Les chiens de Pasvik – Olivier Truc

Olivier Truc lâche les chiens.

Entre la Norvège, la Finlande et la Russie, il nous entraîne dans une virée à travers les étendues glacées et infinies de ces territoires où (sur)vivent le peuple sami, et les éleveurs de rennes. Et une meute de chiens sauvages aussi.

Atypique

L’auteur français nous avait déjà plongé dans cet univers étrange, à travers les histoires de sa police des rennes. En voici le quatrième épisode, après Le dernier Lapon en 2012 qui avait particulièrement marqué les esprits, Le détroit du loup en 2014, et La montagne rouge en 2016.

Cinq ans après, une éternité, il nous emmène à nouveau dans un voyage particulièrement dépaysant.

Si les précédents romans de la série étaient singuliers, Les chiens de Pasvik est encore plus atypique. Bien ancré dans le quotidien de la vie de ces contrées hostiles. C’est simple, il m’est même difficile de coller l’étiquette de roman noir sur cette histoire.

Pas de meurtre, l’enquête nous immerge jusqu’au cou dans le quotidien des personnages, notre police des rennes investigue au cœur de ses prérogatives.

Des troupeaux de cervidés font fi des frontières imaginaires des hommes, et passent de la Norvège à la Russie. Dans l’autre sens, des chiens russes potentiellement enragés sèment la pagaille dans les cheptels animaliers, et dans les esprits des humains. On frise l’incident diplomatique.

Entre méfiance et patriotisme

Attendez-vous à vivre dans un autre monde, à travers ces 425 pages. Très loin de l’environnement que l’on connaît ici, très loin aussi de nos préoccupations quotidiennes. Celles des habitants de ces terres glacées sont souvent aux antipodes des nôtres, même si on se rend vite compte que la politique et les dégâts perpétrés par l’homme sur la nature sont des sujets majeurs là-bas aussi.

La France a connu des horreurs avec ses voisins, par le passé. Mais les relations ont bien changé. Dans ce coin reculé, les rapports sont moins clairs.

L’URSS est morte, la Russie, en pleine déliquescence, ne ressemble plus à grand-chose. La Norvège, la Finlande et la Suède n’ont toujours pas réglé le statut et le sort du peuple sami, dans cette Laponie qui gomme toutes les frontières qu’on tente de rendre immuables.

Du coup, ces relations restent tendues, la méfiance et le patriotisme continuent à engendrer une paranoïa de tous les instants. Parfois, dans ce récit pourtant bien actuel, on pourrait se croire encore en pleine guerre froide.

Lâcher prise

Le roman d’Olivier Truc est à double détente. Autant un récit très documenté qu’une aventure dépaysante, aussi instructif qu’imagé.

Les descriptions des paysages et de la vie de ce grand Nord sont presque hypnotiques. L’exploration des sentiments et des interactions entre les personnages servent pourtant tout autant l’ambiance « exotique ».

L’écrivain raconte la vie de tous les jours, même s’il est question de faits qui rendent la situation tendue entre les peuples et les États, entre les individus. Des circonstances qui tournent à l’imbroglio. Il faut d’ailleurs de la concentration pour bien suivre ce qu’il se passe.

N’attendez pas du rythme dans la narration. Encore plus qu’avec les précédents livres, il faut lâcher prise et accepter de se perdre dans cette histoire. Le temps de trouver ses marques. Un livre à lire à la cadence de la vie laponne, en prenant le temps.

Atmosphère

Une atmosphère particulière, limite langoureuse, où la place des traditions, même au XXIème siècle, est encore particulièrement forte. Dans un monde qui change, c’est là aussi l’un des enjeux majeurs du roman, faire prendre conscience combien le passé et cette tradition sont autant une richesse qu’une douleur.

L’auteur a choisi de multiplier les personnages. Il n’est pas seulement question de nos deux acolytes de la police des rennes. Il faut s’accrocher, les apprivoiser, se laisser prendre par leurs jeux et enjeux. Pour découvrir qu’ils sont profondément humains, à leurs manières, avec des caractères tout en nuances.

Les chiens de Pasvik est un roman différent, par sa capacité à nous faire vivre le quotidien en trois dimensions des femmes et des hommes vivants dans ces contrées inhospitalières. Une virée dans les grands espaces, et dans un milieu si loin du nôtre.

La planète est la même, les grandes préoccupations également, mais Olivier Truc nous fait vivre une aventure humaine unique, toujours au plus près de la vérité. Un roman assez envoûtant si on accepte de prendre le temps.

Yvan Fauth

Date de sortie : 11 mars 2020

Éditeur : Métailié

Genre : roman noir dans un monde blanc

4° de couverture

Ruoššabáhkat, « chaleur russe », c’est comme ça qu’on appelait ce vent-là. Ruoššabáhkat, c’est un peu l’histoire de la vie de Piera, éleveur de rennes sami dans la vallée de Pasvik, sur les rives de l’océan Arctique. Mystérieuse langue de terre qui s’écoule le long de la rivière frontière, entre Norvège et Russie. Deux mondes s’y sont affrontés dans la guerre, maintenant ils s’observent, s’épient. La frontière ? Une invention d’humains. Des rennes norvégiens passent côté russe. C’est l’incident diplomatique. Police des rennes, gardes-frontières du FSB, le grand jeu. Qui dérape. Alors surgissent les chiens de Pasvik.

Mafieux russes, petits trafiquants, douaniers suspects, éleveurs sami nostalgiques, politiciens sans scrupules, adolescentes insupportables et chiens perdus se croisent dans cette quatrième enquête de la police des rennes. Elle marque les retrouvailles – mouvementées – de Klemet et Nina aux confins de la Laponie, là où l’odeur des pâturages perdus donne le vertige.



Catégories :Littérature

Tags:, , ,

1 réponse

  1. Ah. Voilà. J’attendais que quelqu’un ce lance. Autant j’ai aimé, adoré, Le dernier Lapon, et je ne peux l’oublier, autant les suivants, je m’en suis vite désintéressée. J’avais peur que celui-ci ne soit pas à la hauteur… je vais donc le commander…

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :