Interview – 1 livre en 5 questions : Rue du rendez-vous – Solène Bakowski

1 livre et 5 questions à son auteur, pour lui permettre de présenter son œuvre

5 réponses pour vous donner envie de vous y plonger

Solène Bakowski

Titre : Rue du Rendez-vous

Editeur : Plon

Sortie : 20 mai 2021

Lien vers ma chronique du roman

Pour briser les solitudes, rien ne vaut les rencontres…

Je crois qu’il faut toujours se rendre disponible pour les rencontres fortuites, nous ne sommes jamais à l’abri d’une bonne surprise. Mais cela signifie lever la tête et risquer de croiser des regards. Or, lorsqu’on est blessé, on a plutôt tendance à marcher, les yeux rivés au sol.

Je suis intiment convaincue que la vie ne vaut d’être vécue qu’à condition d’être tournée vers les autres. C’est finalement le postulat de départ de Rue du Rendez-Vous. Un soir de pluie, deux cœurs en panne vont se percuter et, grâce à ce rendez-vous qu’aucun d’eux n’attendait, doucement se remettre à battre. Au début, les deux personnages principaux ressemblent à des animaux blessés, des chats échaudés. Peu à peu, ils vont s’apprivoiser, se raconter et apprendre que rien n’est perdu.

Tes magnifiques personnages ne sont pas manichéens, ils ont vécu des vies de contrastes…

Ils sont comme nous. J’ai essayé de façonner des personnages plausibles, ressemblant aux gens qu’on croise dans la vraie vie. Je ne crois pas qu’on puisse être blanc ou noir.

La vérité des êtres se situent en général au milieu du gué, nous sommes faits d’ombre et de lumière, de nuances. Nous vivons tous avec un certain nombre de casseroles. Ça fait partie du jeu, autant l’accepter, chez soi comme chez l’autre.

Tu as puisé des idées dans des vraies vies, dans celle de ta grand-mère et la tienne…

C’est vrai. J’ai la chance d’avoir encore ma grand-mère paternelle. À 86 ans, elle ressent de plus en plus le besoin de se raconter. Plus le temps passe, plus j’éprouve la nécessité de l’interroger. Il y a sans doute une question d’urgence derrière car on sait l’une comme l’autre que personne n’est éternel.

Poser ses souvenirs sur le papier est, d’une certaine façon, une manière de savoir qu’ils lui survivront, qu’il restera quelque chose. Bien sûr, je ne les ai pas retranscrits exactement, je les ai faits passer par le tamis de la fiction, quitte à les distordre un peu. Mais la base est là.

Pour le reste, tu as raison, j’ai mis pas mal de mon enfance à l’intérieur de ce roman. Je crois que j’en avais besoin, pour faire la paix avec une partie de moi.

Ton écriture est très dynamique, imagée, sans être larmoyante, tu as travaillé là-dessus pour cette histoire ?

Je me suis laissée emporter par l’histoire qui défilait devant mes yeux, comme un film, en m’efforçant de raconter les scènes comme si elles étaient réelles et en essayant de ne pas omettre d’y inclure de la vie. Dans la réalité, le tragique côtoie souvent le rire, même lorsque nous expérimentons les pires situations.

Dans ce roman, c’est pareil. Par exemple, dans une des scènes où Alice et Marcel se confient et où la douleur est intense, trop intense pour être crédible, le chien de Marcel pète. Ça n’a l’air de rien, mais ce petit détail ramène sur terre et évite de tomber dans un trop plein de pathos qui ne serait pas crédible. Parce que oui, dans la vraie vie, les chiens pètent, même si autour d’eux le monde s’écroule 😉

Quant à l’écriture en elle-même, c’est un beau compliment que tu m’offres. Peut-être que je progresse, peut-être que je réécris davantage et que je deviens moins paresseuse. Il faut croire que je suis comme le bon vin, je me bonifie avec l’âge 😉

Tes premiers romans étaient catalogués « Noirs », te voilà dans un autre registre. Mais l’étiquette est-elle si importante…

Un de mes rêves est que les livres ne soient plus rangés en bibliothèque ou en librairie par catégorie. Je crois en effet qu’à trop cataloguer, on y perd, et des lecteurs, et des rencontres. Par exemple, à titre personnel, je ne suis pas portée vers le polar, ce n’est pas grave, c’est comme ça. Du coup, je ne me rends jamais au rayon polar des librairies. Je suis pourtant persuadée que je loupe ainsi des tas de textes merveilleux. Je sais que c’est idiot, mais je n’y peux rien, c’est plus fort que moi. J’imagine que je ne suis pas la seule à contourner des étagères en raison d’idées préconçues.

Or, peu importe le genre, il y a des histoires formidables partout. Noir, blanc, rose bonbon ou vert fluo, il en va de même pour la littérature que dans la vie, les rencontres inattendues sont souvent les plus belles 😉



Catégories :Interviews littéraires

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6 réponses

  1. Vais pleurer dans mon coin tellement c’est BEAU ce que dit Solène. Merci à tous les deux pour ce bel échange. 🙏😘

  2. Quand même, elle arrive à me déloger de mon rayon noir 😏

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