Ce qu’il nous faut de remords et d’espérance – Céline Lapertot

Le souci avec un sujet comme la peine de mort, c’est que les avis sont souvent tranchés.

Dans un monde où on est maintenant condamné en un clic, où la vindicte populaire peut s’abattre comme un couperet, un tel sujet est épineux. Céline Lapertot propose une fiction pas si loin du réel fantasmé de certains.

L’émotion surclasse la raison, souvent. Éternel débat. L’autrice pousse le curseur, pas si loin, quelques années en avant, avec un gouvernement plus populiste. Au point d’oser sabrer dans les droits de l’Homme. Exit la déclaration universelle, lacérée.

Vox populisme

Céline Lapertot imagine un retour sur une mesure phare et qu’on pense inaltérable, un sujet qui sert sa réflexion et qui n’est pas si improbable que ça.

Roger Leroy est un politicien qui veut, comme beaucoup, laisser sa trace. Une ambition telle qu’il rêve même d’écrire un pan de l’Histoire. Quitte à entailler ses convictions réelles, pour que le sang imbibe ses discours.

Chaque citoyen est avant tout une femme ou un homme construit par son passé, son enfance. Lui comme tout autre. Son choix, sa volonté se sont construits à travers son expérience dévoyée, ses propres fêlures. Quitte à cisailler sa propre branche, parlez-en donc à son artiste de demi-frère.

L’autrice nous emmène dans l’arène pour assister à la mise à mort. Où beaucoup rêvent qu’on coupe des couilles comme on le fait d’oreilles. Avant de tronquer la tronche des assassins.

Roger Leroy n’est qu’une métastase d’une tumeur qui grossit. Le vox populi qui se transforme en vox populisme. Avec une vision qui se veut dichotomique, noir ou blanc, coupable ou innocent.

Loin du binaire

Un monde binaire qui joue sur l’émotion. Celle de cette vindicte populaire face aux plus odieux des crimes, ceux contre l’innocence.

Pourtant, rien n’est plus compliqué que de jouer avec la vie d’autrui, et de décider de la raccourcir. Le droit, la morale et les émotions s’entremêlent, avec ces dernières qui prennent trop souvent le pas sur le reste. Avec la peine de mort, pas de retour en arrière possible, c’est one shot.

L’autrice, en à peine 210 pages, propose un roman d’une rare profondeur, dense, émotionnellement chargé tout autant que poétiquement ciselé.

Avec force arguments et contre-arguments, elle met tous les points de vue sur la table. En taillant quelques costards au passage.

Fine analyse sociétale

Elle nous conte une vraie histoire, avec des personnages impliqués dans une affaire où chacun a un avis tranché, et se retrouve dans ce qui tourne à l’embrouillamini. Impossible alors de se retrancher derrière de simples arguments politiciens et théoriciens.

Ce qu’il nous faut de remords et d’espérance est un vrai roman noir autant qu’une fine analyse sociétale. Un texte de classe, autant dans la forme que dans le fond.

Céline Lapertot fend de son talent chaque paragraphe, avec finesse et intelligence. Mais aussi avec mordant, n’hésitant pas à hacher menu certains comportements, pour encore espérer ne pas nous voir tous amputés de notre humanité.

Yvan Fauth

Date de sortie : 19 août 2021

Éditeur : Viviane Hamy

Genre : Roman noir et sociétal

4° de couverture

À 10 ans, Roger Leroy vit comme une trahison l’arrivée dans sa vie de son demi-frère, Nicolas Lempereur. C’est le début d’une haine que rien ni personne ne saura apaiser.
Bien des années plus tard, Roger, garde des Sceaux d’un gouvernement populiste, œuvre à la réhabilitation de la peine de mort. Nicolas, lui, est une véritable rock star, pacifiste et contre toute forme de discrimination. Un fait divers impliquant un pédophile récidiviste rallie bientôt l’opinion publique à la cause du garde des Sceaux, et la peine de mort est rétablie. Mais quand Nicolas est accusé du meurtre d’une jeune femme et clame son innocence, la querelle fraternelle qui l’oppose à Roger devient alors un enjeu sociétal et moral.



Catégories :Littérature

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4 réponses

  1. Du fond, de la forme, des éléments pour réfléchir, que demander de plus ?? L’argumentation des pour/contre est amenée avec grande finesse. Très très bon roman❤️

  2. Affûté, ce billet, comme la lame du bourreau?

  3. The chronique Yvan. Bravo à toi. Et merci. 🙏😘

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