True story – Kate Reed Petty

La vie est un puzzle quand elle est racontée par différentes voix.

La vérité n’est jamais absolue, elle fluctue selon les perceptions, les narrations, les compréhensions.

Une simple rumeur peut forger, modeler ou détruire des vies. Directement, en cascade ou par ricochet.

Rumeur et différentes voix

Kate Reed Petty a mûri ce roman durant 10 ans, l’a écrit pendant 5 années. Une belle démonstration qu’il faut du temps et beaucoup de travail pour donner le jour à une histoire qui marque par son originalité et sa maîtrise. De celles qui laissent sans aucun doute une trace en mémoire.

L’histoire racontée est assurément moderne dans son message. Mais l’est encore davantage dans sa construction.

Roman féministe ? Oui et non. Oui, parce qu’il met en avant les dégâts que peuvent faire sur une vie les affaires d’agressions sexuelles. Non, parce que les victimes décriées, les possibles coupables montrés du doigts et les témoins impassibles mais pas insensibles, sont tous des voix à entendre et à écouter.

Le contexte joue beaucoup, une rumeur née dans le milieu étudiant aux USA, où la pression de la réussite est constante, écrasante. Où il est plus facile de parler de succès que de malheurs. A en engendrer le mal-être, l’auto-centrage et les dérives terribles.

Narration étonnante

Le livre permet d’entrer littéralement dans la tête des différents protagonistes. Mais pas d’une manière habituelle, oh non ! La primo écrivaine réussit l’exploit de proposer du neuf, et une narration étonnante et jouissive.

Elle joue avec les genres, les temps de conjugaison, les mots, les formes du récit… Toujours au service de l’histoire et des personnages, en aucun cas un simple exercice de style. Ces manières de raconter ont un but, une ambition, des intentions.

Voilà une intrigue qui joue de finesse, déstabilise. Aussi forte que ludique, aussi impressionnante qu’émotionnellement puissante, inventive au possible. Et pourtant, le sujet est universel.

Sur un thème grave, l’autrice n’oublie pas de s’amuser, et fait le pari qu’on peut rendre une lecture ludique, même sur une thématique difficile et des âmes brisées.

Elle alterne les narrations et manie les genres, avec un bonheur et un amour constant de l’écriture. D’un (long) passage à l’autre, on glisse du récit introspectif au thriller psychologique, du « roman de campus » au scénario de film, d’une lettre de motivation à la narration à la seconde personne du singulier.

Différentes manières de raconter

Rien n’est gadget, tout fait sens si on se laisse porter, jusqu’au final qui donnera la clé ; inattendue. De l’art de faire confiance à l’intelligence de l’autre : le lecteur à l’auteur et vice versa.

Car rien n’est simple, jamais, dans la vie comme dans les (bons) romans. True story, pousse le lecteur au point de ne plus savoir faire la différence entre réalité et fiction, à coups de perceptions et de sensibilités personnelles, de faux-semblants et de non-dits. Des failles sur lesquelles se construire, se reconstruire. Se forger une identité. Et trouver sa voie (voix).

Et quelle belle manière de montrer comment raconter des histoires ! Qu’il y a mille façons de le faire, mille formes d’expression. Avec une écrivaine qui musarde entre les genres qu’elle aime clairement, flirtant avec le roman noir (elle cite des livres de Stephen King à de nombreuses reprises).

Le croisement des genres, c’est la liberté. Faire tomber les barrières mentales, c’est une richesse. Surtout quand la partition est jouée avec une telle subtilité.

En terme de construction narrative, True Story est l’un des romans les plus inventifs et surprenants qu’il m’ait été donné de lire depuis un moment. Sans jamais perdre l’histoire en route, même si elle se révèle protéiforme.

Kate Reed Petty est sacrément audacieuse à oser la mixité de styles, à travailler ainsi le fond et la forme, le propos et l’aspect ludique aussi. Sacrée découverte !

Yvan Fauth

Date de sortie : 19 août 2020

Éditeur : Gallmeister

Genre : roman noir

4° de couverture

Talentueuse mais solitaire, Alice Lovett prête sa plume pour écrire les histoires des autres. Pourtant elle reste hantée par la seule histoire qui lui échappe : sa propre vie. Une simple rumeur, lancée en ce lointain été 1999 par deux ados éméchés, a embrasé en un rien de temps toute la communauté. Que s’est-il réellement passé sur la banquette arrière de cette voiture alors qu’ils ramenaient Alice, endormie, chez elle ? Accusations, rejets, déni, faux-semblants… la réalité de chaque protagoniste vacille et reste marquée à tout jamais. Et quand le présent offre une chance de réparer le passé, comment la saisir ? Faut-il se venger ou pardonner ? Ou mieux vaut-il tout oublier ? Mais peut-on oublier ce qu’on n’a jamais vraiment su ?



Catégories :Littérature

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13 réponses

  1. Cette chronique tombe à pic puisque je suis entrain de le terminer. Agréablement surprise par le mélange des genres dans la narration, je suis très curieuse de savoir comment ça se termine. C’est un roman déstabilisant et ta chronique lui rend bien hommage. Verdict demain 😉 ( enfin pour moi)

  2. Rhooo, je n’ai pas encore attaqué l’écriture de ma chronique. Je peux copier-coller la tienne ? Elle est très bien 😀

  3. <3

  4. Zut et flûte, espèce d’ectoplasme, me voici en train d’ajouter un roman à ma foutue longue liste de livre que j’aimerais lire !! 😆

    C’est vrai que tu en parles si bien qu’on pourrait se passer de lire le livre, non ?? Ok, je sors !

  5. Il me tente trop trop trop 🥰🥰🥰

  6. Et encore un inconnu 🤩

  7. Je ne l’ai vraiment pas trouvé subtile mais j’ai l’impression d’être la seule…

Rétroliens

  1. True Story, Kate Reed Petty – Pamolico – critiques romans, cinéma, séries

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