Interview – 1 livre en 5 questions : L’évangile de la colère – Ghislain Gilberti

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

GHISLAIN GILBERTI

Titre : L’évangile de la colère

Editeur : Hugo

Sortie : 21 avril 2022

Lien vers ma chronique du roman

On retrouve une nouvelle fois ta patte singulière, où tout est toujours minutieusement décrit. J’ai envie d’appeler ça de l’ultra réalisme fictionnel…

Je crois que le n’aurais trouvé meilleure formulation. La documentation et les recherches diverses sont en effet deux des piliers de mes travaux. Les études de diverses spécialités, ma manie des détails et même l’étude de certaines compétence et disciplines en tous genres sont des étapes obligatoires pour assurer un certain réalisme.

En revanche, les contextes et les conséquences de certaines actions entrainent des résultats qui font parfois dévier l’Histoire moderne de ses rails. Je pense à une scène qui illustre parfaitement ce point, la destruction d’un port français dans le « Sacre des Impies ». Là, on sait que ce n’est jamais arrivé, mais je tente de justifier ces sorties de route par une crédibilité de principe.

Pour résumer, on peut dire que mon obsession des détails est très souvent génératrice de dérives plus larges, allant de petites catastrophes et des scènes de guerres civiles qui se déroulent dans le pays, voire dans le monde. Ici, on sait que ces conséquences sont fictionnelles.

Tes personnages sont borderline, comme souvent chez toi, tout en nuances de gris…

C’est vrai, et je ne parviens pas à faire autrement. J’aime à penser (et à espérer) que c’est l’une des choses que mes lecteurs apprécient dans mes différents travaux.

Des radicaux, des corsaires modernes, des justiciers qui trainent leurs démons, de avec des passés compliqués. Je crois, tout simplement, que j’aime ces vies dont je m’inspire et que j’aime trop pour les faire jouer dans un manichéisme réducteur.

Comme je l’ai souvent expliqué, j’ai besoin d’une vraie personne pour en faire un personnage. Un grand oncle devient un élément de Sous-direction antiterroriste, un ancien médecin de famille devient légiste, un ami de jeunesse devient un caïd, etc. D’ailleurs, tu en sais quelque chose mon cher Yvan : « Le Sacre des Impies » te fait apparaître sur des scènes tragiques avec un petit peu d’humour. J’ai adoré te mettre en scène avec un rôle qui appelle à être remis en scène. 😉

Il est aussi certains individus que je ne change pour ainsi dire rien, sauf le nom et quelques points sur leurs passé. Je dois rester prudent pour ne pas tenter le diable et courroucer certaines des personnes en question afin de ne pas trop en révéler. J’ai beau les connaître, je ne peux pas me permettre de les insérer sur un coup de tête si je veux être certain de ne pas perdre la mienne.

Cette histoire est indépendante, mais elle fait aussi partie d’un tout, une sorte d’hydre à têtes multiples qui caractérise une partie de ton parcours littéraire…

Je n’aurais pas pu le dire mieux que ça. Une fois encore, ton sens de l’analyse ne passe pas à côté de certains détails. Sur les neuf romans (déjà) qui ont été publiés, en retranchant l’autobiographie d’un éclat de vie qu’est « Dynamique du chaos » et la fantaisie moderne de « Dernière sortie pour Wonderland », il y a toujours des personnages communs ou des rapports entre les textes.

Concernant « L’Évangile de la Colère », qui devait être un one shot, un roman isolé de tous les autres, il y a eu des événements que je n’ai pas pu éviter. Entre ce que j’ai prévu et le résultat final, il y un gouffre plus ou moins large. Pour ce dernier texte publié, un personnage très important apparaît malgré moi et s’impose dans une position que je n’aurais jamais pu prévoir. Je crois que ce qui se passe dans les strates les plus profondes de ma créativité échappe bien souvent à mon contrôle.

Bien sûr, un lecteur qui aura commencé à découvrir mes travaux par ce nouveau texte ne sera en rien gêné par ces détails, mais ça ouvre la voie d’une explication à venir.

Le lien avec le père, c’est un autre sujet central de ce roman, une fois de plus.

Malheureusement, c’est le plus souvent un sujet qui s’impose, volontairement ou pas, et prend une place importante dans mes textes. Il s’agit d’un rappel permanent de celui qui a été à la fois mon géniteur, mon geôlier et mon tortionnaire. Ma colère est censée être partie avec lui en 2003. Mais nous savons tous que ce n’est absolument pas une question de temps. Le mal est fait et les conséquences sont gravées dans le marbre du passé.

La formulation que j’avance en disant que, consciemment ou pas, l’image que l’on a du père définit celle que nous avons de Dieu n’a rien de fantaisiste. La foi n’a rien à voir dans cette symbolique qui nous force à percevoir le monde d’une certaine façon, ainsi que nos manières d’agir et de réagir.

Ce n’est pas pour rien si je me suis réfugié dans les paradis artificiels, avec consommation de cocaïne et d’héroïne ; il y avait un feu à étouffer et ce moyen était le plus accessible pour moi. Il va sans dire que c’était un terrible piège dans lequel on tombe souvent de très haut.

Tu annonces dans ton avant-propos que des connexions se feront à travers un prochain de tes livres…

Pas forcément dans ma prochaine parution, mais c’est presque inévitable, surtout pour les membres de mon lectorat qui lisent mes travaux avec une régularité et une passion qui m’émeut aux larmes. J’ai donc prévu deux textes qui vont donner le change aux petites références discrètes laissées dans mes précédents travaux mais aussi dans « L’Évangile de la colère ». Comme expliqué dans ma courte introduction, l’un de mes personnages a pris le contrôle d’une petite partie du texte, et sa situation devra faire l’objet d’explications. Le résultat ne gâche en rien la lecture de ceux qui me découvrent avec l’Évangile de la Colère ; mes lectrices et lecteurs fidèles devrait découvrir certaines scènes qui stimuleront leur curiosité.

Mais comme je n’aime pas prendre mes lectrices et lecteur en otages, ces deux autre romans à naître seront lisible indépendamment des autres et/ou dans le désordre.

Pour le mot de la fin, je tiens à remercier celles et ceux qui rendent la passion contagieuse, auteur(e)s, lecteurs et lectrices, blogueuses et blogueurs. Ici même d’ailleurs, au sein d’EmOtionS, mon cher ami Yvan m’a soutenu depuis mes tous premiers pas maladroits dans le monde de la littérature noire.

Nous sommes finalement une grande famille que je sais bienveillante et dont je remercie chaleureusement tous ceux qui en font partie : sans vous, rien ne serait possible.



Catégories :Interviews littéraires

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5 réponses

  1. Comme toujours une interview très intéressante avec Ghislain gilberti… je me souviens d’une précédente qui était grandiose
    Je suis à la moitié de l’Évangile de la colère et je me régale
    Merci à tous les deux

  2. Ben mes aïeux. Si ça c’est pas de l’échange +++.
    Merci à vous deux pour ce beau partage. J’ai les trois premiers dans ma pal.

  3. Avec lui, pas de langue de bois ! 🙂

  4. Ah Ghislain, j’adore…Et oui comme toi je dirai que notre auteur nous propose des fiction ultra réaliste mais qui nous procure tellement d’émotion. C’est ça la patte Gilberti…

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