peuvent influer sur le récit mais ne doivent pas vous détourner du but final.

C’est le plaisir que je prends en tant que lecteur ou spectateur qui me pousse à imaginer des fins surprenantes. J’ai toujours adoré les histoires reposant sur un twist final : Psychose, Le sixième sens, Shutter Island, La planète des singes, Le meurtre de Roger Ackroyd… Tous des classiques ! Ces films et ces lectures vous marquent en général à vie parce que vous repensez toujours à la sensation que vous avez éprouvée quand vous avez découvert le pot aux roses.

Crédit photo : © Bénédicte Roscot/Le Seuil



Catégories :Interviews littéraires

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4 réponses

  1. Pas vu arriver la fin de celui ci non plus et pourtant j’étais au taquet. Mais qu’il est doué Valentin. Merci à vous deux pour ce bel échange. 🙏❤️

  2. Superbe , cette chronique et bravo pour ton interview dans les DNA de ce jour (17/06/2022). Te voilà célèbre! lol

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